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Tchad : une succession dynastique, avec la bénédiction de Paris

Plus de soixante ans après la rupture symbolique du cordon ombilical avec l’ancienne puissance coloniale, le Tchad incarne à plusieurs égards la résistance de la Françafrique. Avec un sous-sol très riche en pétrole notamment mais dont les populations demeurent majoritairement dans l’extrême pauvreté, le Tchad est en outre un pays qui résiste à la vague démocratique. Entre les mains de la dynastie Deby depuis désormais 33 ans, il est systématiquement verrouillé. Assimilant les opposants politiques à des criminels à abattre, les dirigeants ne sont guère plus sympathiques avec les activistes des droits de l’homme. Pourtant, la France a toujours été aux petits soins avec les Déby. Hier avec le père, aujourd’hui avec son fils. Quitte à mettre à contribution ses soldats qui y occupent jusqu’à trois bases. Et c’est cette révoltante complaisance, comparée à la dureté du ton employé à l’égard d’autres pays, qui confère au pays d’Emmanuel Macron l’inimité à laquelle il fait face ces dernières années en Afrique.

Au Tchad, on ne fait ni dans la nuance, ni dans le semblant. Dans tout autre pays du continent africain, l’assassinat du principal opposant du pays aurait donné lieu à un semblant de compassion. Les autorités elles-mêmes auraient joué le jeu en allant jusqu’à lui dédier une cérémonie d’hommage. Quant aux circonstances de la mort de l’opposant, on aurait feint un accident ou une bavure. On aurait même poussé la comédie jusqu’à annoncer un début d’enquête. Mais au Tchad, présentant Yaya Dillo Djerou comme un vulgaire criminel, les autorités revendiquent avec un brin de triomphalisme sa mort. Pire, trois jours après, le général Mahamat Idriss Deby annonce tout tranquillement sa candidature pour la présidentielle du 6 mai prochain. La vie peut donc reprendre son cours normal.

Du père au fils, les choses ne changent donc guère. L’opposition, on ne l’affronte pas sur le terrain des idées. On ne confronte pas son programme de société au sien. On la réprime comme ce fut le cas le 20 octobre 2022. Et s’il y en a qui après tout, s’évertuent à jouer aux téméraires, on invoque le premier prétexte qu’on trouve pour les liquider. C’est même le moyen le plus rapide pour indiquer à la population la voie à suivre. D’ailleurs, il n’y a pas que les Tchadiens ordinaires qui ont compris comment ça fonctionne. Succès Masra, le patron des Transformateurs, a ainsi lui-même fini par se ranger. La dynastie Deby peut donc non pas gouverner, mais régner. Le maréchal Idriss avait fait plus de 30 ans à la tête du pays. Le général Mahamat, lui, s’achemine vers une troisième année de bonus. Et le 6 mai prochain, sa victoire ne fait l’objet d’aucun doute. Lui aussi, sans doute, jusqu’à ce que la mort le renvoie du palais.

Las de se battre, les Tchadiens ont fini par abdiquer. Ils s’en remettent à la providence. D’autant que leurs cris de cœur n’ont jamais été entendus. Tout au contraire, en raison du soutien absolu de la France au pouvoir de N’Diamena, qui lui aussi a traversé les âges et les générations, tous les efforts du peuple en vue de se débarrasser du clan Deby, ont toujours été rendus vains. Et c’est pourquoi Paris demeure calfeutré dans un silence assourdissant depuis l’assassinat tragique de Yaya Dillo. Il ne faut pas non plus s’attendre à ce que Macron trouve à redire après l’annonce de la candidature de Mahamat Idriss Deby. Même si cette annonce est contraire à l’engagement du président de la Transition, de remettre le pouvoir aux civils à la suite des élections qu’il avait promis d’organiser en 18 mois.

Pourtant, les raisons de ne pas pactiser avec les Deby ne manquent pas. A commencer par la précarité que la majorité des Tchadiens ont en partage, alors que les Deby concentrent les ressources tirées de l’exploitation du pétrole entre leurs mains. En sorte que le pays est actuellement plongé dans une crise économique symbolisée par la grève consécutive à la hausse ironique du prix du carburant. Mais pour la France, ni ces paramètres économiques, ni l’indignation générale des organismes de défense des droits de l’homme, ne comptent. Ce qui compte et qui guide l’approche de Paris, c’est le rejet de la France des autres pays du Sahel. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ayant bouté l’ancien colon hors de leurs frontières respectives, celui-ci ne veut pas prendre le risque de fâcher N’Diamena. Les mêmes raisonnements commandent les rapports entre Paris et Conakry, en cette période de Transition. Sauf qu’Emmanuel Macron et l’ensemble de la diplomatie française, pourraient récolter de tout cela l’effet contraire à celui recherché.

Boubacar Sanso Barry  

 

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