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Kamsar : dans l’ombre des ports, le rêve périlleux de l’Europe

Depuis plusieurs mois, la sous-préfecture de Kamsar, située à 50 kilomètres du Chef-lieu de la préfecture de Boké est devenue une véritable plaque tournante de l’émigration clandestine.

 A la tombée de la nuit, certains quartiers se transforment en points de rendez-vous discrets, où de jeunes hommes parfois accompagnés de femmes ou même d’enfants se préparent à embarquer vers l’inconnu. Malgré les arrestations et les campagnes de sensibilisation menées par les autorités, le flux ne tarit pas. « Ici, tout le monde connaît quelqu’un qui est parti », glisse Ousmane Camara, un pêcheur croisé sur le port, filet encore trempé sur l’épaule. « Mais ceux qui organisent ça sont invisibles. Ils changent de point d’embarquement. Un temps, c’était à Kayenguissa, la nuit, en silence. Personne ne parle. C’est un réseau bien fermé. Même moi, si j’avais l’argent, je tenterais ma chance. Là-bas, on dit que le travail paie. », déclare le jeune pêcheur avec assurance.

Le prix du rêve est élevé. Entre 15 et 20 millions de francs guinéens selon les témoignages. Mais le désir de partir semble plus fort que la peur. Dans les kiosques à café de Kamsar centre, les conversations sont rythmées par les récits de ceux qui ont « réussi » à traverser, illustrés par des photos de jeunes posant à Milan, Barcelone ou Marseille. Des images diffusées à grande échelle sur les réseaux sociaux, et qui entretiennent l’illusion d’une vie meilleure de l’autre côté de la mer : « le plus dur, c’est qu’ils y croient dur comme fer », soupire Saliou Keita, coordinateur du Collectif des jeunes leaders de Kamsar. Et d’ajouter : « les réseaux sociaux leur vendent du rêve. Ils ne voient pas la réalité là-bas. Pour eux, la mer, les risques, la prison, ce n’est rien comparé à ce qu’ils imaginent gagner là-bas. Je leur parle souvent, je leur dis qu’on peut réussir ici aussi, mais ils sont sourds. Ceux qui leur parlent sont plus forts », explique le jeune leader.

Dans cette course à l’exil, les plus vulnérables ne sont pas épargnés. Femmes, enfants, étrangers de passage : tous trouvent une brèche dans le système pour tenter l’aventure. Un habitant de Bagataye, la voix serrée, témoigne sous anonymat : « Mon propre neveu, 14 ans à peine, a disparu il y a deux mois. Il est parti avec plus de 15 millions GNF. Depuis, plus aucune nouvelle. Et il n’est pas le seul. Ce phénomène nous dépasse. Deux vagues d’interpellations ont bien eu lieu, selon plusieurs habitants, mais elles n’ont pas suffi à dissuader les plus déterminés », laisse entendre la source

A Kamsar, le silence officiel est pesant. Une source proche de l’administration confie que toute communication sur l’émigration clandestine est désormais soumise à autorisation. Aucun responsable n’a accepté de s’exprimer publiquement sur le sujet.

Pourtant, dans les ruelles de Kamsar, la rumeur d’un nouveau départ enfle toujours. Une pirogue aurait été repérée près du rivage, un groupe se préparerait discrètement. Certains parlent d’un départ imminent, d’autres d’un autre qui s’est noyé. Mais tous gardent le même espoir : partir, coûte que coûte.

Mamadou BAH , depuis Boké

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