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Recrutement d’enseignants-chercheurs sénégalais : la Guinée brise le silence

Depuis quelques jours, le recrutement de plus de cinquante enseignants-chercheurs sénégalais par le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation de notre pays alimente les débats dans la presse sénégalaise. Certains observateurs vont jusqu’à qualifier cette démarche de « fuite de cerveaux » vers les pays voisins, notamment la Guinée. Face au tollé suscité par cette initiative, Ledjely.com s’est rapproché du département en charge de l’Enseignement supérieur afin de comprendre les motivations et les contours de cette décision. Joint depuis le Sénégal, le secrétaire général du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation, Dr Facinet Conté, apporte des éclaircissements.

Lisez l’entretien.

Ledjely.com : Monsieur le Secrétaire général, quelles sont les raisons profondes qui ont motivé le recrutement d’enseignants-chercheurs sénégalais par la Guinée ?

Dr Facinet Conté : Depuis l’année dernière, nous avons recruté une centaine… Et ce n’est pas que des non-Guinéens, il y a des Guinéens aussi dedans. Ce qu’on veut, en fait, c’est ramener le maximum de compétences vers la Guinée pour nous aider à avoir un capital humain conséquent afin d’accompagner la vision de M. le Président, Son Excellence M. Mamadi Doumbouya.

J’ai déjà été reçu par le recteur de l’université de Dakar, je sors d’une réunion avec le syndicat des enseignants, probablement je vais voir demain mon homologue de l’Enseignement supérieur d’ici. En tout cas, les positions sont en train de se rapprocher. Parce que nous, en fait, nous avons voulu nous rabattre sur des pays de la sous-région qui disposent de compétences pour nous aider à améliorer le taux d’encadrement dans nos institutions d’enseignement supérieur.

Nous avons été surpris de voir ce communiqué du ministère de l’Enseignement supérieur du Sénégal, alors que l’année dernière nous étions dans une dynamique de co-construction d’une collaboration entre les deux pays dans le domaine de l’enseignement supérieur. Ce qui a amené nos deux ministres à signer un accord-cadre l’année dernière.

Il est vrai que des conventions devaient suivre entre les ministères et entre les universités. Vu cette situation, je suis là aujourd’hui pour clarifier certaines choses, pour mettre les autorités sénégalaises au même niveau d’information que nous, pour le bien de nos deux pays.

Concrètement, quelles garanties donnez-vous aux autorités sénégalaises ? Peut-on par exemple envisager que les enseignants recrutés viennent-ils pour une durée déterminée ou pour s’installer durablement ? Ce recrutement répond-il à un déficit précis de compétences dans certaines filières ?

En fait, il y a trois catégories d’enseignants qui participent à ce projet. Bien évidemment, nous avons nos frères guinéens qui font leurs armes à l’étranger, c’est-à-dire des PhD qui décident de rejoindre la terre mère de la Guinée. Ensuite, il y a de jeunes enseignants qui ont le PhD mais qui n’ont aucune attache avec leur pays et qui viennent rester de façon permanente en République de Guinée pour intervenir dans les institutions d’enseignement supérieur. La troisième catégorie, ce sont les enseignants de rang, parce que pour dérouler les programmes d’études avancées, c’est-à-dire les masters et les doctorats, il faut des enseignants de rang, notamment les maîtres assistants, les maîtres de conférences et les professeurs titulaires.

Pour le cas des maîtres de conférences et des professeurs titulaires, ils viennent de façon ponctuelle en Guinée intervenir dans nos programmes de masters, dans nos écoles doctorales et encadrer nos étudiants en master et en thèse. Si vous avez remarqué, il y a actuellement beaucoup de soutenances de thèse dans nos universités. C’est dû surtout à l’intervention de ces enseignants de rang.

Le Sénégal n’est pas le seul pays concerné. Il y a aussi des Togolais, des Maliens, des Camerounais, des Français et même des Suisses qui décident de rejoindre ce programme pour améliorer et soutenir la Guinée dans ce secteur qu’est l’enseignement supérieur.

N’y a-t-il pas des frustrations ou des interrogations du côté des enseignants guinéens ?

Vous l’avez remarqué, les petits problèmes qui ont existé, Son Excellence Monsieur le ministre de l’Enseignement supérieur a, avec son équipe, pris très rapidement des dispositions pour que les problèmes liés à ces enseignants puissent être réglés.

L’approche ne devrait-elle pas plutôt consister à initier un programme de formation des Guinéens, quitte à les envoyer à l’étranger ?

Le programme de formation d’enseignants-chercheurs guinéens existe déjà. C’est un programme que nous avons trouvé au ministère, avec un objectif de formation de 1 000 PhD et de 5 000 masters. Sous l’ère du CNRD, nous avons financé plus de 2 000 enseignants-chercheurs qui ont suivi des formations de master et de doctorat.

Mais pour disposer rapidement d’un nombre conséquent d’enseignants-chercheurs, nous avons estimé qu’il fallait aussi redynamiser nos programmes d’études avancées. C’est ce qui explique le recours à la main-d’œuvre sous-régionale pour donner plus de tonus à ces formations.

L’avènement du système LMD (Licence-Master-Doctorat), en 2008, nous a limités au premier palier, la licence. Il est donc indispensable de soutenir les programmes d’études avancées.

A propos de ce programme, y a-t-il un mécanisme de suivi de ces enseignants-chercheurs dont la Guinée finance la formation ? S’assure-t-on de leur retour et de leur intégration dans le système national ?

Il existe bien évidemment des mécanismes, car il y a un contrat que nous signons avec ces enseignants-chercheurs qui vont à l’étranger. Il y en a qui reviennent. Mais à titre personnel, je milite pour une formation de masse. Quand on forme un, deux ou trois, il y a des risques que les gens ne reviennent pas. Mais quand on forme en grand nombre, certains peuvent rester, mais d’autres reviendront toujours.

Il faut néanmoins comprendre que lorsqu’on est Guinéen, qu’on soit à l’étranger ou au pays, on est toujours utile au pays. Soit on revient travailler directement, soit on contribue autrement en mobilisant des ressources pour le pays. Aujourd’hui, nous avons 800 jeunes Guinéens qui vont intégrer gratuitement les programmes de master en Guinée. Nous redynamisons également les écoles doctorales en mettant plus de moyens à leur disposition. D’ici trois ans, nous allons améliorer significativement le nombre de PhD dans le système.

Comment le ministère analyse-t-il la vague de critiques et d’indignation exprimée par une partie de l’opinion publique sénégalaise ?

Nous sommes en train de faire de la diplomatie avec le Sénégal. Le ton ne devrait pas être dur à l’encontre d’un pays ou d’un autre. Je viens, comme je vous le disais tantôt, de sortir d’un entretien avec le syndicat de l’enseignement supérieur du Sénégal, et les discussions vont dans le sens d’un rapprochement entre les deux ministères pour aller vers une collaboration, d’autant plus qu’il existe déjà un accord-cadre entre nos deux pays dans le domaine de l’enseignement supérieur.

J’ai écrit à mon homologue de l’Enseignement supérieur du Sénégal qui m’a d’ailleurs répondu et j’espère pouvoir le rencontrer demain afin d’apaiser la situation. Depuis quelques jours, la presse sénégalaise ne parle que de cela. Mais j’espère sincèrement qu’il s’agit d’un simple malentendu et que nos deux pays continueront à collaborer main dans la main, surtout dans un secteur aussi stratégique que l’enseignement supérieur.

Propos recueillis par Boubacar Sanso Barry

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