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Guinée-Bissau : la junte sous pression

Manifestement, tous les coups d’Etat ne se ressemblent pas. Autant la chute d’Andry Rajoelina, en octobre dernier, avait été saluée par le collectif de la Gen Z, autant, en Guinée-Bissau, le général Horta N’Tam et ses compagnons peinent à susciter le moindre élan populaire. A l’inverse des cas observés au Mali, en Guinée, au Burkina Faso ou au Niger, ce putsch provoque même une réprobation assez large. D’abord dans le pays, où les organisations pro-démocratie dénoncent ouvertement l’interruption brutale du processus électoral. Ensuite à l’étranger, où l’authenticité même du coup de force est ouvertement mise en doute. Reste à savoir si cette désapprobation généralisée facilitera la tâche de la CEDEAO, dont une mission de médiation est attendue à Bissau. On peut l’espérer.

Dans un contexte où les militaires regagnent du terrain politique sur le continent, le cas bissau-guinéen dénote. Paradoxal dans un pays ayant pourtant une longue tradition de coups d’Etat et de tentatives de putsch. Mais si l’éviction d’Umaro Sissoco Embalo ne passe pas, c’est surtout parce qu’elle manque de crédibilité. Le président qui se présente comme victime est, en réalité, perçu comme l’architecte du retour de l’armée sur le devant de la scène politique. Beaucoup d’observateurs y voient moins une prise de pouvoir qu’une mise en scène destinée à assurer une transmission contrôlée. C’est ce sentiment de manipulation qui hérisse une grande partie de l’opinion.

Car la mise en scène, plutôt laborieuse et pleine d’incohérences, est ressentie comme une insulte à l’intelligence des citoyens et des observateurs. Embalo apparaît comme un dirigeant tentant de travestir la réalité pour se présenter en martyr. Et son attitude jugée méprisante — préférer remettre les clés du pays à l’armée plutôt qu’accepter humblement le choix des électeurs — a achevé de retourner contre lui une large frange de la population.

Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que la junte qui a mis en place un gouvernement de Transition, ne parvienne néanmoins pas à mobiliser les foules dans les rues de Bissau. En retour, cette hostilité précoce met les nouveaux maîtres du pays à cran. Agacés par la défiance que leur oppose l’opinion publique, ils cèdent à la colère C’est sans doute ce qui explique l’arrestation de quelques jeunes ayant manifesté contre le coup d’Etat ou encore les descentes musclées menées dans certains sièges de partis d’opposition.

A cela s’ajoute désormais la pression extérieure. Ousmane Sonko a ainsi assimilé les évènements de la semaine dernière à Bissau à une « combine ». Alors que l’ancien président nigérian, Goodluck Jonathan, qui dirigeait une mission d’observation électorale à Bissau au moment des faits, a évoqué un coup d’Etat « cérémoniel ». C’est dire qu’Umaro Sissoco Embalo n’a pas tout à fait réussi son affaire et que la patate chaude qu’il a refilée à la junte en place au pays, elle aura de la peine à la garder.

Lui, semble avoir réussi à se mettre à l’abri chez Denis Sassou Nguesso. Mais la junte devant gérer les retombées de cette manœuvre se retrouve exposée et sans véritable légitimité. Pour une fois, la CEDEAO dispose donc d’une marge de manœuvre. Inutile de brandir des menaces ou des sanctions : la fragilité actuelle des nouveaux maîtres du pays pourrait suffire à obtenir des concessions. A condition toutefois de répondre à une réalité que beaucoup reconnaissent en filigrane : l’armée bissau-guinéenne nourrit une profonde méfiance vis-à-vis du PAIGC, une méfiance qui semble constituer l’un des moteurs principaux de ce coup de force.

Boubacar Sanso Barry

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