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Attaques au Sahel : le déni au sommet

On pourrait croire à une funeste synchronisation. Le jeudi 29 janvier, entre la localité de Diboli et la ville de Kayes, sur l’axe reliant le Sénégal au Mali, des djihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) s’en sont une nouvelle fois pris à un convoi de carburant à destination de Bamako, incendiant plusieurs camions-citernes. Quelques heures plus tôt, c’est l’aéroport international Diori-Hamani de Niamey qui était la cible d’une attaque particulièrement audacieuse menée par des combattants se réclamant de la branche Etat islamique active au Sahel. Dans ce second cas, la riposte des forces nigériennes, appuyées par leurs partenaires russes, a été à la hauteur de l’affront. Il n’en demeure pas moins que ces deux attaques livrent un message sans équivoque : le terrorisme reste solidement enraciné dans le Sahel. Pourtant, les autorités des pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES), si elles ne nient pas ouvertement la menace, préfèrent l’imputer à des pays voisins, dont la coopération pourrait pourtant contribuer à endiguer un péril qui concerne l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.

L’armée malienne sur de multiples fronts

Pour les Maliens, l’attaque survenue jeudi sonne comme un cruel rappel de la réalité persistante de l’insécurité. Au Niger, en revanche, l’audace même de l’opération — quelques dizaines de combattants s’attaquant à un aéroport international jouxtant la base militaire 101 — apparaît comme une révélation inquiétante : les groupes terroristes semblent agir avec une confiance croissante. Au Mali, si les mois de novembre et décembre avaient laissé entrevoir une relative accalmie sur le front des attaques contre les convois de carburant, et permis d’atténuer la pénurie à Bamako, l’embuscade récente rappelle que l’ennemi demeure actif et opportuniste. Elle met surtout en lumière les limites auxquelles reste confrontée l’armée malienne. Sollicitée sur de multiples fronts, celle-ci peine à assurer une couverture sécuritaire homogène du territoire. Pour desserrer l’étau qui étouffait la capitale il y a quelques mois, les forces maliennes, appuyées par les mercenaires du groupe russe Africa Corps, avaient dû se déployer en masse sur le front sud, pour escorter les convois de carburant en provenance de la Côte d’Ivoire. Mais cet effort s’est fait au détriment d’autres zones, en particulier du corridor Dakar-Bamako, à l’ouest. Un vide sécuritaire que le JNIM a fini par exploiter.

Un indicateur alarmant

A Niamey, si l’attaque n’a pas atteint ses objectifs militaires — quelques appareils ayant certes été endommagés, mais les assaillants neutralisés ou interpellés — l’inquiétude tient moins au bilan qu’au symbole. Que des terroristes aient osé frapper à une dizaine de kilomètres seulement du centre-ville constitue un indicateur alarmant de la dégradation du climat sécuritaire et de la perception qu’ils ont de la capacité de l’Etat à protéger ses sites stratégiques.

Face à cette réalité, le discours des autorités des trois pays de l’AES apparaît, pour le moins, en décalage. La réaction du président nigérien Abdourahmane Tiani, au lendemain de l’attaque de Niamey, en est une illustration frappante. Sans aucune preuve probante, il a accusé nommément les dirigeants notamment béninois et ivoiriens de soutenir le djihadisme au Sahel, usant de propos dont la tonalité tranche avec les exigences de sa fonction. Plus troublant encore, cette rhétorique fondée sur la désignation de boucs émissaires a été reprise dans un communiqué officiel de la Confédération de l’AES.

Fuite en avant Vs Introspection stratégique

Ainsi, face à une situation sécuritaire de plus en plus sombre et à des perspectives régionales incertaines, les dirigeants semblent privilégier la fuite en avant idéologique à l’introspection stratégique. Au lieu d’un discours de vérité et d’une remise en question nécessaire, ils se réfugient dans un souverainisme aussi populiste que pompeux, au risque d’entretenir un déni dont on se rend pourtant compte qu’il ne peut aucunement changer la réalité sur le terrain.

Boubacar Sanso Barry

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