À Balandougouba, dans la préfecture de Mandiana, le couvert végétal s’effondre sous le poids de l’exploitation anarchique de l’or. Sur le fleuve Sankarani, l’utilisation de machines de dragage par des citoyens, pour la plupart étrangers, transforme progressivement ce cours d’eau en un espace fortement pollué, à un rythme alarmant et aux conséquences parfois irréversibles. Face à cette situation préoccupante, le procureur de la République près le Tribunal de première instance de Mandiana a effectué récemment une visite inopinée sur un site d’orpaillage où travaillent plusieurs femmes issues de la communauté. À l’issue de cette descente sur le terrain, il a ordonné l’arrêt immédiat des activités de dragage ainsi que l’interpellation de plusieurs individus impliqués dans cette pratique jugée néfaste.
À perte de vue sur le fleuve Sankarani, plusieurs pirogues traditionnelles équipées de machines de dragage sont en pleine activité. Aux abords du site, le paysage écologique est complètement défiguré.
Accompagné des forces de sécurité, Abdoulaye Soumah, procureur de la République près le Tribunal de première instance de Mandiana, a, après plusieurs minutes de constat sur le terrain, déploré l’ampleur des dégâts causés par cette activité.
« L’objectif, c’est de lutter contre les pratiques illicites d’extraction d’or dans la préfecture de Mandiana. Les réalités sont là et elles crèvent les yeux. Nous avons reçu des instructions de notre hiérarchie de lutter avec la dernière énergie contre cette pratique qui, aujourd’hui, a des impacts considérables sur l’environnement », a-t-il déclaré.
À bord de ces pirogues, où l’on retrouve également des femmes en pleine activité d’orpaillage, les forces de sécurité ont fait irruption. Sur place, une dizaine d’orpailleurs ont été interpellés puis embarqués par les agents.
Le magistrat s’est également inquiété de la forte implication d’étrangers dans cette activité illégale.
« Le plus grave, c’est lorsque nous constatons que ce sont des étrangers qui quittent leurs pays pour venir pratiquer cette activité dans le nôtre. C’est la raison pour laquelle nous nous sommes fait accompagner par les forces de l’ordre, notamment la gendarmerie, afin de pouvoir traquer non seulement les auteurs, mais aussi leurs complices », a expliqué le procureur.
Poursuivant son intervention, le procureur de la République a tenu à interpeller les populations locales sur l’urgence de préserver l’environnement, tout en les invitant à soutenir les actions engagées par la justice contre l’exploitation anarchique de l’or.
« C’est un appel que je lance à l’endroit de tous les citoyens de Mandiana pour qu’ils coopèrent étroitement avec la justice afin que nous puissions réussir ensemble la lutte contre cette pratique. De Kodiaran jusqu’ici à Balandougouba, l’environnement est complètement détruit. Partout, les cours d’eau sont pollués à un niveau tel que même les bétails ne peuvent plus s’y abreuver. Les sites laissés par certaines sociétés minières sans mesures de sécurité mettent également les populations en danger », a-t-il conclu.
À Mandiana, la plupart des sites d’exploitation artisanale de l’or sont aujourd’hui fortement dégradés et, pour certains, devenus improductifs. Plus préoccupant encore, ces activités sont souvent menées dans la clandestinité, avec l’utilisation de produits chimiques particulièrement dangereux pour l’environnement et la santé des populations.
Michel Yaradouno




