ledjely
Accueil » Mali : la faillite de la junte mise à nu
A la uneAfriqueEDITO

Mali : la faillite de la junte mise à nu

On le dit depuis des lustres. Que la junte malienne a fatalement échoué dans à la fois sa mission et son objectif de restauration de la sécurité. Mieux, d’éminents observateurs avaient averti que la guerre à laquelle le Mali fait face ne peut pas être gagnée. Parce qu’il n’est pas question que de fous djihadistes uniquement mus par le désir de l’instauration de la Charia. Mais d’authentiques Maliens se percevant comme victimes d’exclusion, de marginalisation, de pauvreté, d’injustices et de toutes formes de rejet. Qu’en raison de cette spécificité, les armes seules ne sauraient être la réponse. Mais il suffisait d’émettre le moindre doute, la moindre réserve ou une seule dissonance, pour que vous soyez rabroué, stigmatisé et peint en sponsor des terroristes ou valet de l’impérialisme. Voilà que malheureusement, la vérité éclate au grand jour. Des attaques simultanées sur sept grandes villes maliennes que personne n’a su anticiper, avec à la clé, la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, et de sa femme ainsi que des blessures infligées à Modibo Koné, en charge des renseignements. Tout un symbole ! 

 Une faillite affligeante

Pour une fois, les autorités maliennes doivent accepter de voir la réalité en face. Car, au regard de leur affligeante faillite incarnée dans la tragédie que le pays a vécue ce samedi 25 avril, elles doivent nous épargner les excuses et bouc-émissaires habituels. A minima, elles doivent juste admettre leur échec. Sous d’autres cieux et dans d’autres circonstances, elles devraient même tout simplement rendre le tablier. L’offensive coordonnée de ce week-end étant d’autant plus difficile à avaler qu’Assimi Goïta et ses compagnons avaient, en août 2020, renversé feu Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) au motif que celui-ci peinait à restaurer la sécurité face justement aux mêmes terroristes. Six ans après, on en est réduit à assister, impuissants, à ces assauts simultanés du tandem JNIM-FLA contre les villes de Kati, Bamako, Konna, Sevaré, Mopti, Gao et Kidal. En particulier, que les assaillants aient réussi leur coup contre la ville garnison de Kati, siège du pouvoir effectif, est un pied-de-nez à la junte de Goïta. D’autant plus que cette audace s’est soldée par la mort de Sadio Camara, celui d’entre tous les autres, qui incarnait le plus la lutte contre l’insécurité, de par son statut de ministre de la Défense. Or, il s’y ajoute que Modibo Koné, patron de l’Agence nationale de la sécurité de l’Etat, a été lui aussi blessé et que Kidal, la grande ville du nord, symbole de la reconquête du pays par les autorités de la Transition, en 2023, est passée sous contrôle de la nouvelle union que forment le FLA et le JNIM.

Fragilité et vulnérabilité

Mais en soi, l’offensive terroriste de samedi contre ces cinq cibles stratégiques n’est qu’une preuve de plus de l’échec des militaires qui trônent au sommet de l’Etat malien. Un échec qu’ils s’obstinaient à nier, en dépit de l’évidence. Mais la fragilité de ce pouvoir, on l’avait déjà senti notamment en septembre-octobre dernier quand les combattants du JNIM ont imposé un blocus de fait autour de Bamako, privant la capitale du ravitaillement vital en carburant. Les dizaines d’images de camions-citernes en feu çà et là sur les réseaux sociaux, les longues files de voitures constatées pendant des jours devant les stations-services à Bamako et les délestages électriques qui avaient suivi, étaient déjà symptomatiques de la vulnérabilité des autorités maliennes.

Un souverainisme dévoyé

Mais l’échec dont il est question ne résulte pas nécessairement d’une supériorité militaire de l’ennemi. Mais il est aussi et surtout celui de la méthode et de l’approche du pouvoir au Mali. Un pouvoir qui travaille davantage à la confiscation du pouvoir qu’à l’authentique lutte contre l’insécurité. Autrement, comment expliquer la facilité avec laquelle les assaillants ont préparé, exécuté cette offensive et même réussi à toucher le cœur même du pouvoir, sans qu’aucun renseignement n’ait réussi prévenir tout ça ? En fait, à Bamako, le pouvoir, faisant tout à la fois dans l’arrogance et le mépris, exclut au lieu de fédérer. Au lieu de tirer profit des divergences, il s’évertue à éteindre la diversité et la pluralité, et cultive la pensée unique ainsi que le culte du chef. Un pouvoir qui dissout les partis politiques, traque la société civile et muselle la presse. Enfin, un pouvoir qui, tout en s’éternisant indument, croit masquer ses insuffisances en se drapant dans un souverainisme d’autant plus dévoyé que le pays et ses richesses sont littéralement livrés à la Russie. Un ensemble d’attitudes et de travers aux antipodes de ceux qu’il fallait pour faire face aux défis sécuritaires du pays.

C’est de toutes ces tares davantage morales et politiques dont l’offensive des assaillants de samedi et ses conséquences surtout symboliques, sont le révélateur. Et malheureusement, si les corrections idoines ne sont pas apportées, des tragédies de ce type, on va encore en vivre non seulement au Mali, mais également ailleurs dans bien d’autres de nos pays. Car, quand on gouverne avec le mensonge et la duperie, on ne peut espérer autre chose.

Boubacar Sanso Barry

Articles Similaires

Mali : le ministre de la Défense Sadio Camara tué dans une attaque terroriste

LEDJELY.COM

Attaques au Mali : silence troublant autour du sort du ministre Sadio Camara

LEDJELY.COM

Explosions et frappes aériennes au Mali : « la situation est sous contrôle » (FAMa)

LEDJELY.COM

Mali : tirs à Bamako et Kati, le FLA revendique des offensives au nord

LEDJELY.COM

CAN 2027 : la CAF fixe un ultimatum au trio Kenya-Ouganda-Tanzanie

LEDJELY.COM

Conakry et Bissau scellent une volonté commune de rapprochement stratégique

LEDJELY.COM
Chargement....