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Sonko-Diomaye : du duo au duel

Au Sénégal, entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et son Premier ministre, Ousmane Sonko, la guerre est ouverte. Déclarée à peine quelques mois après l’arrivée des leaders au pouvoir, en avril 2024, elle demeurait latente jusqu’à récemment. Mais ces dernières semaines, la tension au sein du couple de l’exécutif sénégalais s’est d’autant plus intensifiée que le chef de l’Etat ne semble plus disposé à recevoir les coups sans réagir. Assumant de plus en plus la rupture avec son ex-mentor, il se montre désormais prêt à tenter sa chance dans le bras de fer. Sauf que la portée de celui-ci va au-delà des deux protagonistes. L’enthousiasme et le grand espoir que leur victoire avait suscités en 2024 vont s’en trouver inévitablement affectés. Sans oublier les risques que cette querelle au sommet de l’Etat pourrait faire peser sur la stabilité du pays et la cohésion nationale. Une perspective d’autant plus sombre qu’aux immenses attentes de la jeunesse sénégalaise, restées sans réponse, se greffe un contexte économique des plus déprimants.

Diomaye dans une nouvelle posture

Il n’est plus possible de passer sous silence les mésententes entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre, Ousmane Sonko. S’étant jusqu’ici efforcé de ne pas assumer publiquement la tension avec son chef du gouvernement, Diomaye semble avoir changé de stratégie. Comme agacé par la défiance, la pression et les menaces à peine voilées dont il fait l’objet de la part de Sonko et de ses fidèles, le chef de l’Etat a récemment fait une sortie au cours de laquelle il n’a pas hésité à affirmer la prééminence de son pouvoir sur celui de son Premier ministre. Dans la foulée, il a limogé le porte-parole de la présidence, Ousseynou Ly, qu’on dit proche d’Ousmane Sonko, pour le remplacer par Abdoulaye Tine, coordinateur de la coalition Diomaye Président, dont la restructuration récente est perçue comme le signe précoce de la volonté du chef de l’État de rempiler en 2029. Des changements annonciateurs de la nouvelle posture que le président semble avoir adoptée. A ce rythme, on semble donc parti pour une crise qui devrait déboucher sur une rupture pouvant se traduire par le limogeage d’Ousmane Sonko.

Le choc était inévitable

Bien sûr, dans les deux camps, chacun renvoie la responsabilité de cette brouille à l’autre. Mais, de l’avis de nombreux observateurs, les circonstances de l’élection de 2024 et le tempérament des deux personnalités prédisposaient au bicéphalisme qui se dessine aujourd’hui. En réalité, dans un contexte normal, Ousmane Sonko, à la personnalité et au charisme plus affirmés, était le candidat naturel du PASTEF. Durant toute la bataille du parti contre le régime de Macky Sall, le scénario était que tout le monde travaille à son accession au pouvoir. Par son leadership, il écrasait tout le monde dans son camp, à commencer par Diomaye. Sauf qu’un grain de sable juridique et un improbable coup du destin ont fait que c’est ce dernier qui s’est retrouvé au palais. Dès lors, une configuration inédite s’est installée, mettant face à face deux légitimités : celle, populaire, d’Ousmane Sonko, et celle, institutionnelle, de Diomaye Faye. A cela s’ajoute que le Premier ministre, fort de son poids politique et de son influence sur le parti, s’est toujours senti à l’étroit dans un rôle de second. A l’inverse, avec le temps, Diomaye a pris pleinement conscience du pouvoir qu’il détient et des marges de manœuvre qu’il lui offre. Le choc était donc inévitable.

Une impardonnable irresponsabilité

Pourtant, cette querelle pourrait coûter cher aux deux hommes. D’abord, comme on le constate déjà, ce crêpage de chignon passe pour une impardonnable irresponsabilité pour de nombreux sénégalais et même au-delà. Que ceux qui promettaient de sécher les larmes de la jeunesse sénégalaise et de restaurer une certaine vertu dans la pratique politique en viennent à oublier tous les défis auxquels le pays est confronté, pour se livrer à ce spectacle hideux à des fins de positionnement, il est vrai qu’il y a de quoi être déçu. Au-delà même de Bassirou Diomaye Faye et de Ousmane Sonko, cette bisbille pourrait entamer durablement la confiance des populations envers la classe politique. D’autant que les leaders du PASTEF se présentaient comme les symboles d’une rupture avec les pratiques d’une génération passée.

Un pays pas encore remis des tensions passées

Mais les conséquences ne s’arrêtent pas là. Au-delà du chômage des jeunes, toujours épineux, et de la cherté de la vie, qui demeure encore préoccupante, cette crise au sommet de l’exécutif fait peser des risques réels d’instabilité, notamment si des obstacles venaient à être dressés contre une éventuelle candidature de Sonko en 2029. Le pays ne s’étant pas encore totalement remis des tensions qui l’ont secoué entre 2021 et 2024, une telle perspective suscite de vives inquiétudes. Et pour cette seule raison, Sonko et Diomaye gagneraient à se ressaisir tant qu’il en est encore temps.

Boubacar Sanso Barry

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