À Kankako, district relevant de la sous-préfecture de Bintimodia, à une cinquantaine de kilomètres de la préfecture de Boké, l’accès aux soins vire au cauchemar. L’unique poste de santé de cette localité, qui dessert plus de douze secteurs, tombe aujourd’hui en ruine sous le regard impuissant des habitants et des autorités locales, rapporte notre correspondant basé dans la région.
Dans ce centre de santé rural, les conditions de travail du personnel médical sont alarmantes. Murs fissurés, bureaux sans plafond, salles d’hospitalisation exiguës, chaleur suffocante, absence d’électricité et équipements vétustes composent le quotidien du seul infirmier titulaire et de ses trois stagiaires.

« Pendant la saison sèche, la chaleur est insupportable. Pour écrire, il faut parfois mettre quelque chose sous nos mains tellement il fait chaud. Nous travaillons ici uniquement parce que nous n’avons pas le choix », déplore François Alexinois, responsable du poste de santé de Kankako.
Selon les responsables locaux, le poste de santé avait pourtant bénéficié d’un projet de rénovation et d’extension initié par le ministère de la Santé. Les travaux, lancés le 26 juin 2019, devaient être exécutés en quatre mois. Mais quelques semaines après le démarrage du chantier, l’entreprise chargée des travaux aurait tout simplement disparu.

« Ils étaient venus de Conakry pour la rénovation et l’extension. Après deux mois de travaux, ils sont partis en disant qu’ils allaient célébrer le Ramadan avant de revenir. Depuis ce jour, ils ne sont jamais revenus », affirme le responsable du poste.
À cette situation déjà critique s’ajoute un autre problème majeur : l’absence de logements pour les agents de santé. Les habitants dénoncent l’éloignement des soignants du centre médical, une réalité qui complique dangereusement la prise en charge des urgences nocturnes.
« Nous demandons aux personnes de bonne volonté et aux fils ressortissants de Kankako de nous venir en aide. La situation est urgente », lance Sanassy Camara, citoyen de la localité.
Même son de cloche du côté des autorités locales. Le président du conseil de district de Kankako, Abdoulaye Camara, tire la sonnette d’alarme face aux conséquences dramatiques de cette situation sur les populations.

« Nos agents de santé ne sont pas logés à proximité du centre. Parfois, des malades arrivent la nuit et il n’y a personne sur place. Des femmes enceintes accouchent même à même le sol », regrette-t-il.
Avec une population estimée à près de 8 000 habitants répartis dans douze secteurs, Kankako souffre d’un cruel manque d’infrastructures sanitaires. Face à une situation devenue insoutenable, les citoyens lancent un appel pressant aux autorités compétentes ainsi qu’aux ressortissants de la localité afin de sauver ce poste de santé, unique recours médical de toute la zone.
Mamadou Bah, depuis Boké




