L’ancien ministre des Finances, Ousmane Kaba, a procédé ce mercredi 13 mai 2026 à la présentation et à la dédicace de son ouvrage intitulé « La Transition économique de 1986 en Guinée », à l’Université Kofi Annan. La cérémonie a mobilisé plusieurs acteurs politiques, universitaires et économiques venus assister à cette plongée dans l’une des périodes les plus marquantes de l’histoire économique guinéenne.
Dans une intervention riche en rappels historiques et en analyses économiques, l’ancien patron du département des Finances est revenu sur les grandes mutations qui ont suivi la disparition du président Ahmed Sékou Touré, et le passage progressif de la Guinée d’un système socialiste à une économie libérale.
« Après l’indépendance, la Guinée s’est orientée vers le socialisme, le socialisme qui signifie l’étatisation des moyens de production. On est même allé plus loin, on a étatisé le commerce, l’agriculture, toutes les activités. Et, bien des années plus tard, ce qui s’est passé, c’est la mort du président Ahmed Sékou Touré. Ça, c’est important de le dire. Lorsqu’il est décédé, ce 26 mars 1984, nous sommes rentrés de plein pied dans la transition politique. Mais la transition économique elle-même, je dirais que ça a commencé le 22 décembre 1985, 17 mois après », a-t-il expliqué.
Pour l’auteur, cette transition économique a marqué un tournant décisif dans l’histoire du pays.
« C’est une transition économique dans la mesure où on passe du socialisme au libéralisme. C’est pour ça qu’on parle de transition économique. En effet, c’est le passage d’une économie étatique centralisée et planifiée à une économie de marché. Donc, il faut nécessairement réduire la place de l’État, la sphère étatique. C’est exactement ce qui s’est passé. La Guinée, à l’époque, avait été conseillée par les institutions de Bretton Woods, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale », a-t-il indiqué.
Dr Kaba a également détaillé les trois piliers du Programme de réformes économiques et financières (PREF), mis en œuvre à cette époque.
« Ils ont tous mis en place le Programme de réformes économiques et financières qu’on appelle PREF. Alors, cette réforme est une véritable thérapie de choc qui s’est articulée autour de trois axes. D’abord, la réforme monétaire. On a eu le changement de signe monétaire, les billets ont été changés. Et vous verrez combien de fois, en Guinée, nous avons eu une très forte dévaluation de 94 % à l’époque, c’est énorme. Nous avons eu la liquidation de l’ensemble du système bancaire et la restructuration totale de la Banque centrale de la République de Guinée », a-t-il rappelé.
Poursuivant son analyse, l’ancien ministre est revenu sur les conséquences sociales de ces réformes qu’il qualifie lui-même de douloureuses.
« Le deuxième axe, c’était la libéralisation de l’économie, ce qui signifie le retrait de la sphère économique de l’État. Cela s’est traduit par la liquidation de toutes les entreprises commerciales publiques et la privatisation des entreprises industrielles. (…) Le troisième axe, qui était très difficile, je dirais qui a fait beaucoup de sang et de larmes, c’était la réduction de la taille de la fonction publique. Brutalement, on a licencié des dizaines et des dizaines de personnes. Non seulement des licenciements qui venaient de la restructuration et de la liquidation des entreprises publiques, mais également de la fonction publique. Je vous assure que c’était une période très, très difficile pour le peuple de Guinée parce que nous avons eu un chômage massif », a-t-il affirmé.
Dans son exposé, Ousmane Kaba a aussi livré une lecture critique du socialisme appliqué dans plusieurs pays africains après les indépendances.
« Autant dire que la transition basée sur la politique d’ajustement structurel a causé un véritable traumatisme collectif dans la société guinéenne. (…) Certains, comme le président Ahmed Sékou Touré ou Modibo Keïta, ont continué avec le marxisme comme moyen de développement économique et social. Évidemment, ce qui devait arriver arriva. Ils ont fait faillite sur le plan économique, comme d’ailleurs tous les autres pays socialistes », a-t-il soutenu.
L’auteur estime que l’étude de cette période reste essentielle pour les nouvelles générations.
« Si vous ne savez pas d’où vous venez, vous ne pourrez jamais savoir où vous allez. (…) Connaître son histoire, c’est la première chose pour comprendre le présent et pour se battre pour améliorer l’avenir », a-t-il déclaré devant un public attentif.
Par ailleurs, Dr Ousmane Kaba dit avoir privilégié un style accessible afin de permettre au plus grand nombre de comprendre les enjeux économiques de cette période charnière de l’histoire guinéenne.
« J’ai voulu faire un livre qui soit simple, qui n’ait pas trop de chiffres pour embrouiller les gens, mais qui permette de comprendre l’essentiel de ce qui s’est passé en Guinée pendant cette période. (…) L’économie est une science qui est facile à comprendre. Il s’agit de l’enrichissement individuel et collectif, de la rareté des ressources et de l’utilisation optimale de ces ressources », a-t-il conclu.
N’Famoussa Siby




