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SOGUIPAH : une ambitieuse stratégie de redressement sur cinq ans dévoilée

La Société Guinéenne de Palmiers à Huile et d’Hévéa (SOGUIPAH) a procédé ce mercredi 20 mai 2026 à la présentation officielle de son plan stratégique de développement et du projet de contrat-programme. La cérémonie, organisée en présence des autorités, partenaires techniques et financiers, marque une étape importante dans la volonté de redressement de cette entreprise agro-industrielle stratégique pour l’économie nationale.

Pour la direction générale, ce plan stratégique constitue un outil central destiné à guider la transformation de la société sur les cinq prochaines années.

Le directeur général de la SOGUIPAH, Julien Dramou, a insisté sur la portée structurante du document : « Les objectifs derrière la présentation du contrat programme, du plan stratégique et de leur remise officielle aux autorités, c’est déjà d’avoir un document qui sera notre référence, d’avoir une boussole qui va se traduire dans les années à venir en actions, au moins pour 5 ans ».

Selon lui, ce cadre stratégique fixe une vision claire et des actions concrètes déjà identifiées pour relancer durablement la société. « Aujourd’hui, nous avons une vision claire de ce que nous voulons […] nous avons des actions concrètes identifiées et nous les avons étalées sur les 5 ans à venir », a-t-il précisé.

Le plan stratégique de la SOGUIPAH s’articule autour de plusieurs axes majeurs, notamment la relance industrielle, la modernisation des infrastructures et la réforme de la gouvernance. « Les grandes lignes sont notamment l’industrialisation, c’est-à-dire la réhabilitation des unités industrielles, l’extension des plantations et les replantations pour les plantations vieillissantes et aussi assainir la gouvernance », a expliqué le directeur général.

Cette stratégie vise également à renforcer la performance globale de l’entreprise dans un contexte marqué par des difficultés financières et structurelles.

La direction de la SOGUIPAH reconnaît l’ampleur des défis, notamment l’endettement important hérité par l’entreprise. « Tel que ça a été présenté, vous avez vu les dettes dont la SOGUIPAH hérite aujourd’hui », a rappelé Julien Dramou.

Face à cette situation, la stratégie prévoit un double objectif : augmenter la productivité et améliorer les revenus pour assurer le fonctionnement courant tout en engageant un plan de désendettement. « Il est nécessaire qu’on travaille très rapidement à augmenter la productivité de l’entreprise, à augmenter le niveau de revenu de l’entreprise […] mais aussi mettre dans un plan de désendettement tout ce qu’on a trouvé comme dette », a-t-il ajouté. Ces dettes concernent aussi bien l’État que les fournisseurs, les planteurs et d’autres partenaires économiques.

La relance de la SOGUIPAH repose sur un plan d’investissement conséquent estimé à environ 60 millions de dollars.

Dans le même temps, les charges opérationnelles sur cinq ans sont évaluées entre 200 et 250 millions de dollars.

Le directeur général a également évoqué la possibilité d’un partenariat public-privé, avec l’implication des banques et partenaires techniques et financiers. « Le partenariat public-privé n’est pas exclu », a-t-il indiqué, soulignant la nécessité de mobiliser des financements diversifiés.

À terme, la direction projette une transformation significative des performances économiques de la société. « Le chiffre d’affaires sera multiplié par 3 ou 4 pour atteindre plus de 3 000 milliards de revenus au bout des 5 ans à venir », a annoncé Julien Dramou.

Le Secrétaire général du ministère de l’Agriculture, Oumar Barry, a rappelé le rôle central de la SOGUIPAH dans le tissu économique et social du pays. « La SOGUIPAH, c’est une entreprise agro-industrielle qui emploie au moins un minimum de 4 000 personnes. Et c’est un levier de développement pour notre pays », a-t-il souligné.

Il a également replacé cette relance dans le cadre des ambitions nationales liées au programme Simandou 2040, axé sur la transformation locale et la création d’emplois. « L’objectif national est de produire, mais aussi de transformer sur le plan local pour créer des entreprises et des emplois », a-t-il ajouté.

Le responsable gouvernemental estime que le nouveau contrat-programme constitue une base solide pour la relance industrielle, notamment avec la mise en place d’une usine de transformation de 6 tonnes/heure.

Partenaire clé du processus, Expertise France, appuyée par l’Union européenne et l’Agence française de développement, a accompagné l’élaboration du plan stratégique dans le cadre du programme AMRIC.

Son représentant pays, Nicolas Huet, a rappelé la durée et la profondeur de l’accompagnement : « La rencontre de ce matin est un couronnement d’appui […] dans le cadre d’appui opérationnel à la SOGUIPAH pour l’élaboration et la formalisation de son contrat programme ». Il a précisé que le travail a été mené sur 17 mois dans une logique de co-construction.

Selon Expertise France, plusieurs progrès ont déjà été réalisés ces derniers mois malgré un environnement économique difficile, marqué notamment par la baisse des prix de l’hévéa et des contraintes logistiques. « Les opérations ont été stabilisées lors des 17 derniers mois sans nouvelles dettes pour les planteurs ni impayés de salaires », a-t-il indiqué.

D’autres mesures ont également été mises en œuvre : réduction de la dette globale, modernisation des équipements industriels, reprise de la fertilisation, amélioration de la comptabilité et mise en place de nouveaux outils de gestion.

Malgré ces avancées, la SOGUIPAH fait face à plusieurs défis majeurs : vieillissement des plantations, faible rendement, difficultés d’accès aux sites de production et problèmes logistiques. Ces contraintes affectent directement la production et la rentabilité de l’entreprise.

Les experts soulignent également des enjeux liés à la gouvernance, aux ressources humaines et à la performance financière, ainsi qu’à la responsabilité environnementale et sociale.

Les analyses techniques montrent une baisse progressive de la production ces dernières années, liée à la vétusté des infrastructures et au manque d’investissement.

Toutefois, le potentiel reste important, notamment sur les marchés internationaux où la demande de produits traçables est en croissance.

Le marché national offre également des opportunités, notamment dans la production d’huile de palme, encore largement importée.

Le plan repose sur trois piliers fondamentaux : performance, croissance et impact. L’objectif est de faire de la SOGUIPAH « un leader agro-industriel en République de Guinée et un modèle ouest-africain de moteur de développement à l’horizon 2030 ».

Pour atteindre cette ambition, 33 initiatives ont été identifiées, couvrant les domaines industriels, agricoles, logistiques, financiers et sociaux. Parmi les priorités, la construction d’une usine de transformation de 6 tonnes/heure est considérée comme le projet structurant majeur.

Selon les experts, cette infrastructure est « la priorité absolue », car elle conditionne la rentabilité globale du système. Elle doit permettre de relancer la transformation locale, d’augmenter la valeur ajoutée et de réduire la dépendance aux exportations brutes.

Le plan stratégique prévoit des investissements cumulés estimés à environ 550 milliards de francs guinéens entre 2026 et 2030, auxquels s’ajoutent des charges opérationnelles importantes. Même si ces chiffres sont qualifiés de projections, ils traduisent l’ampleur du défi financier.

Les experts estiment toutefois que le potentiel de croissance du chiffre d’affaires pourrait être multiplié par trois si les investissements sont réalisés.

Pour les responsables du projet, la réussite du plan dépendra de la mobilisation des partenaires techniques et financiers, mais aussi de la mise en œuvre rigoureuse des réformes internes.

Trois outils ont été élaborés pour assurer le suivi : le rapport stratégique, les fiches d’initiatives et le modèle économique et financier. « Avec ces outils-là, avec un suivi pointu, il est plus faisable de redresser la situation de la SOGUIPAH », a conclu Gonzague de Lavernée, un expert du projet.

À travers ce nouveau plan stratégique, la SOGUIPAH se projette dans une transformation profonde, entre redressement financier, modernisation industrielle et ambition de développement durable. Un pari ambitieux, soutenu par les partenaires internationaux et les autorités nationales, mais dont la réussite dépendra de la capacité à mobiliser les financements et à mettre en œuvre les réformes annoncées.

N’Famoussa Siby

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