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MALI : enfin, la CEDEAO revient à la raison

Elle s’était quelque peu égarée et avait conséquemment décidé de sanctions inappropriées et fait des exigences irréalistes à l’endroit du Mali et des militaires qui ont déposé le président Ibrahim Boubacar Keïta. Mais on semble désormais loin de cette posture qui n’était dictée que par la crainte que les derniers développements chez le voisin du nord inspirent au Guinéen Alpha Condé et à l’Ivoirien Alassane Ouattara, tous deux en proie à une forte contestation dans leurs pays respectifs. La CEDEAO, l’organisation sous-régionale envisage désormais les choses avec un brin de pragmatisme. La mission de l’organisation qui séjourne depuis le samedi dernier au Mali a fini par admettre la réalité selon laquelle IBK relève du passé et qu’il faudra bien accepter de dialoguer avec les nouvelles autorités du pays pour essayer de construire le futur. Pour autant, certaines prétentions de la junte paraissent tout autant irréalistes.

Après s’être manifestement laissée manipulée par les présidents guinéen et ivoirien, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) commence enfin à cerner la crise au Mali avec lucidité. Ainsi, Goodluck Jonathan, l’ancien président nigérian et chef de la délégation de l’instance sous-régionale qui séjourne depuis le samedi dernier au Mali, à l’issue des tout premiers échanges avec les membres du Conseil national pour le salut du peuple (CNSP), s’est dit « optimiste ». A en croire l’ancien président nigérian, la mission de la CEDEAO ne devra plus être de dicter la marche à suivre au peuple malien, comme le laissait penser le communiqué ayant sanctionné le dernier sommet extraordinaire de l’institution. Selon lui, l’organisation régionale devra avoir un rôle d’accompagnateur. Ce qui suppose qu’in fine, ce sont les Maliens qui auront à décider de la sanction à décerner aux putschistes. Bien sûr, le Mali d’aujourd’hui nécessite qu’on le surveille comme du lait sur du feu. Mais les avis des Maliens ne doivent pas être ignorés comme certains dirigeants de la sous-région le préconisaient. Que la CEDEAO admette cette nécessaire remise en cause a quelque chose de salutaire. Mais il convient qu’elle aille plus loin en s’inspirant de ce qui vient d’arriver au Mali pour prévenir des situations similaires dans d’autres pays. Car chez IBK, elle a cruellement manqué d’anticipation. Cela aussi, elle se doit de l’admettre.

Toutefois, les intentions affichées par les membres du CNSP à l’occasion des échanges avec la délégation de la CEDEAO méritent qu’on s’y penche. Deux faits marquants en ressortent. Tout d’abord, la transition, selon la junte, devrait durer trois ans. Ensuite, elle sera conduite par un militaire ayant le statut de chef de l’Etat et un gouvernement majoritairement composé de militaires. Cela commence à faire un peu trop. Cette gourmandise prématurée n’a rien de rassurant. D’autant qu’elle contredit les premières déclarations de la junte qui promettait une transition civile. Avec cette appétence, les officiers qui avaient assuré avoir agi pour parachever la bataille du peuple risquent de se dévoyer en révélant d’eux-mêmes des intentions moins nobles. S’il est vrai que le coup de force symbolise l’échec de la classe politique malienne dans son ensemble, cela ne donne pas pour autant le droit à la soldatesque d’investir l’espace de la gestion politique. Certes, par la force des choses, on est bien obligé d’associer les soldats à la gestion de la transition. Mais de là vouloir s’accaparer la part du lion, cela trahit quelques arrière-pensées que le colonel Assimi Goïta et ses camarades n’auraient aucun intérêt à rendre publiques.

De même que la transition ne peut durer trois ans. Là aussi, on a bien conscience que les réformes à opérer pour relever le pays sont titanesques. Mais on n’est pas obligé de les mener toutes pendant une transition. Ce sont les bases essentielles qu’il convient de poser maintenant et tout de suite. A charge pour les autorités qui viendront par la suite de les consolider. Vu la crise sécuritaire qu’il traverse depuis de nombreuses années, le Mali ne peut pas s’offrir le luxe d’une transition de trois ans. Cela aussi est tout simplement inenvisageable. La CEDEAO et les autres instances internationales doivent y veiller !

Boubacar Sanso BARRY

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