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L’Ethiopie peut-elle ignorer les diplomates africains ?

Les dirigeants éthiopiens ont décliné les efforts africains visant à trouver un règlement négocié au conflit du Tigré.

L’Éthiopie est membre fondatrice de l’organisation continentale africaine, l’Union africaine (UA), mais l’analyste éthiopien Alex de Waal affirme que ses actions mettent désormais en péril les principes fondateurs de l’institution.

Une des raisons ?

Alors même que les 3 envoyés spéciaux de l’Union Africaine sont sur le point de regagner Addis Abeba, pour chercher une solution pacifique au conflit dans la région du nord du Tigré, le Premier ministre Abiy Ahmed a ordonné ce qu’il a appelé la « phase finale des opérations en faveur de l’État de droit ».

Ce fut un remarquable « pied-de nez » à l’organisation panafricaine.

Les anciens présidents Ellen Johnson Sirleaf du Liberia, Joachim Chissano du Mozambique et Kgalema Motlanthe d’Afrique du Sud ont rencontré M. Abiy vendredi, mais ils ont été informés que le gouvernement éthiopien poursuivra ses opérations militaires.

M. Abiy a également déclaré que les « envoyés spéciaux » ne pouvaient rencontrer aucun représentant du groupe que l’Ethiopie combat au Tigré, le Front populaire de libération du Tigré (TPLF), qu’il a qualifié de « clique criminelle ».

Citant la Charte des Nations unies dans une déclaration faite en début de semaine, le premier ministre éthiopien a insisté sur le fait que le gouvernement fédéral était engagé dans une opération de maintien de l’ordre interne et que le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures d’une nation souveraine s’appliquait.

Mais l’expert juridique nigérian Chidi Odinkalu soutient que l’Ethiopie utilise la charte pour déclencher une guerre, à l’opposé de son intention pacifique, en affirmant que « l’audace de cette position est déconcertante ».

Il souligne que le conflit est déjà internationalisé, car l’Érythrée est impliquée et les réfugiés érythréens se déplacent massivement au Soudan.

De plus, les Nations unies ont adopté des principes pour empêcher aux États d’abuser de la doctrine de non-ingérence pour se donner l’impunité de commettre des atrocités.

Depuis 1981, la résolution des conflits est un devoir et un droit et depuis 2005, les États ont la responsabilité de protéger les civils dans les conflits.

La crainte des crimes de guerre

En repoussant les médiateurs africains, Abiy Ahmed ne se contente pas de refuser une initiative de paix. Il remet en cause les principes fondamentaux de l’Union africaine elle-même.

L’article 4(g) de l’Acte constitutif de l’UA – auquel l’Éthiopie a adhéré en 2002 – précise en effet « la non-ingérence d’un État membre dans les affaires intérieures d’un autre ».

Mais cet article est immédiatement suivi par l’article 4(h), qui donne à l’UA le droit « d’intervenir dans un État membre … dans des circonstances graves, à savoir : les crimes de guerre, le génocide et les crimes contre l’humanité ».

Ce « devoir de non-indifférence » a été adopté à la suite du génocide de 1994 au Rwanda.

Il a d’abord été formulé par un groupe international de personnalités éminentes, fortement soutenu par l’Éthiopie, qui s’est réuni pour recommander à l’Afrique de prévenir de telles atrocités à l’avenir. La « non-indifférence » est la version africaine de la « responsabilité de protéger » des Nations-Unies.

Le gouvernement éthiopien a lui-même accusé le TPLF de commettre des atrocités, et les observateurs craignent que lorsque le black-out sur l’information sera levé, les preuves de crimes de guerre des deux côtés seront mises en lumière.

Des rapports non confirmés indiquent que des troupes éthiopiennes ont traversé la frontière et ont rassemblé des réfugiés érythréens dans les camps des Nations unies au Tigré, ce qui constituerait une violation de la convention des Nations unies sur les réfugiés.

Le triomphe diplomatique de l’Ethiopie

L’Organisation de l’unité africaine (OUA) a été fondée en 1963, avec son siège à Addis-Abeba, dans le but de consolider l’indépendance nouvellement acquise des États africains.

L’implantation de l’OUA en Ethiopie a été un triomphe diplomatique pour l’empereur Haile Selassie, qui a longtemps défendu le droit international.

Son discours de 1936 à la Société des Nations était célèbre pour avoir prédit que si l’invasion de l’Éthiopie par l’Italie restait impunie, le monde serait baigné dans le sang.

A sa création, l’OUA avait pour objectif de faire un front commun pour la libération de l’Afrique du Sud du régime colonial et raciste.

Mais elle a également été considérée comme « club d’autocrates », qui tiennent à leurs intérêts communs de rester au pouvoir quoi qu’il arrive.

Un des fondateurs, Le président de la Tanzanie, Julius Nyerere, avait déploré que l’OUA soit devenue « un syndicat de chefs d’État ».

Dans les années 1990, il avait été question de remodeler l’OUA pour pouvoir répondre aux guerres, coups d’État et atrocités en Afrique.

En 2002, l’Union Africaine a été créée avec un programme beaucoup plus ambitieux de promotion de la paix et de la démocratie.

Depuis lors, elle a mis au point un ensemble de mécanismes qui prévoient la suspension des pays où il y a un changement anticonstitutionnel de gouvernement et l’offre d’une aide à la médiation des conflits, ainsi que l’obligation pour les pays touchés par un conflit d’accueillir les efforts de paix de bonne foi. Lire la suite ici.

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