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Comment comprendre la charge de Charles Wright contre le ministre Bachir Diallo ?

En marge d’une sortie qu’il a faite hier dimanche dans l’affaire relative à l’assassinat du jeune Thierno Mamadou Diallo, le procureur général près la Cour d’appel de Conakry n’a pas fait de cadeau au ministre de la Sécurité et de la Protection civile. Faisant allusion à la promesse du ministre Bachir Diallo de retrouver et sanctionner ceux dont les manquements ont conduit à la mort du jeune, Alphonse Charles Wright répond en substance au ministre, et de manière plutôt sèche que si une tête doit tomber, ce serait bien celle de Bachir Diallo. Une charge perçue comme étant à la fois frontale, violente et quelque peu gratuite. D’autant qu’à priori, la sortie du ministre de la Sécurité ne justifiait pas une réaction aussi orageuse.

Au lendemain de la mort de Thierno Mamadou Diallo, en marge des manifestations spontanées qui, le long de la route Le Prince, avaient accueilli l’annonce de la hausse du prix du carburant, le ministre de la Sécurité qui se trouvait à Kankan, avait déclaré ceci à la presse : « Dès que l’événement s’est passé, j’ai appelé le directeur général de la police pour lui dire que je voudrais savoir le nombre de morts et dans quelles circonstances sont-ils morts ? Où il y a eu ces événements, à quel endroit et à quelle heure. Qui a tué qui et j’ai conclu en lui disant que si des têtes doivent tomber, elles tomberont mais que ce genre d’événements ne doit plus avoir lieu en Guinée ». Cette sortie a alors été plutôt bien accueillie. Elle a été jugée prompte et responsable. Outre le fait que Bachir Diallo en a avait profité pour témoigner sa compassion à l’endroit de la famille de la victime, le fait qu’il se soit engagé à faire en sorte que les responsables soient punis, avait été perçu comme un gage d’assurance.

Sauf que le procureur général près la Cour d’appel de Conakry n’en a manifestement pas eu la même lecture. En tout cas, Alphonse Charles Wright ne semble pas avoir apprécié le fait que Bachir Diallo ait dit que des « têtes vont tomber ».

Mais qu’est-ce qui, dans la sortie du ministre, peut avoir irrité autant le procureur ? Pour tenter de répondre à cette question, il faudrait peut-être rappeler la réplique de Charles Wright : « Je dis haut et fort, qu’on soit ministre de la Sécurité ou pas, si des têtes doivent tomber, c’est la tête du ministre qui tombera. Mais qu’on laisse la justice faire son travail. Ce n’est pas les petites têtes. Ça doit être les grandes têtes ». En relisant ces propos, on a l’impression que le procureur reproche au ministre une volonté de se décharger sur les cadres de son département. Quand il dit en particulier que ce ne sont pas des « petites têtes » qui vont tomber, c’est qu’il considère le ministre comme faisant partie des « suspects ». Il y a donc une présomption de responsabilité. Alors qu’aux yeux de Charles Wright, en s’exprimant comme il l’a fait, Bachir Diallo a voulu se mettre au-dessus des soupçons, de la mêlée. En somme, le procureur général aurait peut-être aimé qu’au lieu de s’engager à situer la responsabilité dans la mort du jeune Thierno Mamadou Diallo, le ministre Bachir Diallo rende tout simplement le tablier.

Si la logique de Charles Wright peut bien se comprendre, peut-on cependant reprocher à un ministre de vouloir situer la responsabilité d’une défaillance imputable à son département ? A ce stade de début de l’enquête, sur quoi reposent les soupçons du procureur général ? N’est-il pas davantage guidé par des sentiments personnels ? Ou bien serait-ce là le moyen pour lui de dire ce qu’il pense de ce ministre quelque peu atypique ? Par ailleurs, après l’épisode avec le colonel Balla Samoura, ne sommes-nous pas là également en présence d’une situation de cacophonie au sommet de l’Etat ? Autant de questions dont les réponses aideraient mieux à comprendre l’agacement avec lequel le procureur semble avoir accueilli les propos du ministre de la Sécurité.

Boubacar Sanso Barry

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