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SANCTIONS CONTRE LA GUINEE : « Même le Nigeria ne s’en sortirait pas »

Ainsi donc, la CEDEAO, à l’issue de son sommet extraordinaire de jeudi dernier, a fini par adopter des sanctions contre la Guinée. Sanctions au nombre desquelles se retrouve la suspension de toute assistance et transaction financière en faveur de la Guinée par les institutions financières de la CEDEAO, notamment la BIDC. Mais la question sur les effets de cette mesure divise les observateurs. Si d’aucuns tendent à relativiser les impacts, d’autres prédisent un impact réel sur la durée notamment. Alphonse Théa[i] est du second groupe. Evoluant dans une banque de la place, il suggère que l’on ne banalise guère les décisions de la CEDEAO. D’autant que, selon lui, il y a de fortes chances qu’au-delà de l’organisation sous-régionale, d’autres instances à travers le monde soient amenées à fermer leur porte à la Guinée.

Que vaut la décision de la CEDAO de suspendre toute assistance et transaction financières en faveur de la Guinée par les institutions financières de la CEDEAO, notamment la BIDC ?

Ça vaut son pesant d’or. Ça nous prive d’énormes ressources financières qui auraient pu servir à financer l’économie parce que la BIDC a deux guichets. Au départ, c’était un fonds de la CEDEAO. Il est devenu finalement une holding qui finance le secteur public comme le privé. Vous imaginez qu’ils décident d’arrêter les financements. Ce serait terrible pour la Guinée ! Il y’aura un effet boule de neige parce que si la CEDEAO leur demande de ne pas traiter avec nous, c’est l’Union africaine qui suivra. Et si la Banque africaine de développement (BAD) décide d’arrêter avec nous, les institutions du financement multilatérales, le système de la banque mondiale vont décider d’arrêter avec nous. Ça nous privera d’énormes richesses qui auraient pu financer des infrastructures, le développement, les PME. Il importe de préciser que les crédits faits par des institutions comme la BICD, c’est à des taux de remboursement extrêmes faibles. C’est presque concessionnel, alors que quand on prend des crédits avec une banque commerciale, on peut dire qu’il est presque impossible de s’en sortir. D’ailleurs, les banques d’ici n’ont que ressources courtes qui ne leur permettent pas donc de financer sur le long terme.

Récemment, le porte-parole du gouvernement indiquait que tous les projets planifiés par les autorités ont déjà leurs financements prêts. Est-ce à dire qu’une sanction comme celle que vient de prendre la CEDEAO pourrait remettre en cause une telle assurance ?
Evidement ! Ce que le porte-parole racontait, c’est juste de la politique. Imaginons que la BIDC fasse partie de ces bailleurs de fond et qu’aujourd’hui ils décident d’arrêter. Que deviendra le projet ? Il faut entendre son message comme de la communication politique. La CEDEAO est une institution très forte et elle est aujourd’hui un exemple d’intégration parce qu’elle est incomparable à CEMAC. Donc, il y’aura des effets très pervers sur le plan économique.
Y-a-t-il actuellement des projets qui pourraient être directement et immédiatement affectés par cette décision et lesquels ?

Je ne peux pas donner un projet spécifique parce que je n’ai jamais travaillé dans le secteur public. Mais je suppose qu’il y aura, quoi qu’on dise, un ou des projets qui seront impactés par cette décision qui va faire tarir des sources de financement. D’autant que la Guinée ne peut pas se considérer comme un claustré parce que nous avons une monnaie nationale.  N’oublions pas que notre monnaie n’est ni convertible, ni transférable. On travaille avec les devises des autres. Nous transformons tout ce que nous vendons en devise que la banque centrale met dans ses différents comptes auprès de ses différents correspondants. Si aujourd’hui, l’Union africaine endosse la décision de la CEDEAO et que les autres bailleurs de fond multilatéraux et bilatéraux décident également de la suivre, on ne pourra plus faire aucune opération à partir de la banque centrale. Il faut savoir que nous vivons dans un monde où tout est interconnecté. Quand un maillon de la chaine se coupe, c’est l’ensemble de la chaine qui risque de ne plus être opérationnelle. Par la décision de deux ou de trois personnes, on risque tous de subir, parce que s’il y a moins de financement en Guinée, cela peut doper davantage le chômage.
Ces sanctions financières vont entrainer des dérèglements de tout le système économique guinéen. Et, dans pas longtemps, on en sentira les conséquences, parce que je suis persuadé que ça ne va pas prendre du temps. On aurait pris une telle décision contre le Nigeria, il ne s’en sortirait pas. Ce n’est pas la Guinée qui n’exporte que de la terre rouge – bauxite – qui peut espérer davantage résister. On ne produit absolument rien. On importe tout. Si on ne parvient plus maintenant à avoir des devises pour acheter à l’extérieur, comment nous allons vivre ici ? Certes, la Chine et les autres pays s’intéressent peu à cette histoire d’embargo mais on ne peut pas vivre que du commerce avec la Chine. On devrait commercer avec le monde entier. Si déjà dans notre espace économique, on ne commerce avec personne, c’est comme on le dit, le cri d’un oiseau n’appelle pas les autres. Dès qu’on est en mal avec l’environnement immédiat, on sera en mal avec les autres.

Dans quelle hypothèse cette décision pourrait-elle être appliquée par des institutions au-delà de la CEDEAO ?

La CEDEAO est une locomotive et c’est reconnu. Dès qu’une locomotive est en panne, c’est l’ensemble des autres wagons qui vont suivre et ils ne pourront plus être tractés. Les gens ne mesurent pas la gravité d’une telle décision. Au Mali, la junte fait l’unanimité autour d’elle. C’est pourquoi ils ont pu tenir parce qu’ils avaient déjà une porte de sortie, la Guinée qui n’était pas sous embargo.
Propos recueillis par Aliou Nasta

[i] Il s’agit d’un nom d’emprunt

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