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Retour à l’ordre constitutionnel : le budget-chantage

Le jeudi dernier, quand le ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation a laissé entendre qu’il communiquerait le lendemain sur le niveau d’exécution du chronogramme de la Transition, on s’est posé la même question : que dirait-il à cette rencontre ? Oui, que dirait le ministre Mory Condé, vu que rien n’a été fait ? Eh bien, en ce début de semaine, c’est une autre question qui se pose à propos de la sortie du ministre : n’aurait-il pas fallu ne pas la faire ? Parce que cette sortie-là apporte plus de problèmes qu’elle n’en résout. D’une part, elle vient confirmer que rien n’a encore été fait en vue du retour à l’ordre constitutionnel. D’autre part, elle laisse sous-entendre une volonté de ne pas s’en aller tout de suite, de la part des militaires. C’est notamment ce qui ressort du budget fantaisiste que le ministre Mory Condé exige subtilement de la communauté internationale qui presse la junte de hâter le pas.

Agacement

Entre les autorités de la Transition et la communauté internationale, il y a manifestement de l’eau dans le gaz. De l’idylle, on passe à un certain agacement. L’agacement, ce sont tout d’abord les acteurs de la communauté internationale qui l’ont ressenti. Si les engagements du colonel Mamadi Doumbouya à ne pas prendre part aux prochaines élections semblaient rassurants tout au début, l’unilatéralisme avec lequel la junte s’obstine à mettre en œuvre la Transition commence à inquiéter. Surtout qu’à cette approche cavalière s’ajoute une tendance à faire taire toutes les voix dissonantes. Alors, c’est d’abord la CEDEAO qui hausse le ton et interpelle directement les autorités guinéennes à l’occasion du sommet extraordinaire de février dernier. Ensuite, plus récemment, l’ambassade des Etats-Unis publie un compte-rebours en guise de rappel. Crime de lèse-majesté aux yeux de Dr. Morissanda Kouyaté, le ministre des Affaires étrangères. Puis, Chrysoula Zacharopoulou, la secrétaire d’Etat française en charge du développement, de la francophonie et des partenaires internationaux est spécialement dépêchée à Conakry pour fixer au colonel Doumbouya les lignes à ne pas franchir. Devant cette pression qui arrive de tous les côtés, une explication s’impose. D’où la sortie du ministre Mory Condé, avec à ses côtés tout le gouvernement, le chef de celui-ci en premier.

Un budget qui cache un double message

Mais comme il fallait s’y attendre, on n’en tire rien ou presque. Parce que les autorités n’avaient rien à présenter. Du moins par rapport au retour à l’ordre constitutionnel. L’énumération fastidieuse par le ministre de quelques tâches se rapportant à la préparation du RGPH-4 et du RAVEC n’en est qu’une éloquente illustration. Si à la fin du mois d’avril, on ne peut brandir que ces quelques tâches préparatoires, c’est qu’il n’y a rien à se mettre sous la dent. Toutefois, cette communication trahit une intention cachée de la junte : celle de ne pas vouloir s’en aller de sitôt. Cela étant illustré par le budget d’environ 6 000 milliards GNF que le gouvernement demande à la communauté internationale pour le retour à l’ordre constitutionnel. Près de 700 millions de dollars américains, quand même ! La mise en avant de ce budget a un double objectif : transmettre la frustration des autorités et faire chanter la communauté internationale. « Puisque vous nous pressez de rendre le pouvoir, eh bien voici ce que nous exigeons en retour », tel est le message que cache ce budget. Et c’est en somme la trame de la communication que les représentants des autorités pourraient nous servir prochainement : Nous sommes disposés à rendre le pouvoir, mais nous n’avons pas d’argent ! Cela transparait d’ailleurs de l’exposé liminaire du ministre de l’Administration du territoire. « Le gouvernement a besoin de votre assistance technique et financière pour la réalisation de ce vaste chantier de démocratie et d’Etat de droit. La CEDEAO s’est engagée à mobiliser tous les partenaires pour l’accompagnement et la mise en œuvre du chronogramme dans un délai de 24 mois », déclarait en effet Mory Condé en direction des partenaires techniques et financiers. Une main tendue qui tranche avec le souverainisme que le ministre des Affaires étrangères se plait à mettre en avant à chacune de ses sorties.

Quid chez nos voisins ?

Mais pour en revenir au budget présenté par Mory Condé, il importe de noter la fantaisie qui a entouré son élaboration. Deux exemples pour l’illustrer. Le dernier recensement en Côte d’Ivoire a coûté 23,9 milliards Fcfa, soit aujourd’hui quelques 344 milliards GNF. Or, avec ses 28 millions d’habitants, notre voisin fait environ 2 fois la population de la Guinée. Mais on veut nous faire croire que notre RGPH-4 coutera 330 milliards GNF. Soit quasiment le même budget pour les deux pays. Mieux, pour organiser le RGPH-5, le Burkina Faso avait, en 2019, mobilisé 17,8 milliards Fcfa, soit 256 milliards GNF. C’est dire que dans un contexte sécuritaire que tout le monde connait, le Burkina a dépensé moins pour recenser ses 20 500 000 habitants.

Bref, le budget du retour à l’ordre constitutionnel doit être interrogé.

Boubacar Sanso Barry

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