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Sénégal : à quoi jouent Abdoulaye Wade et Abdou Diouf ?

Face à la grave crise politico-institutionnelle que le report de l’élection présidentielle du 25 février prochain, a provoquée au Sénégal, les anciens présidents Abdoulaye Wade et Abdou Diouf rompent le silence. Dans un communiqué conjoint qu’ils ont rendu public ce 12 février, et disant s’être entretenus avec le président Macky Sall, ils relaient la promesse de ce dernier de ne pas aller au-delà de la nouvelle date qui a été fixée pour la tenue des élections. Ce qui en soi suppose que les deux prennent fait et cause pour le report du scrutin. Plutôt surprenant qu’ils entérinent ainsi une forfaiture contre laquelle tous les Sénégalais et une frange non négligeable de la communauté internationale sont mobilisés. Plus surprenant encore de la part d’Abdou Diouf dont l’acceptation de la défaite en 2000, face au candidat de l’opposition qu’était Abdoulaye Wade, est décrite comme une étape symbolique dans le cheminement de la jeune démocratie sénégalaise. Ce serait-il laissé embarquer par Abdoulaye Wade dont on sait qu’il est un de ceux qui, tapis derrière les rideaux, tirent les ficelles de cette crise.

C’est un soutien qu’on n’a pas vu venir. Celui surtout de l’ancien président Abdou Diouf au coup d’Etat institutionnel de Macky Sall. Alors que – fait rarissime – la CEDEAO, les Etats-Unis et l’Union européenne appellent tous, dans des termes sans équivoque, au rétablissement du calendrier électoral, ce n’est pas de cet ancien président, acteur de la première alternance politique dans le pays, qu’on aurait attendu une telle attitude. D’ailleurs, comment expliquer une telle prise de risque, alors même qu’au Sénégal, la société civile, la classe politique, les étudiants, les universitaires sont tous remontés et exigent du président Macky Sall qu’il s’en aille du palais au plus tard le 2 avril prochain ? Bien sûr, on ne s’attendait pas à ce qu’un ancien président s’en prenne ouvertement et publiquement à son successeur. En pareille circonstance, tout au plus deux options s’offrent à un ancien occupant du fauteuil présidentiel : discrètement suggérer à Macky Sall d’écouter la voix de la raison ou se tenir dans son coin, à l’abri du débat et des joutes verbales. Mais surtout pas encourager voire avaliser la violation de la loi et la remise en question de tant d’acquis.

A l’inverse, de la part d’Abdoulaye Wade, rien de tout cela ne surprend véritablement. Le leader historique du PDS n’ayant en réalité jamais pris sa retraite. Bien sûr, lui-même se sait usé par le grand âge. Mais il n’a jamais cessé d’exister en politique pour son fils, Karim. Ce fils dont il avait fait le ministre du ciel et de la terre et pour lequel il avait sollicité un troisième mandat en 2012. Ce même fils dont le rejet de la candidature par le Conseil constitutionnel et les complaintes ont offert à Macky Sall le prétexte pour stopper le processus électoral. Donc, que ce Abdoulaye Wade là manifeste une certaine compréhension à l’égard des sombres intentions du président sénégalais, cela serait plutôt dans l’ordre normal des choses. Parce que d’opposants, il y a quelques années, Macky Sall et le clan Wade sont devenus des alliés de circonstance. A moins que nous soyons dans une alliance à trois pour freiner la montée d’une nouvelle génération de leader incarnés par l’impertinent Ousmane Sonko.

En tous les cas, Macky Sall et ses deux prédécesseurs devraient tenir compte du temps présent et des aspirations de leurs compatriotes. A l’heure des réseaux sociaux, qui plus est, dans le contexte qui est celui aujourd’hui de l’Afrique de l’ouest, ce n’est jamais judicieux d’ignorer les aspirations d’une jeunesse en révolte. Tout au contraire, cela peut exposer à des risques insoupçonnés. Au nombre de ces risques, il y a celui de se retrouver du mauvais côté de l’histoire. Et cela, en raison du soutien exprimé à un président – en l’occurrence Macky Sall – qui ne le mérite certainement pas. Après toutes les années passées à consentir des efforts et des sacrifices pour le rayonnement de l’image du Sénégal, aucune amitié, aucun intérêt ne devrait amener à risquer sa propre réputation pour une entreprise vouée à l’échec.

Boubacar Sanso Barry

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