Force est de reconnaître que le président Emmanuel Macron est, parmi les dirigeants français, celui qui s’emploie le plus à normaliser les rapports de son pays avec l’Afrique. En témoigne son choix de reconnaître et d’assumer la responsabilité de la France dans les violences dont le Cameroun a été le théâtre avant et après son indépendance. Certes, certains y verront une contrainte dictée par le contexte et les enjeux actuels. Mais, au-delà, le problème du dirigeant français réside dans une incohérence qui fait que ses actions, parfois empreintes d’une apparente noblesse, entrent souvent en contradiction avec d’autres qui le font passer pour un néocolonialiste. Il faut également admettre qu’il fait face à une hostilité liée à des fautes dont son pays s’est rendu coupable bien avant lui, fautes que certains n’hésitent pas à instrumentaliser à des fins parfois peu louables.
Une responsabilité lourde de sens
Comme dans le cas du génocide au Rwanda, Emmanuel Macron ne va certes pas jusqu’à présenter des excuses, encore moins envisager des réparations, même symboliques. Mais il faut déjà saluer sa décision de reconnaître et d’assumer la responsabilité de la France dans les violences qui ont émaillé le Cameroun entre 1945 et 1971. Faisant suite aux conclusions du rapport d’une commission mixte d’historiens qui lui avait été remis il y a sept mois, le président français endosse ainsi une responsabilité lourde de sens. Par le courrier qu’il a adressé à son homologue camerounais le 30 juillet dernier, mais rendu public seulement hier mardi, Emmanuel Macron admet en effet que son pays a utilisé les armes pour nier à certains Camerounais le droit même d’aspirer à sortir du joug colonial. Il reconnaît aussi d’une certaine façon que l’indépendance acquise en 1960 par le Cameroun n’a été qu’une façade, la France restant aux côtés des nouvelles autorités qui lui étaient favorables pour massacrer des opposants. Reconnaître une telle responsabilité constitue un effort considérable, qu’il serait malhonnête d’ignorer.
Macron bourreau de ses propres initiatives
Seulement, de la part du même président Macron, on se souvient de comportements et de propos qui viennent contredire cette démarche. En particulier, ses déclarations empreintes de menaces à la suite du coup d’Etat de juillet 2023 ayant renversé Mohamed Bazoum au Niger. On n’a pas non plus oublié le sommet de Pau au cours duquel, convoquant en urgence les dirigeants des pays du jadis G5 Sahel, il leur avait administré une remontrance digne d’un ancien chef de canton. Autant d’attitudes qui font de Macron le bourreau de ses propres initiatives.
Rivalités géostratégiques
Mais par-dessus tout, nous vivons une époque où la France ne peut plus rêver d’influence incontestée en Afrique. Et Macron n’en est pas l’unique responsable. Dans un contexte où le continent, et particulièrement sa jeunesse, aspire à plus de souveraineté, la France, traînant un passif lourd, incarne pour beaucoup le mal à combattre. Les rivalités géostratégiques renforçant cette perception, certains acteurs exploitant ce passif pour avancer leurs propres pions, tandis que d’autres dirigeants africains l’utilisent pour consolider une légitimité qu’ils n’auraient jamais pu acquérir autrement. Souvent, ils dissimulent ainsi leurs propres manquements derrière un discours virulent contre la France.
Ainsi, le mea culpa de Macron sur les violences et massacres au Cameroun marque un jalon qui pourrait contribuer à apaiser les tensions entre la France et l’Afrique. Mais le geste risque de ne pas suffire. Car, entre les deux rives de la Méditerranée, les contentieux réels ou instrumentalisés sont trop nombreux pour disparaître avec une simple reconnaissance, aussi importante soit-elle.
Boubacar Sanso Barry


