Le 19 août dernier, un glissement de terrain meurtrier s’est produit à Manéah, dans la préfecture de Coyah, faisant plusieurs morts et d’importants dégâts matériels. Selon certaines sources, la zone était déjà classée parmi celles à risque. Pour en savoir plus sur les causes réelles de ce glissement, notre rédaction a interviewé Fatoma Koundouno, enseignant-chercheur et chef du département Génie civil à l’Université Kofi Annan. Au cours de nos échanges, il a dénoncé l’inaction des autorités, pointant les facteurs humains et appelant à des mesures urgentes pour éviter que de telles tragédies ne se répètent.
Pour ce spécialiste, le phénomène qui vient de se produire à Manéah est un phénomène combiné.
« Vous savez, les glissements de terrain sont dus à plusieurs causes. Cela peut être des causes anthropiques, donc liées aux activités humaines. Et cela peut être aussi un processus naturel… J’ai parlé du processus naturel dû par exemple à une forte pluviométrie, ça peut être dû aux activités humaines, ça peut être aussi dû à un tremblement de terre. Dans le cas de Manéah, c’est un phénomène combiné. Vous savez, ces derniers temps il a beaucoup plu dans la région de Coyah et donc il y a eu beaucoup d’infiltration d’eau dans le sol, étant donné que ceux qui ont construit là-bas ont dessouché les arbres et les herbes qui stabilisent un peu le sol et empêchent une infiltration excessive de l’eau. Suite à cette infiltration, le sol de Manéah, qui est un sol cohésif (latérite et argile), a perdu sa cohésion. Et c’est ce qui a provoqué le glissement », a-t-il indiqué.
Aux dires de Fatoma Koundouno, après ce drame, cette zone est désormais classée parmi les zones à risque géologique élevé.
« En fait, la zone était déjà classée depuis longtemps. Le problème, c’est qu’il n’y a pas eu de sensibilisation. Et il n’y a pas non plus eu de mesures préventives prises par l’État. Sinon, c’était une zone à risque. Mais comme vous le savez, chez nous, il y a l’urbanisation sauvage. Les gens construisent n’importe comment, sans même chercher à demander un permis de construire », a-t-il soutenu.
Pour prévenir d’autres drames dans le pays, des mesures doivent être prises à tous les niveaux.
« Globalement, je peux parler de trois mesures. D’abord, une mesure de prévention : informer tous ceux qui veulent construire, que ce soit à Manéah ou ailleurs. Il existe déjà une cartographie des zones à risque. L’État connaît ces zones. Ensuite, une mesure de surveillance : les autorités locales doivent surveiller ces zones-là. Enfin, une mesure d’aménagement : procéder à des travaux adaptés. Ce sont ces trois mesures qu’on peut adopter pour éviter ce type de catastrophe », a-t-il expliqué.
À la question de savoir si l’État n’est pas également responsable de ce qui est arrivé, faute de prévention, Fatoma Koundouno rétorque : « Oui, en fait, les responsabilités sont partagées. L’État a sa part. Comme je viens de le souligner, il doit assurer la prévention, la surveillance et l’aménagement des zones à risque. Mais aujourd’hui, on constate que les gens procèdent à des déboisements, alors que les arbres, comme je l’ai expliqué, empêchent l’infiltration excessive de l’eau. Normalement, quand il pleut, une partie de l’eau s’infiltre, une partie ruisselle et l’autre s’évapore. Mais quand on déboise, le ruissellement diminue et l’infiltration est favorisée, ce qui entraîne la décohésion du sol ».
Après le drame de Manéah, plusieurs autres endroits à Conakry, mais aussi à Kenendé, dans Dubréka, ont été signalés comme zones à haut risque. Des habitants ont même publié des images sur les réseaux sociaux pour interpeller l’État.
Face à ce constat, Fatoma Koundouno invite les autorités à agir fermement avant qu’il ne soit trop tard.
« Je crois que l’État a déjà pris des mesures pour déguerpir ceux qui habitent dans ces zones. C’est difficile, mais c’est nécessaire. L’État doit sévir et les autorités locales doivent assurer une surveillance stricte. Toute personne qui voudrait construire doit obligatoirement demander un permis. Il ne suffit pas d’avoir une parcelle. Les autorités savent quelles zones sont constructibles et lesquelles ne le sont pas. C’est ce que l’État doit imposer à tous les citoyens », a-t-il prévenu.
Balla Yombouno




