Le scrutin présidentiel organisé ce dimanche 15 mars au Congo-Brazzaville ressemble à bien des égards à un non-événement politique. Certes, une campagne électorale s’y est déroulée durant les deux dernières semaines et quelques électeurs se sont rendus aux urnes. Mais, en réalité, cette élection ne devrait rien changer à la configuration du pouvoir. Le président Denis Sassou Nguesso restera en place, entouré de l’essentiel de ses collaborateurs. Quant aux préoccupations quotidiennes des Congolais dont l’accès à l’électricité, à l’eau potable ou encore à l’emploi, elles, risquent de demeurer des privilèges pour une minorité. La raison tient à la nature même du scrutin. Dépourvue d’une véritable opposition et organisée dans un contexte où l’administration, y compris électorale, est largement acquise au pouvoir en place, cette élection apparaît surtout comme un exercice destiné à conférer un vernis de légitimité démocratique au régime. Une pratique devenue relativement courante sur le continent africain.
Quelques 2,5 millions d’électeurs étaient appelés à voter pour désigner le futur président de la République. Mais, selon de nombreux observateurs, l’affluence devant les bureaux de vote est restée relativement faible. Plusieurs électeurs ont préféré s’abstenir, estimant que l’issue du scrutin était déjà connue. Face à six adversaires dont certains sont peu connus du grand public et d’autres politiquement peu influents, Denis Sassou Nguesso apparaît en effet comme le grand favori. D’autant plus que l’appareil administratif et institutionnel du pays reste étroitement lié au pouvoir en place.
Dans ces conditions, l’élection semble davantage relever d’un rituel politique que d’une véritable compétition démocratique. Son résultat paraît déterminé bien avant le vote, dans un contexte marqué notamment par l’emprisonnement de plusieurs figures de l’opposition ou leur départ en exil. Le scrutin apparaît ainsi, pour de nombreux critiques, comme un mécanisme de légitimation d’un système politique dominé par une élite qui continue de contrôler les ressources du pays, pendant qu’une large partie de la population vit dans des conditions économiques difficiles.
Pour autant, cette apparente résignation ne signifie pas nécessairement que la situation restera figée indéfiniment. Dans un pays où plus de 60 % de la population a moins de 18 ans, les frustrations sociales pourraient finir par s’exprimer plus ouvertement. La situation est d’autant plus sensible que le Congo représente environ 30 % de la production pétrolière de la zone CEMAC, alors que les indicateurs sociaux restent préoccupants : le taux de chômage y est de 42 % et plus de la moitié des Congolais vivent en dessous du seuil de pauvreté.
Dans ce contexte, la question de l’après-Sassou Nguesso se pose déjà. Or, les scénarii de succession actuellement évoqués renvoient eux aussi vers l’entourage familial du président. Trois noms circulent avec insistance : Denis-Christel Sassou Nguesso, fils du chef de l’Etat ; Jean-Dominique Okemba, son neveu ; et Jean-Jacques Bouya, son cousin.
Le risque avec un contexte aussi verrouillé que celui du Congo, c’est que la force et la maîtrise sont une illusion. Lorsque la solidité d’un régime repose davantage sur la peur et la crainte qu’inspirent les personnes que sur la solidité des institutions ou sur l’adhésion libre et authentique à l’autorité établie, les choses ont souvent tendance à s’écrouler au moment où l’on s’y attend le moins. Pour l’heure, Denis Sassou Nguesso et son régime donnent l’impression d’être invulnérables. Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il faille considérer les Congolais comme définitivement résignés ou incapables de reprendre leur destin en main. L’histoire politique du continent africain montre que des régimes apparemment inébranlables peuvent, du jour au lendemain, être rattrapés par la colère populaire ou par des dynamiques politiques inattendues.
Dans un pays marqué par de profondes inégalités sociales, par un chômage élevé et par une jeunesse majoritaire dans la population, la frustration peut progressivement s’accumuler. Et lorsque cette frustration atteint un certain seuil, elle peut finir par se transformer en contestation ouverte. C’est pourquoi les apparences de stabilité ne doivent jamais être confondues avec une véritable paix sociale ou avec une adhésion durable des populations au pouvoir en place.
Boubacar Sanso Barry




