L’ancien aide de camp de Moussa Dadis Camara, Aboubacar Sidiki Diakité, dit « Toumba », sera finalement inhumé le vendredi prochain. Mais bien avant cette dernière étape, c’est une vague d’émotion et de sympathie d’une rare intensité qui a accompagné l’annonce de son décès, survenue le 25 mars. Cet émoi, largement partagé, s’est exprimé jusque dans les plus hautes sphères de l’Etat. A l’occasion d’un symposium organisé en sa mémoire, le secrétaire général des Affaires religieuses, Karamo Diawara, n’a pas hésité à le qualifier d’« homme de Dieu ». Dans le même élan, son avocat, Me Paul Yomba Kourouma, a même plaidé pour qu’une place lui soit accordée au musée national. Ces marques de reconnaissance contrastent pourtant avec la réalité judiciaire : Toumba Diakité faisait partie des personnes reconnues coupables de crimes contre l’humanité à l’issue du procès du 28 septembre. Une condamnation assortie d’une peine de dix ans d’emprisonnement ferme. Mais à l’évidence, cette décision de justice ne semble pas avoir pesé lourd dans l’appréciation finale que l’opinion publique, en Guinée comme au-delà, retient de l’homme.
Aux yeux de nombreux Guinéens, Toumba Diakité est mort en héros. Une image en rupture avec celle qui lui collait à la peau avant son passage devant le tribunal spécial de Dixinn. Lui-même ne s’en cachait pas : ce procès représentait, à ses yeux, une occasion de déconstruire la caricature dont il estimait être victime. Avant l’ouverture des audiences, son nom était en effet indissociable du massacre du 28 septembre 2009. La plupart des témoignages le désignaient comme l’un des principaux acteurs des violences, qui avaient fait au moins 156 morts et des dizaines de victimes de violences sexuelles. Il apparaissait comme une pièce maîtresse du dispositif répressif et comme un maillon essentiel reliant ces exactions au capitaine Moussa Dadis Camara.
Pourtant, au fil des audiences, Toumba Diakité est parvenu à infléchir cette perception. Son passage devant les juges a révélé un homme au discours structuré, mettant en avant son rôle dans la prise du pouvoir et sa loyauté envers l’ancien chef de la junte. A rebours de l’image initiale, il a progressivement façonné celle d’un acteur clé du régime, qui se serait senti trahi par celui-là même pour qui il affirmait avoir pris tous les risques.
Son recours fréquent aux références religieuses, notamment coraniques, a également contribué à renforcer son image auprès d’une opinion publique majoritairement musulmane. De même, les éléments liés à une supposée protection mystique ou à une « bonne étoile » qu’il a également mis en avant ont nourri une forme de fascination, dépassant parfois les frontières nationales. De cette recomposition de son image est née une perception alternative : celle d’un homme davantage victime que bourreau. Une perception renforcée par le fait qu’il est passé aux yeux de ceux qui ont suivi le procès comme celui qui a survécu à une tentative d’élimination.
Par ailleurs, le tribunal n’a pas établi de preuve directe de son implication personnelle dans les actes les plus graves. Aucun témoin n’a affirmé l’avoir vu tuer ou commettre des violences sexuelles. Comme d’autres accusés, sa condamnation repose principalement sur le principe de la responsabilité de commandement. Un fondement juridique qui, pour une partie de l’opinion, reste abstrait, voire insuffisant pour emporter une conviction totale. Dans un procès d’une telle portée, la nécessité de situer des responsabilités a pu primer sur la perception individuelle des faits. Dès lors, Toumba Diakité, dont la défense a marqué les esprits, apparaît pour beaucoup comme le moins impliqué, sinon comme une figure injustement condamnée. C’est précisément ce décalage entre la vérité judiciaire et la perception populaire qui explique l’émotion suscitée par sa disparition.
Au fond, au-delà du destin individuel de Toumba Diakité, cette séquence met en lumière une réalité plus profonde : la difficulté, dans certaines circonstances, de faire coïncider la justice rendue avec l’adhésion pleine et entière de l’opinion.
Boubacar Sanso Barry




