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Mali : après le choc, quelle réponse ?

Trois jours après les attaques coordonnées qui ont ciblé nombre des ses localités, le Mali tente de reprendre le cours normal des choses. Très secouées par l’ampleur inédite du choc, les autorités en particulier reprennent progressivement la direction du pays, à mesure que la situation se stabilise notamment à Bamako et ses environs. C’est ainsi que le général Assimi Goïta, président de la Transition, invisible et mutique depuis les évènements, s’est montré hier mardi notamment aux côtés des blessés, avant, plus tard, dans la soirée, de s’adresser à ses compatriotes. Conscient qu’il devait remonter le moral d’un pays qui a failli toucher le fond, il s’est montré rassurant, tout en appelant les Maliens à ne céder ni à la panique ni à la division. Au sujet même des attaques de samedi dernier, elles relèveraient, selon lui, d’un vaste plan de déstabilisation du pays, conçu et exécuté par les terroristes, avec le soutien de « sponsors internes et externes ». Une conception des choses qui n’a rien de surprenant de la part du dirigeant malien, même si elle ne devrait pas suffire à remettre le pays d’aplomb après le week-end chaotique qu’il vient de vivre.

Langage de vérité et introspection

Justement, pour sortir le Mali du gouffre et le mettre en situation d’aller au-devant du défi sécuritaire auquel il fait face, il faudra en passer par un établissement des responsabilités dans ce qui est arrivé le samedi dernier. On peut bien comprendre que le président Goïta, à peine sorti de son abri, impute les attaques notamment à des ennemis internes et externes du pays. Au regard du contexte, il ne peut servir que ce discours-là. En particulier à destination de l’opinion publique du Mali et de l’AES. En revanche, lui et ses collaborateurs les plus proches notamment militaires, doivent, à l’abri des micros et caméras, se dire une certaine vérité. Car même un éventuel soutien extérieur que les groupes armés pourraient avoir reçu ne saurait excuser voire masquer les failles béantes qui ont rendu ces attaques possibles. Ces failles, il faudra les identifier et en retrouver les responsables. Y compris du côté du partenaire russe. Ce diagnostic en forme d’introspection objective et exhaustive, c’est la première tâche qui attend Assimi Goïta. Et il doit s’y atteler avec urgence.

Se parler, s’écouter

Ensuite, au-delà du volet strictement militaire, l’ensemble de la gestion notamment politique de la transition se doit aussi d’être repensée. Car il faut bien l’admettre : dans le Mali d’aujourd’hui, la crise sécuritaire se double bien d’une crise politique. Il y a une telle crispation que l’approche doit être revue, de manière à ce qu’une certaine détente puisse s’instaurer. Quand différents acteurs se regardent en chiens de faïence comme c’est le cas aujourd’hui au Mali, c’est l’ensemble du dispositif qui se trouve privé de la force morale et politique pour aborder le défi auquel le pays fait face. Il faut qu’on se parle au Mali, qu’on apprenne à s’écouter et que les divergences ne soient pas toujours envisagées comme des obstacles. Si nécessaire, cela peut aller jusqu’à une recomposition des institutions du pays. Il est temps de sortir des certitudes, des a priori et des suspicions. Le danger auquel le pays est exposé exige de chacun et de tous de la tolérance et de l’humilité, en lieu et place de l’orgueil et de l’arrogance.

Relation pacifiée avec les voisins

En troisième lieu, le Mali doit aussi envisager que la solution puisse venir d’une relation pacifiée avec ses voisins, y compris l’Algérie, la Mauritanie, la Côte d’Ivoire et la CEDEAO. Il n’est pas ici question de stigmatiser le pays pour son retrait de la CEDEAO. On n’en est plus là. De même qu’on ne peut lui reprocher d’avoir rompu ou de s’être allié à tel ou tel autre partenaire. Mais les autorités maliennes doivent avoir l’intelligence de comprendre que ce n’est pas en se fâchant avec tout le monde qu’elles peuvent trouver la solution au problème. Les réactions éruptives et la rhétorique souverainiste, si elles sont utilisées à toutes les sauces, peuvent se révéler finalement contreproductives. En conséquence, il faut en user avec à la fois modération et discernement.

Au sursaut, un contenu

Ainsi donc, les perspectives sombres qui semblent se dessiner pour le Mali ne sont pas une fatalité. Mais le sursaut auquel le président Assimi Goïta appelle de ses vœux ne devra être ni un slogan ni un vœu pieux. A ce sursaut, le président lui-même doit donner un contenu, en impulsant des réorientations stratégiques dans la réponse militaire à opposer aux terroristes, dans la gestion politique du pays et dans les relations du Mali avec notamment ses voisins.

Boubacar Sanso Barry

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