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Africa Forward : l’Afrique anglophone suffira-t-elle au bonheur de la France ?

Critiquée, bousculée et même chassée de plusieurs pays de son ancien pré carré, la France se lance désormais le défi de se rebâtir ailleurs. Une réorientation qui n’est pas uniquement territoriale ou géographique puisque, dans cette nouvelle dynamique, Paris entend également mettre davantage l’accent sur l’économie et l’investissement que sur la politique. Dans quelques années, il sera possible d’évaluer cette évolution qui n’en est encore qu’à ses débuts. Mais, pour l’heure, on y voit moins un changement qu’un déménagement. Comme si la France, trop orgueilleuse pour admettre ses fautes et se remettre en cause, préférait aller tenter sa chance ailleurs. Un choix qui n’est pas sans risque car, face à ses concurrents chinois, indiens, turcs, qataris ou émiratis, la France, en proie à une crise multidimensionnelle, n’a pas forcément les reins assez solides pour se faire une place dans les nouvelles zones qu’elle convoite.

Commençons par reconnaître que ces changements sont en partie dictés par les déboires que la France a connus ces dernières années en Afrique. Bien sûr, Emmanuel Macron, au regard de son expérience personnelle avec Nigeria, semblait déjà préparé à ce basculement vers l’Afrique anglophone. Mais il est évident que ce sont surtout les crises essuyées par Paris au Sahel ainsi que dans des pays comme le Sénégal ou le Tchad qui ont accéléré cette dynamique débouchant sur l’organisation du sommet Afrique-France qui s’ouvre ce lundi dans la capitale kényane. Un sommet inédit puisqu’il se tient, pour la première fois, dans un pays anglophone et qu’il est intitulé, pour la circonstance, « Africa Forward ». A travers cette nouvelle formule et tout l’esprit qui la sous-tend, la diplomatie française cherche à mettre en avant sa capacité d’adaptation et de résilience afin de démentir ceux qui prédisent son éviction progressive du continent africain.

Mais il est difficile de ne pas voir, dans cette nouvelle politique africaine de la France, une volonté de s’extirper de l’inextricable débat mémoriel hérité du passé colonial avec les pays francophones. Sous cet angle, il s’agirait moins d’un renouvellement stratégique que d’une fuite en avant. On pourrait alors penser qu’incapable d’opérer sa mue en tirant véritablement les leçons du passé et en se remettant en question, la France choisit simplement d’aller voir ailleurs. Au lieu d’assumer pleinement ses responsabilités historiques et politiques, elle opterait ainsi pour une forme de capitulation.

Ce choix est d’autant plus discutable que les résultats escomptés sont loin d’être garantis. Certes, ce lundi et demain mardi, Nairobi pourrait accueillir une forte mobilisation et déboucher sur une longue liste d’accords assortis de centaines de millions d’euros d’investissements. Mais la France pourra-t-elle réellement compenser la perte de son ancien pré carré ? Rien n’est moins sûr. Car s’il est vrai que les relations entre Paris et des capitales comme Abuja ou Pretoria se sont renforcées ces dernières années, la France accuse néanmoins un retard considérable face à ses concurrents, notamment chinois et indiens. Ce retard est tel qu’elle ne pourra probablement jamais espérer disposer, dans ces nouveaux espaces, de la position privilégiée qu’elle occupait jadis à Abidjan, Dakar ou encore N’Djamena.

Au lieu d’un redéploiement qui semble parfois dicté par une forme de ressentiment, la France gagnerait plutôt à aborder cette nouvelle étape avec davantage de lucidité. En opérant les changements attendus d’elle, elle pourrait continuer à collaborer avec l’ensemble du continent africain, selon des logiques garantissant à la fois le respect mutuel et des bénéfices partagés pour toutes les parties.

Boubacar Sanso Barry

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