Au Sénégal, entre le président Bassirou Diomaye Faye et son désormais ancien Premier ministre, Ousmane Sonko, la rupture est consommée. Et manifestement assumée de part et d’autre. En prévision de cette nouvelle donne politique, qui sera sans doute marquée par une logique de confrontation ouverte, chaque camp fourbit désormais ses armes. Ousmane Sonko, d’abord, qui ne veut manifestement perdre du temps, pourrait vraisemblablement faire son grand retour au Parlement en prenant la tête de l’Assemblée nationale. Un nouveau statut qui lui offrirait une position particulièrement stratégique en prélude à la bataille de survie politique qu’il entend mener. Pour sa part, le président Diomaye Faye, lui non plus, ne traîne pas les pas. Il a déjà désigné son nouveau Premier ministre en la personne de Ahmadou Al Aminou Lô, économiste au profil discret et technocratique, dont la nomination annonce un changement de « méthode » par rapport à l’ère Sonko. Deux orientations politiques entre lesquelles les Sénégalais, une fois encore placés en position d’arbitres, devront choisir.
Deux logiques distinctes
Au Sénégal, c’est donc la fin de la lune de miel de façade entre Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Le limogeage du désormais ancien Premier ministre a acté la fin d’une cohabitation qui n’en était plus réellement une depuis de longs mois. Les deux camps assument désormais ouvertement leur séparation et se préparent à une nouvelle séquence politique durant laquelle tous les coups semblent permis. Avec, en ligne de mire, les échéances politiques de 2029, deux logiques distinctes devraient désormais structurer les trois années restantes du premier mandat de l’ère PASTEF.
Sonko et la stratégie à dominante politique
D’abord, une stratégie à forte dominante politique portée par Ousmane Sonko. Comme cela semble déjà se dessiner, s’il parvient ce mardi à prendre la tête de l’Assemblée nationale sénégalaise, il s’offrira une tribune de premier plan pour la nouvelle bataille qu’il s’apprête à engager. A la tête d’un Parlement largement dominé par son parti et en tant que leader incontesté du PASTEF, première force politique du pays, Sonko conserverait un poids considérable. Face à un tel adversaire, Diomaye Faye a sans doute des raisons de s’inquiéter. D’autant que le leader du PASTEF a déjà démontré, face à Macky Sall, sa résilience et sa redoutable efficacité dans l’adversité. Avec lui aux commandes de la chambre basse du Parlement, le Sénégal pourrait assister à une remise en cause systématique de l’autorité présidentielle, à une contestation permanente des décisions du chef de l’Etat, à des déclarations tonitruantes dans l’hémicycle comme dans les médias, voire à des appels à la mobilisation populaire dans la rue. Plus confiant qu’il ne l’était face à Macky Sall, Sonko pourrait devenir bien plus qu’un simple caillou dans la chaussure de Diomaye Faye. Conscient qu’il joue destin politique dans cette confrontation, il ne semble prêt à aucun recul. Quitte à apparaître, aux yeux de certains, comme un facteur de tensions et d’instabilité.
Diomaye Faye mise sur l’amélioration concrète des conditions de vie
Justement, c’est sur ces éventuels excès que le camp Diomaye semble vouloir miser. Les proches du président sénégalais entendent en effet adopter une approche radicalement différente. Et c’est en cela que le nouveau Premier ministre apparaît comme l’antithèse même de Sonko. Autant l’ancien chef du gouvernement est politique, expansif et porté sur les discours, autant Ahmadou Al Aminou Lô présente un profil discret et technocratique. Dans un Sénégal confronté à une crise économique particulièrement aiguë, Diomaye Faye semble vouloir concentrer ses efforts sur l’amélioration concrète des conditions de vie de ses compatriotes. Aux déclarations fracassantes et aux bras de fer politiques qui n’influent ni sur le chômage des jeunes, ni sur la colère des étudiants, ni encore sur le pouvoir d’achat des Sénégalais, le président veut substituer une logique de résultats, fondée sur un travail de fond mené loin des slogans. Et ce travail, le nouveau Premier ministre promet de le conduire dans la fidélité au projet et aux idéaux du PASTEF. En toile de fond, le président sénégalais espère voir émerger une opinion publique capable, au-delà des appartenances partisanes, de juger les acteurs politiques à l’aune des résultats tangibles obtenus.
Quid de l’indispensable tranquillité ?
Mais les Sénégalais ne pourront pleinement jouer ce rôle d’arbitres que si le pays demeure gouvernable et en paix, afin de permettre la mise en œuvre des initiatives envisagées. Or, au regard de la configuration actuelle et des logiques jusqu’au-boutistes qui semblent animer les différents camps, rien ne garantit aujourd’hui cette indispensable tranquillité, ni pour les institutions, ni pour le pays.
Boubacar Sanso Barry




