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Wanindara, quartier martyr !

Ce mercredi 19 février 2020, jour de manif à l’appel du Front national pour la défense de la constitution, les habitants de Wanindara 3 précisément dans le secteur El Hadj Sidi, ont vécu une psychose totale. les forces de l’ordre s’y sont livrés à des actes de violence, de vandalismes, de destructions de biens privés et d’arrestations arbitraires. Notre rédaction y est retournée ce jeudi pour constater les faits. Globalement, les citoyens sont encore sous l’effet de la peur au point que d’autres restent encore cloîtrés dans leurs concessions.

Ces événements font suite à l’appel à manifestation du Front national pour la défense de la constitution (FNDC) en vue de s’opposer à la modification constitutionnelle et à un troisième mandat pour le chef de l’Etat Alpha Condé.

Scènes de violences dans les concessions

Dans l’après-midi du mercredi, des agents ont fait irruption de force dans une concession du secteur El Hadj Sidi, après qu’on leur ait refusé l’accès. Avec beaucoup de  violence, ils ont défoncé la porte à coup de marteau et ont tout saccagé à l’intérieur de la demeure.

Mariama Diallo (nom d’emprunt, ndlr), mariée et mère de trois enfants, explique comment les agents ont opéré pour s’introduire dans la cour :

Ils ont commencé par taper à la porte, lorsque mon jeune frère est parti pour ouvrir, il a constaté que celui qui frappait à la porte portait des chaussures de policier. Aussitôt, il a crié ‘‘ce sont les policiers’’ et n’a pas ouvert. D’autant qu’il n’y avait aucune raison pour que des policiers nous rendent visite.  On était sur le point de prendre le repas de la journée. Rendus furieux par notre refus de leur ouvrir la porte, ils ont pris un marteau et ont défoncé la porte. Pris de peur, on s’est réfugié dans la maison. Ils sont rentrés, ont cassé la vitre de notre véhicule et ont déversé notre repas

Des agents des forces de l’ordre se sont également introduits au domicile du premier imam du quartier, El Hadj Mamadou Hady Bah. Ils ont tiré sur la porte avant d’investir la cour et se sont livrés à quelques actes de vandalisme. Heureusement, personne n’a été touché. Une vieille de plus de 80 ans a même été maltraitée par un des agents.  «Nous étions assis dans la cour lorsque les agents sont arrivés. Ils ont trouvé que la cour est fermée mais ne se sont pas empêchés de tirer sur le portail avant de le défoncer. Ils sont rentrés dans les différentes concessions et ils ont emporté des produits de beauté des femmes, de l’argent et d’autres objets, mêmes nos repas n’ont pas été épargnés, ils ont tout saccagé. Plus choquant, ils n’ont pas épargné la mère d’un de nos locataires, une femme très âgée et presqu’aveugle», raconte l’imam.

Sauf qu’avec cette première visite inopportune, l’imam n’était pas au bout de ses peines de la journée de mercredi. En effet, après que ce premier contingent soit parti, un pick-up rempli d’agents est arrivé. « Ils ont arrêté trois jeunes qui étaient là avec nous et un de nos voisins qui n’avait rien à voir avec les manifestants. Pour les libérer, il a fallu qu’on paie 1.250.000 GNF », confie-t-il. Avant de conclure, parlant des agents de maintien d’ordre : « ils sont là pour nous voler et non pour faire régner l’ordre».

Boby, le chien au nombre des victimes

Dans le quartier, ce à quoi tout le monde rattache pourtant la journée de ce mercredi, reste le tragique sort réservé à un malheureux chien du nom de Boby. Alors qu’il était tranquillement couché dans sa cage, l’animal a été touché au niveau de la gueule une des balles tirées par les agents. Heureusement, avant d’atteindre la bête, la balle a ricoché sur la porte de la cage Blessée, sa vie reste en danger.

Interrogé, la propriétaire de l’animal très en colère, explique : «c’est horrible ce que nous vivons dans ce quartier. On a l’impression d’être les seules cibles des forces de l’ordre. Lorsqu’ils viennent dans nos quartiers, ils font du n’importe quoi, on a l’impression qu’ils sont drogués. Sinon, comment expliquez-vous qu’on ait tiré sur mon chien alors qu’il n’aboyait même pas» s’indigne-t-elle.

Destruction de biens privés par les agents

Dans leurs agissements, les agents n’auront épargné ni les robinets, ni les ampoules électriques. Le comble du cynisme, estime un témoin :

Pourquoi détruire les robinets ou des ampoules, alors qu’il n’y en a pas assez dans le quartier ? Ici, les gens font la queue pour avoir de l’eau, et s’ils détruisent le peu qu’il y a, comment allons-nous faire ?

Sollicité par notre rédaction à des fins de réaction, le contrôleur général Mamadouba Camara, par ailleurs porte-parole de la police nationale, n’était pas en mesure de confirmer ou d’informations les accusations imputées aux agents déployés à Wanindara. « C’est maintenant que nous venons de demander aux équipes de lever le dispositif. Nous allons mener des investigations une fois que les équipes seront à la base », a-t-il déclaré. Mais il tient néanmoins à faire une mise au point:

Depuis un certain temps, le directeur général de la police est passé sur les médias dont les radios pour dire qu’il est désormais strictement interdit aux forces de l’ordre en général et ceux de la police surtout, d’opérer en dehors de la voie publique. Tout agent qui sera pris en train d’opérer dans les quartiers, dans les ruelles d’un quartier, à plus forte dans les maisons, sera purement et simplement radié de l’effectif de la police.

Et à l’en croire, les autorités en charge de la sécurité veillent à l’application stricte de ces instructions:

Depuis que ces nouvelles instructions ont été rendues publiques, les chefs d’unité, comme cela se passait avant, ne se contentent plus de déployer les agents sur le terrain, pour eux rester au bureau. L’agent va sur le terrain, au même titre que les chefs d’unité, les chefs de section. Eux-mêmes sont directement sur le terrain avec les agents pour veiller à l’application stricte des instructions sur le terrain.

Il lance même un appel aux citoyens: « dès qu’ils constatent la présence d’agents dans leurs concessions, qu’ils fassent tout pour les filmer pour ensuite, nous envoyer les images ».

Ibrahima Kindi BARRY

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