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Cellou Dalein Diallo : « Nous sommes aussi des Guinéens… »

Du 26 au 28 janvier 2023, Cellou Dalein Diallo, président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), sur invitation du président du Ghana, Nana Akufo Ado, a pris part à la conférence sur la prospérité de l’Afrique. Réunion de haut niveau dont l’objectif était d’identifier les contraintes qui freinent le processus de mise en œuvre de l’accord relative à la Zone de libre échange continentale africaine (ZLECAF). A la suite de la réunion, l’ancien premier ministre a accordé un entretien à la rédaction de Ledjely.com pour faire le bilan des travaux. Mais Cellou Dalein Diallo aborde aussi la transition guinéenne et réitère son appel au dialogue. Un dialogue qui, selon lui, ne se justifierait pas que par le besoin d’aller à des élections, mais plutôt par celui de la préservation de la paix et de la stabilité. Ce qui ne peut s’obtenir, à ses yeux, que dans le cadre de l’inclusion et de la prise en compte de tout le monde. 

A quel titre avez-vous pris part à cette réunion ?

J’étais invité en tant qu’expert qui s’intéresse à l’intégration du continent aussi bien dans son volet monétaire que dans celui commercial. La réunion avait pour objet d’identifier les contraintes à lever pour favoriser l’application de l’accord sur la Zone de libre échange continentale africaine (ZLECAF). Nous avons identifié au cours des différentes réunions toutes ces contraintes. Des recommandations ont été formulées à l’ensemble des chefs d’Etats et aux membres de l’Union africaine.

Et quelle sont les principales contraintes que vous avez identifiées ?

Vous savez, il y a tellement de barrières tarifaires et non tarifaires. Il va falloir éliminer ces barrières pour favoriser la naissance de ce marché continental pour que les produits africains puissent circuler et se vendre partout en Afrique. L’Afrique, c’est un marché de 1 milliard 200 millions de personnes. L’objectif de la ZLECAF est d’en faire un marché unique, via l’élimination des barrières tarifaires, en agissant sur la fiscalité des droits d’entrée sur un certain nombre de produits.  Mais au-delà de cet aspect de droits de douane qui vont être éliminés, il y a les contraintes physiques liées au transport des marchandises. Il faut naturellement des infrastructures routières, des ports et des aéroports capables de relier les différents pays du continent. En levant ces contraintes, on stimule la production. Car on ne produit que lorsqu’on a un débouché.

Bien-sûr, il faudra plus tard définir qu’est-ce qui est africain ? Quelle est la part de la valeur ajoutée africaine ? Si un Coca-cola produit en Guinée peut être vendu au Nigéria, quelle est la valeur ajoutée guinéenne ? Ce sont là des questions techniques qui vont être réglées dans les pays d’origine. Mais il faut déjà faire en sorte que le transport soit possible, qu’il y ait donc des ports, des lignes maritimes, des compagnies aériennes mais aussi et surtout des chemins de fer et des routes permettant de distribuer sur le continent la production réalisée à l’intérieur du continent. Lors de la réunion, l’objectif était d’identifier ces contraintes et formuler des recommandations aux chefs d’Etats et de gouvernements du continent pour qu’ils prennent les mesures en vue de leur levée. En effet, le tout n’est pas de faire des déclarations ou ratifier les accords pour qu’automatiquement, les choses se passent. Pour que le marché s’ouvre à des entreprises africaines, à tous les produits africains, il y a des préalables à remplir. C’est dans ce cadre-là qu’on a dit également qu’il faut de l’énergie sur le continent, pour qu’on puisse produire. Cette énergie est particulièrement importante pour l’industrialisation. Or, cette dernière à son tour est un facteur important pour qu’on puisse exporter des produits finis à l’intérieur du continent et même à l’extérieur.

Nous avons également fait l’inventaire des pays qui ont ratifié le protocole de libre circulation, autrement la suppression des visas à l’intérieur du continent. Il y a des pays comme le Rwanda, le Ghana et le Nigéria qui l’ont déjà ratifié.

La création du grand marché unique africain que vise la ZLECAF ne risque-t-elle pas d’être davantage profitable aux grandes puissances que sont les Etats-Unis, la Chine ou l’Union européenne ?

A priori, non. Dès lors que les exonérations ne concernent que les produits fabriqués en Afrique et non ailleurs. Les produits importés de ces pays sont frappés de droits de douane, de droits d’entrée dans tous les pays. Par contre, lorsque le produit est fabriqué en Afrique, il pourrait bénéficier d’exonération des droits d’entrée dans d’autres pays africains.

On imagine que vous avez profité d’une telle rencontre pour évoquer aussi le cas de la transition en Guinée avec certains participants. Que leur avez-vous dit ?

Il est vrai qu’il y a beaucoup de gens qui sont curieux de savoir où on en est. Bien entendu, j’ai répondu parfois à des questions qui m’ont été posées, dans le cadre des entretiens que j’ai eus avec certaines personnalités qui étaient curieuses de savoir où on en était. C’est le cas du président du Ghana ou encore de l’ancien président du Niger, Mahamadou Issoufou. On a eu des entretiens au cours desquels ils m’ont posé des questions.

Et globalement, que vous a -t-on répondu ?

Comme je le dis, ils voulaient savoir, je leur ai donné des informations. Mais comme je le dis toujours, je ne mets pas sur la place publique le contenu des entretiens privés que j’ai avec des personnalités ou même avec des adversaires. C’est une question de discipline ou de respect de soi-même et des autres. Lorsque vous avez un entretien privé avec une personnalité, vous gardez pour vous.

Globalement, au-delà du Ghana, comment ceux avec lesquels vous parlez perçoivent-ils la transition en Guinée ?

La plupart des gens sont préoccupés par rapport à l’évolution de la situation et naturellement ils encouragent le dialogue, par les voies qui leur sont propres. Donc, je sens qu’ils sont très sensibles et pour certains, ils sont très préoccupés. J’ai rencontré récemment deux anciens présidents et deux autres en exercice qui étaient tous curieux de savoir comment ça se passe.

Pourtant, avec l’accord que la junte a pu obtenir avec la CEDEAO autour du chronogramme notamment, on peut penser que nos voisins sont plutôt rassurés ?

Il ne suffit pas de prendre des engagements ou de donner un délai. Il faut savoir si les dispositions sont prises pour que le retour rapide à l’ordre constitutionnel soit une réalité. Comme vous le savez, la CEDEAO, lors du dernier sommet des chefs d’Etats et de gouvernements avait recommandé qu’il y ait un dialogue inclusif avec la participation des principales forces politiques du pays dont naturellement l’ANAD, le FNDC Politique qui n’ont pas participé aux dernières assises qui ont eu lieu. Ils souhaitent que ce dialogue ait lieu à l’intérieur comme à l’extérieur et pour cela, il y a un certain nombre de contraintes à lever. Des contraintes qui se rapportent tout particulièrement aux garanties de liberté et de sécurité pour des leaders et des partis. Donc cette question, je pense que la CEDEAO y est attachée. En tout cas, c’est ce que je crois comprendre à l’issue des entretiens que j’ai eus avec certains d’entre eux. Le président en exercice de la conférence des chefs d’Etats, Umaro Sissoco Embalo, a entrepris récemment des consultations. C’est d’ailleurs dans ce cadre que nous étions – nous qui n’étions pas aux assises tenues à Conakry – à Bissau pour donner notre lecture de la situation et réitérer notre engagement à participer à ce dialogue qui est nécessaire pour qu’on aille à des élections apaisées et dont les résultats seront acceptés par tout le monde.

Le premier objectif visé, c’est la paix et la stabilité. Car lorsqu’on exclut les principales forces politiques du pays, qui représentent jusqu’à 95 % des électeurs et donc de la population, on pense que les conditions d’une transition inclusive et apaisée ne sont pas réunies. Donc, il faut ouvrir ce dialogue et faire en sorte que ceux qui comptent, ceux que les Guinéens ont l’habitude de choisir, que ces entités prennent part au dialogue et que leurs points de vue soient pris en compte

La CEDEAO semble s’attacher à ce dialogue-là. Mais du côté des autorités guinéennes, vous avez certainement suivi, c’est niet. On ne veut plus revenir à ce dialogue-là, encore moins le délocaliser dans un autre pays ?

Même si en raison de la situation que nous traversons, la Guinée reste suspendue de la CEDEAO, je considère quand même que la CEDEAO est un interlocuteur pour aider le pays à organiser le retour à l’ordre constitutionnel. C’est pourquoi ils ont fait des propositions, il y a des accords et des points de non accord. Maintenant, c’est la CEDEAO qui négocie avec les autorités guinéennes. Nous nous sommes partisans bien entendu de ce dialogue pour qu’on dégage un consensus avec les forces les plus représentatives. Je ne dis pas que les autres ne sont pas représentatives, mais sur la base des données disponibles à date, le RPG-arc-en-ciel, l’ANAD et certains partis politiques du FNDC politique ont engrangé plus de 95 % des suffrages exprimés depuis 2010 jusqu’à maintenant, malgré les fraudes et la répartition à l’intérieur de ce groupe.

Le souci de préserver la paix et la cohésion sociale pourrait amener toutes les parties à discuter pour qu’il y ait un consensus. Parce qu’il faut éviter les conflits inutiles. Nous sommes dans un pays fragile. Avec tout ce qu’on a vécu, il est important qu’on puisse éteindre les sources de conflits. Il y a trop de frustrations accumulées et des violences d’État et beaucoup de choses qui ne sont pas élucidées. Parler avec quelqu’un, cela signifie aussi qu’on a du respect et de la considération pour lui. Nous avons réaffirmé notre volonté de discuter avec le CNRD et son gouvernement. On a l’avantage d’avoir plus d’expérience. On a participé à des élections. On connaît parfaitement le code électoral et tout son découpage. On peut apporter dans la formulation des modifications qui conviendraient, pour que les élections soient libres et transparentes et que les résultats puissent être acceptés par tout le monde. Ce qui est un gage pour la paix. Donc, la question est entre la CEDEAO et bien sûr les autorités guinéennes, mais nous sommes aussi des Guinéens. On n’a pas besoin de créer des tensions puisqu’en discutant, on peut se comprendre, s’entendre et éviter de frustrer des gens qui ont quand même une certaine représentativité dans le pays et avec toutes les interprétations tendancieuses qui peuvent en découler et les risques de conflits que cela pourrait engendrer.

El hadj Cellou Dalein Diallo, à quand le retour en Guinée ?

Ce sera pour très bientôt.

Propos recueillis par Boubacar Sanso Barry

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