Le ministre de la justice porte une kyrielle d’accusations contre Sékou Koundouno, en charge des stratégies et de la planification du Front national pour la défense de la constitution (FNDC) et à tous ceux dont le lien avec la manifestation du 16 février pourrait être établie. Alphonse Charles Wright les accuse en effet tout à la fois de faits présumés de « destruction de biens publics et privés, incendie volontaire, coups et blessures volontaires, participation à un mouvement insurrectionnel, manifestations illicites, participation délictueuse à une manifestation ou à une réunion publique, participation délictueuse à un attroupement et complicité des faits ». En conséquence, le ministre enjoint le procureur général près la Cour d’appel de Conakry d’engager ou de faire engager des poursuites judiciaires en vue d’identifier les « auteurs, co-auteurs de ces manifestations violentes ». Les injonctions en question évoquent également le cas des auteurs présumés des pertes en vies humaines qui ont émaillé la manif du 16 février.


Outre les morts que le FNDC établis à quatre victimes, la manifestation du 16 février avait donné lieu à un nombre indéterminé de blessés et d’arrestations. Interrogé par nos reporters, Alpha Oumar Diallo confirme : « Je confirme qu’il y a eu des arrestations. J’ai personnellement mon cousin, Ibrahima Sory qui est un de ceux qui ont été interpellés. Quand ils l’ont arrêté, il a juste eu le temps de m’appeler pour me le dire au téléphone. Entre temps, on lui avait arraché son appareil. Je l’ai entendu qui me disait qu’on les jetait dans le pick-up des agents. J’appelle à sa libération, son épouse qui est actuellement seule avec ses deux enfants de 5 et 2 ans, est très préoccupée ».
Ces arrestations, M. Diallo les dénonce pourtant. « Il est vrai qu’en tant que militant du FNDC, il (son cousin, ndlr) était au nombre des manifestants. Mais est-ce un crime de manifester ? Après tout, la manifestation est un droit consacré. Le retour à l’ordre constitutionnel est quelque chose de normal. Avec toutes les souffrances que ce papier draine dans son sillage, il est compréhensible que l’on redoute une nouvelle confiscation du pouvoir par des militaires » estime-t-il.
Madeleine Kamano, vendeuse de légumes au marché de Tanènè, dans les environs de l’aéroport Ahmed Sékou Touré, elle, déplore l’arrestation de son fils d’une quinzaine d’années. « Aujourd’hui, je souffre doublement. D’abord, moralement, je suis affectée par l’arrestation de Moriba et par l’idée qu’il serait en train d’être torturé. Ensuite, je souffre du fait que je n’ai plus personne pour venir me chercher au marché le soir, afin de m’aider à rentrer. Avant son arrestation, c’est lui qui après ses cours au collège Léopold Sedar Senghor venait rester à mes côtés, jusqu’à 17 heures, avant que nous rentrions ensemble ».
Madeleine, veuve d’une soixantaine d’années, a confié à nos reporters que son garçon est détenu dans un escadron situé à la Cité Enco 5, dans la banlieue nord de Conakry. Son angoisse est décuplée par l’impossibilité pour elle de trouver le montant de 1 500 000 GNF que les agents exigeraient, en contrepartie de la libération de Moriba.
Fodé Soumah


