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CEDEAO : Bola Tinubu se pose en gendarme rédempteur

A l’occasion du sommet qui se tenait ce dimanche 9 juillet à Bissau, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) a changé de président. Le Bissau-guinéen dont le mandat d’une année arrivait à terme, a transmis le sceptre au tout nouveau président nigérian, Bola Tinubu. Et ce dernier, visiblement conscient et manifestement gêné par le déclin que connait l’organisation dont il hérite, a envie de stopper la dégringolade. Il arrive si déterminé que les termes qu’il a utilisés hier sont suffisamment éloquents. De sa part, c’est franchement une posture qui rassure. Parce qu’il est vrai que si on ne siffle pas la fin de la récréation, c’est toute la région qui court à sa perte, avec le retour en vogue du pouvoir kaki.  Mais aussi louables que soient les intentions de Bola Tinubu, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur sa capacité réelle à les traduire dans les faits. D’autant que ses alliés potentiels ne courent pas les rues. Parce que dans cette région ouest-africaine, les dirigeants désormais préoccupés par la démocratie comme valeur, se comptent sur les doigts d’une main.

Troisièmes mandats

Il était temps que le Nigéria se réveille pour reprendre sa place naturelle de géant de la sous-région. Le silence et le désintérêt dont son prédécesseur, Muhammadu Buhari, a fait montre vis-à-vis des crises dans la sous-région, durant ses deux mandats, ont profité aux fossoyeurs de la démocratie. Alassane Ouattara et Alpha Condé en avaient notamment profité pour s’octroyer leurs troisièmes mandats. Ces transgressions démocratiques s’ajoutant à la dégradation du climat sécuritaire dans la région du Sahel, les militaires avaient tous les prétextes requis pour s’emparer du pouvoir au Mali, en Guinée et au Burkina Faso. Trois transitions devenues un casse-tête pour la CEDEAO. En effet, ces derniers mois, réunion après réunion, l’organisation sous-régionale avait fini par étaler l’étendue de son incapacité désormais établie à enrayer la régression démocratique incarnée par les pouvoirs militaires. En tout cas, en trois ans de rapport de force, ce sont les trois juntes qui déterminent la marche à suivre. Ne se laissant guère impressionner par les menaces à peine voilées de la CEDEAO et ayant intelligemment réussi à se fabriquer des opinions publiques faisant une certaine illusion sur les réseaux sociaux, Bamako, Conakry et Ouagadougou ne sont pas si pressées de rendre le pouvoir aux civils.

Rupture avec la fatalité

Dans un tel contexte donc, c’est un message empreint d’optimisme que le président nigérian a livré hier à l’issue de son élection comme nouveau président en exercice de l’organisation sous-régionale. Un message qui rompt avec une certaine fatalité que d’autres semblaient avoir épousée volontiers. Mais face aux défis dont il est question, un message aussi fort soit-il, ne saurait suffire. Il faudra aller au-delà des condamnations de principes et des incantations stériles. Surtout, il faudra que le président nigérian puisse compter sur certains de ses homologues. Or, sur qui peut-il logiquement compter ? On imagine que le Nigérien, Mohamed Bazoum est enclin à l’accompagner. Le Bissau-guinéen, Embalo, lui aussi, peut être un allié logique de Bolo Tinubu. Le Ghana lui est aussi est plutôt réceptif au discours sur la démocratie. Il en est même du Cap-Vert. A défaut de se ranger derrière la position du Nigérian, la Sierra Léone et le Libéria ne s’y opposeront pas, quant à eux.

Poutine et Kagamé

Face à ce camp des pro-démocrates, il y a un autre dont la référence serait un mélange du Poutine et du Kagamé. De ce côté-là, on pense en gros que la démocratie n’est pas si nécessaire au développement. Surtout que dans ce camp, on pense que la démocratie est le cheval de Troie des Occidentaux. Bien sûr, les premiers tenants de cette thèse, ce sont le Mali, la Guinée et le Burkina Faso. Le Togo et le Bénin aussi s’y retrouvent. La Côte d’Ivoire et le Sénégal aussi, doivent y être rangés, non pas nécessairement parce que leurs dirigeants pensent comme les autres, mais parce que Macky Sall et Alassane Ouattara ne répondent plus aux critères de démocrates. En tout cas, ils seraient mal placés pour faire la leçon à qui que ce soit. Enfin, le Gambien, Adama Barrow, dont le goût du pouvoir est illustré par le non-respect de son engagement à ne faire qu’un seul mandat, doit également être rangé dans ce camp-ci.

Du pain sur la planche

Bref, comme on peut le voir, Bola Tinubu a du pain sur la planche. Lui qui promet de restaurer l’image écornée de la CEDEAO doit se retrousser les manches. Notamment parce qu’il ne pourra pas compter sur les deux autres géants de la sous-région que sont le Sénégal et la Côte d’Ivoire. Mais cela ne devrait point le dissuader. Parce qu’à la différence de certains dirigeants des pays francophones, personne ne le soupçonnera de se faire manipuler par la France. Ensuite, les juntes malienne, guinéenne et burkinabè ayant déjà fait étalage de leurs limites, son message pourrait être réceptif désormais auprès de l’opinion publique dont une partie était en proie à l’euphorie il y a environ deux ans.

Boubacar Sanso Barry

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