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Président de la République x Président de la Transition : pour quelle intention ?

Il y a quelques semaines, au côté des titres attribués au colonel Mamadi Doumbouya, surgissait spontanément celui de « Président de la République ». Dans un premier temps, personne n’u prête attention. Parce qu’on se dit que cette apparition soudaine doit résulter d’un zèle de circonstance. Mais progressivement, le titre s’impose, au point qu’aucun officiel ne peut désormais s’autoriser à l’oublier, en parlant du même colonel Doumbouya. Alors là, le débat a commencé. Certains déniant à l’homme du 5 septembre le droit de s’attribuer un tel titre. D’autres encore se demandant ce que cache une telle évolution. Débat à priori pas dénué de sens. D’autant qu’il y a d’autres éléments qui accentuent les suspicions.

Un président issu d’un coup d’Etat et à la tête d’un pays n’ayant pas de constitution, peut-il se faire appeler « Président de la République » ? La question divise les juristes. Et il est vrai qu’elle n’est pas insensée. Mais ici, ce n’est pas le débat que nous abordons. Nous relevons juste la coïncidence plutôt curieuse entre l’irruption du titre « président de la République » et la disparition quasi-automatique de celui de « président de la Transition ». En sorte qu’on devrait plutôt parler de remplacement du second par le premier. Oui, en effet, on aurait pu se contenter d’ajouter « président de la République » aux autres titres. Mais ce n’est pas ce qu’on a fait. On a plutôt fait disparaître « Président de la Transition » pour le remplacer par celui que tout le monde répète désormais. Et c’est plutôt suspect. Car on peut penser qu’il y a en dessous une volonté de nier la Transition, comme une réalité, d’appréhender la période que nous vivons comme une normalité et non comme une exception. En gros, ce serait qu’on partirait du principe qu’en cassant le thermomètre, on parviendrait à faire baisser la température. Bien sûr, tout le monde sait ce qu’il en est. Mais on ne perd rien à essayer, a-t-on dû se dire.

D’ailleurs, il n’y a pas que le titre « président de la Transition » qui est de moins en moins utilisé. Celui de « président du CNRD », lui non plus, n’est plus en vogue. Ce qui n’aurait rien de surprenant si l’objectif est de nier l’existence de la Transition. Parce que le sigle CNRD rappelle bien cette Transition. Même si par ailleurs, il ne comporte pas le T.

Les suspicions qui entourent ces ajustements dans les titres du président sont renforcées par le fait que tout cela coïncide avec deux sorties du colonel Mamadi Doumbouya dans lesquelles il s’est lui-même efforcé d’ignorer la transition. D’abord, à New York, à l’occasion de la 78ème session de l’Assemblée générale des Nations unies, le colonel Doumbouya avait royalement zappé le retour à l’ordre constitutionnel. Il n’avait même pas saisi l’occasion pour appeler la communauté internationale à apporter le financement nécessaire à l’exécution des 10 étapes du processus de retour à la normale, conclu avec la CEDEAO. Tout au contraire, surfant sur la vague du procès contre la démocratie, il avait imploré le monde occidental en particulier à laisser les peuples africains décider de la voie qu’ils entendent emprunter et du rythme qu’ils auront choisi. Puis, dans son adresse à la Nation, le 1er octobre dernier, il s’était présenté en président normal et ordinaire, ne parlant que de développement. Là également, il s’était abstenu d’aborder le retour à l’ordre constitutionnel. A l’occasion, il avait même réitéré l’ordre de ses priorités : social, économie et politique.

Il y a donc une forme de cohérence. D’un côté, dans ses discours, il s’évertue à ignorer la Transition et à s’exprimer comme un dirigeant investi de la légitimité que confère une élection et de la légalité que garantit une constitution. D’un autre côté, on adapte les titres du président à cette volonté du colonel de se présenter en un dirigeant des plus ordinaires.

Boubacar Sanso Barry

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