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Les contre vérités d’Alain Foka sur l’explosion du dépôt pétrolier de Kaloum

Dans un post publié sur le réseau social X (anciennement Twitter) dans la soirée de ce jeudi 22 décembre, l’ancien journaliste de Radio France Internationale (RFI) et désormais patron d’AFO Média, Alain Foka, s’est exprimé sur l’explosion, suivie de l’incendie survenu dans la nuit du dimanche 17 au lundi 18 décembre 2023 au dépôt pétrolier de Conakry, situé dans la presqu’île de Kaloum, le quartier administratif et des affaires de la Guinée.

Dans sa sortie, l’ancien animateur de l’émission le Débat africain dénonce un « silence assourdissant » d’une opinion internationale, tout en extrapolant sur le bilan provisoire actuel. Suite à cette tragédie, le patron de MANSAH tente de faire croire à son audience que la Guinée n’est pas ou n’a pas été soutenue par la communauté internationale. En outre, de nombreux internautes qui ont commenté son post s’interrogent sur le lien causal entre l’incendie et les élections censées se tenir avant la fin de l’année 2024.

L’extrapolation sur le bilan

Selon les chiffres officiels établis dans le bilan dressé par le gouvernement de transition, l’incendie a fait 23 morts, à la date 21 décembre, (loin des « centaines » évoqués par le sieur Foka), 23 morts et 285 blessés blessés dont 167 avaient regagné leurs familles, à la date du 22 décembre. Au niveau des bâtiments, il a « raison », car ce sont des dizaines qui ont été touchées par la déflagration ou les flammes qui ont suivi l’explosion. S’agissant des ménages touchés, le nombre s’élève à plus de 1 100. Le site d’informations Africaguinee a rapporté une résurgence de l’incendie au niveau du dépôt d’hydrocarbures, où les cendres sont encore fumantes. Même si dans son discours devant les Conseillers nationaux, ce vendredi, le Premier ministre, Dr Bernard Goumou, a déclaré que de nombreux « compatriotes sont sous les décombres ». Certes, il a ajouté que les autorités ne savent actuellement pas « exactement combien de Guinéens ont perdu la vie », mais aucune communication officielle ne fait état de « centaines de morts » dans cette tragédie.

Non, les médias (étrangers) en parlent !

Depuis le début de ce sinistre, les médias nationaux et internationaux relaient l’évolution de la situation, la mobilisation sociale en faveur des sinistrés ainsi que les appuis des organisations nationales, sous régionales et internationales. Voici quelques liens pour les médias étrangers : France 24, RFI, TV5 Monde, VOA, AFP, Reuters, Chine Nouvelles, La Croix, APANews… Pour les médias nationaux, suivez cette liste sur X (anciennement Twitter).

Non, cette explosion n’a pas fait autant de victimes que les manifestations contre le troisième mandat d’Alpha Condé

Pour s’opposer à la modification de la Constitution de mai 2010, les Guinéens s’étaient massivement mobilisés pour contrer le projet de nouvelle loi fondamentale d’Alpha Condé. D’où alors la création du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC), entité regroupant des structures de la société civile, des partis politiques et d’autres personnalités publiques ou anonymes. De grandioses manifestations furent organisées partout dans le pays pour exprimer l’opposition à une nouvelle Constitution qui allait permettre au président d’alors, Alpha Condé, de briguer un troisième mandat. Le bilan officiel établi est de 90 morts depuis le début des manifestations le 14 octobre 2019 jusqu’à la veille de la présidentielle du 18 octobre 2020. En y ajoutant deux autres personnes tuées au mois de juin 2019, avant le début officiel des manifestations du FNDC, le bilan s’établit à 92 morts.

Sans qu’on ne sache trop pourquoi, Alain Foka a fait un parallèle avec le bilan de l’incendie à Kaloum. Et l’incendie a fait 23 cas de morts, selon le bilan publié dans la soirée du jeudi 21 décembre 2023 par le gouvernement. Bilan qui n’a pas changé dans le nouveau communiqué publié dans la soirée du vendredi 22 décembre. Loin des 90 à 92 morts répertoriés dans les manifestations du FNDC.

Sur le bilan concernant la période des protestations contre la modification des intengibilités constitutionnelles devant permettre à l’ancien président Alpha Condé de briguer un troisième mandat, Abdoulaye Oumou Sow, responsable de la communication du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC) est catégorique : « Alain Foka exagère. Le nombre de personnes tuées pendant les manifestations contre le troisième mandat d’Alpha Condé est connu de tous. Pendant la contestation, c’est-à-dire depuis le 14 octobre 2019, ce sont au moins 90 Guinéens qui ont été tués par le régime de son ami Alpha Condé. Tandis que, pour le moment, l’incendie n’a officiellement fait que 23 morts. Que Alain Foka arrête d’extrapoler. Qu’il se limite pour le moment aux faits présentés par ses nouveaux amis, les putschistes qui ont pris le pouvoir en Guinée le 05 septembre 2021 ».

L’indignation n’a pas été « à géométries variables », la chaîne de solidarité est une réalité !

Depuis l’annonce de cet « incendie dévastateur », comme l’a décrit, dans son adresse à la Nation, mercredi 20 décembre, le président de la transition, le colonel Mamadi Doumbouya, même le désaccord entre les acteurs sociopolitiques guinéens autour d’un dialogue politique sous les auspices de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a laissé la place à une union sacrée. La chaîne de solidarité nationale et internationale est effective.

A la suite de la rencontre du ministre guinéen des Affaires Étrangères et les membres du corps diplomatique accrédité dans le pays, au lendemain de l’explosion du dépôt d’hydrocarbures, de nombreux pays comme, le Sénégal, la Russie, les Etats-Unis, la France, la Chine, la Côte d’Ivoire… se sont mobilisés pour soutenir la Guinée à faire face à la catastrophe.

Par exemple, le Sénégal a déployé une équipe de 24 agents, composée de 15 médecins de service de santé des armées sénégalaises et de 8 spécialistes de la Brigade nationale de sapeurs-pompiers pour « appuyer leurs homologues guinéens dans la prise en charge médicale des victimes de l’incendie et la recherche des voies et moyens pour éteindre le feu ». Les Etats-Unis ont annoncé 100 000 dollars du fonds d’urgence du Bureau d’assistance humanitaire de l’USAID pour « fournir une aide et un soutien immédiats aux communautés touchées, notamment des abris, de l’eau potable et des fournitures essentielles ».

Quant à la France, en plus du déploiement de sapeurs-pompiers et de secouristes, elle a livré des matériels médicaux et d’hébergement. Une mission ivoirienne est à Conakry pour aider à gérer la crise. Elle comprend une section de sapeurs-pompiers militaires, des spécialistes de blessures chimiques, des médecins spécialistes de grands brûlés et de médicaments d’une valeur de 17 millions FCFA ainsi que du carburant d’une valeur de 100 millions FCFA ». Une enveloppe de 500 millions FCFA a été présentée aux autorités gouvernementales guinéennes pour participer à l’élan de solidarité.

Le Burkina Faso, le Mali, le Japon, la Chine, le Vatican, les Nations Unies, la Francophonie, l’Union Européenne, l’Union Africaine et la CEDEAO ont tous exprimé leur soutien à la Guinée.

Sur le terrain, le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF) en Guinée a dit s’activer « aux côtés du Gouvernement guinéen pour répondre aux besoins immédiats de la population touchée (…) en fournissant des abris sous forme de tentes, des citernes d’eau, des toilettes mobiles, ainsi que des kits d’hygiène, de dignité et d’autres fournitures essentielles ».

Aucun lien avéré entre la tragédie et les élections prévues

Pour un retour à l’ordre constitutionnel, la junte guinéenne s’était engagée à rendre le pouvoir aux civils à l’issue d’élections libres et transparentes organisées fin 2024. Le colonel Mamadi Doumbouya, président du Comité national pour le rassemblement et le développement (CNRD), a promis lors de la prise du pouvoir le 05 septembre 2021 de rendre le pouvoir au terme d’une transition démocratique. Cet engagement avait été réitéré en octobre 2022 dans le cadre du « compromis dynamique » paraphé avec la CEDEAO « couvrant dix points ». Et à ce jour, aucun lien n’est établi entre l’explosion du principal dépôt d’hydrocarbures de la Société guinéenne de pétrole (SGP) et le processus devant aboutir à l’organisation des élections.

Pourquoi lierait-il les élections à venir à la tragédie en cours à Kaloum ? 

Pour tenter de percer le mystère, nous avons interrogé Dr Amadou Sadjo Barry, professeur de philosophie au Cégep de Saint-Hyacinthe au Canada et spécialisé en éthique des relations internationales et en politiques de développement. De l’avis de cet expert, Alain Foka essaie de « passer par le sensationnel pour mobiliser l’opinion contre la communauté internationale, les Occidentaux en particulier, en affirmant que ce sont eux qui demandent toujours des élections, qui crient aux catastrophes lorsqu’il y a des troisièmes mandats. Ils se mobilisent pour certains pays lorsqu’il y a des catastrophes naturelles, mais quand ça concerne les pays d’Afrique subsaharienne, on voit moins de mobilisation ». « C’est pour mener la guerre idéologique contre les Occidentaux, en particulier les Français, ajoute-t-il. M. Foka joue sur les sentiments, il n’est plus dans la raison. Dans les fake news, on joue sur les émotions pour faire passer quelque chose de l’ordre de la vérité alors que ce n’est pas vrai. Les répressions politico-militaires et une explosion d’un dépôt d’hydrocarbures, ce n’est pas la même chose ».

Pour l’auteur de « Essai sur la fondation politique de la Guinée : Rupture », Alain Foka est « dans la logique de rapprochement des juntes en Afrique. Il veut créer une forme de passerelle entre les juntes pour mobiliser les opinions dans ces pays en vue de créer une solidarité entre les putschistes. Bien que le Niger n’a pas aidé la Guinée depuis cet incendie, Alain Foka joue là-dessus pour chercher une proximité avec Doumbouya et renforcer les liens entre les putschistes ».

Le spécialiste en politiques de développement estime qu’il n’y a « aucun lien causal entre le troisième mandat et une explosion des réserves d’hydrocarbures ». « On est en face d’un phénomène qui constitue une négation de la pensée. On construit un narratif non pas pour faire oublier ce qu’il est arrivé, mais pour chercher un bouc émissaire : la France, l’Occident. Pour instrumentaliser tout événement, on bâtit un narratif qui permet de toujours mettre ce bouc émissaire en avance. On est dans une logique de production de la violence médiatique pour parvenir à un but : avoir une contrevérité qui joue le rôle d’une vérité pour réveiller plus de passions et de ressentiments », poursuit Dr Barry.

De son côté, Oumar Sylla alias Foniké Mengué, coordinateur du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC), prévient que les Guinéens « sont assez avertis pour comprendre le jeu d’Alain Foka ». « Le jeu auquel s’adonne l’ancien journaliste de RFI est dangereux », assure l’activiste guinéen. « Si Alain Foka aime la Guinée, ça fait quatre semaines que les réseaux sociaux sont restreints. Mais à ce que je sache, il n’a jamais pris la parole pour dénoncer cet état de fait. Étant un journaliste, plusieurs médias guinéens ont des problèmes avec la junte. Certains médias ont même été retirés de l’offre de certains diffuseurs. À ce que je sache, il n’a rien dit à propos de cette atteinte à la liberté d’expression. Qu’il arrête, sinon on finira par le présenter au monde entier comme un ennemi de la démocratie et de la paix en Guinée », a conclu le leader du FNDC.

Nous avons voulu échanger avec Alain Foka

Dans le cadre de la rédaction de cet article, nous avons aussi contacté Alain Foka pour avoir des précisions sur son post, notamment la méthodologie qu’il a utilisée pour annoncer que l’incendie survenu à Kaloum à fait des « centaines » de morts. Mais au moment de la diffusion de cet article, nous n’avons pas obtenu, de sa part, de réponses à nos différentes questions. Nous mettrons l’article à jour quand nous aurons ses réponses ou obtiendrons de nouveaux éléments provenant de sources crédibles.

Verdict

Vous l’avez sûrement remarqué : à la date du vendredi 22 décembre 2023, l’incendie du dépôt d’hydrocarbures de Kaloum n’a pas fait des « centaines » de morts. Le bilan fourni par le gouvernement guinéen fait état de 23 morts et 285 blessés admis dans les structures sanitaires, dont 243 ont regagné leurs familles après avoir reçu des soins.

Et même l’accusation selon laquelle il n’y a pas de solidarité envers la Guinée n’est pas fondée. Comme nous l’avons listé dans cet article, plusieurs pays dont la France que M. Foka ne rate aucune occasion, dans ses chroniques de critiquer, a apporté son assistance aux autorités guinéennes pour faire face à la crise née de cette explosion survenue en plein cœur de Conakry.

Cet article a été rédigé par Ciré Baldé dans le cadre du projet d’Éducation au Média à l’Information et au Numérique Plus (EMIN +) avec le soutien de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF). Il a été édité par Thierno Ciré Diallo et approuvé par Boubacar Sanso Barry, Directeur de publication de Ledjely.com.

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