Après les panels animés à Boké le mercredi 22 avril sur les enjeux liés à l’exploitation de la bauxite et le contenu local, les débats économiques du Forum Économique d’Émergence Magazine (FEEM), édition 2026 se sont poursuivis à Conakry ce vendredi 24 avril autour du thème : « Projet Simandou : leviers pour l’émergence économique de la Guinée ». Une rencontre de haut niveau qui a réuni plusieurs acteurs institutionnels et économiques, dont la ministre de l’Économie et des Finances, Mariama Ciré Sylla, le président du conseil d’administration de la Compagnie du TransGuinéen (CTG), Mamoudou Nagnalen Barry, ainsi que des représentants du secteur privé. Mais c’est surtout la sortie du représentant de la Confédération générale des entreprises guinéennes (CGEG), Alexandre Camara, qui a retenu l’attention. Dans une intervention sans détour, il a dressé un constat critique sur la place du secteur privé national dans le projet Simandou, qu’il considère encore marginalisé face aux grands groupes internationaux impliqués.
Selon lui, plusieurs obstacles structurels empêchent le secteur privé guinéen de tirer pleinement profit de ce projet minier stratégique. Parmi ces freins, il cite notamment l’absence de fonctionnement effectif du Guinée Business Forum (GBF), censé servir de cadre de dialogue entre l’État et les entreprises.
« Aujourd’hui, le secteur privé guinéen est malheureusement le petit poucet face à des géants du monde qui ne pourra s’exprimer, qui ne pourra avoir les bénéfices qui lui sont dus lorsque certains préalables seront réglés. », a-t-il déclaré, soulignant que sans mécanisme de concertation opérationnel, les entreprises locales peinent à faire entendre leur voix et à bénéficier des retombées économiques attendues.
Au-delà du GBF, Alexandre Camara a également pointé du doigt les lenteurs dans la mise en œuvre de la loi sur le contenu local, adoptée depuis 2022 mais dont l’autorité de régulation n’est toujours pas pleinement fonctionnelle, selon lui. Une situation qui, estime-t-il, empêche l’application effective des dispositions censées favoriser les entreprises nationales dans les marchés liés aux grands projets.
« Or, tant que le cadre légal, le cadre juridique, le cadre de régulation et de contrôle ne sera pas fonctionnel, il sera difficile de parler d’effectivité de la politique sur le contenu local. Ce sont des préalables très importants pour lesquels nous faisons un plaidoyer une fois de plus auprès de Mme la ministre des Finances et du Budget, qui représente le gouvernement, auprès de ceux qui nous écoutent, qui sont d’autres autorités de ce gouvernement, afin que ces lois, ces outils soient fonctionnels », a-t-il insisté, appelant les autorités à accélérer la mise en œuvre des instruments existants.
Autre point soulevé : la révision du Code des investissements, en cours depuis trois ans. Pour le représentant du patronat guinéen, ce retard contribue à entretenir une confusion entre les avantages accordés aux entreprises locales et ceux destinés aux investisseurs étrangers, au détriment du tissu économique national.
Dans un ton plus engagé, Alexandre Camara a également défendu l’idée d’une préférence nationale assumée, estimant qu’elle ne doit pas être perçue comme un privilège mais comme un droit économique légitime.
« Il me semble important que nous, guinéens, ayons le courage de comprendre qu’être privilégié en Guinée sur d’autres entreprises est normal, c’est un droit. Le nationalisme est normal, c’est un droit, ce n’est pas un avantage, ce n’est pas une faveur. Tant que nous accepterons ces disparités, nous serons les seuls responsables de notre turpitude », a-t-il martelé, appelant à une meilleure répartition des retombées du projet Simandou. Selon lui, le secteur privé guinéen ne capte actuellement qu’une part marginale des bénéfices liés au projet, qu’il estime à environ 4 % des réalisations à ce jour. « Aujourd’hui, si l’on parle de la clé de répartition de ce qui a été réalisé sur le projet Simandou, je parle du réalisé, le secteur privé n’a pas eu 4% », a-t-il révélé.
Puit d’ajouter : « Ce sont des réalités, ce sont des faits. Maintenant, le partenaire de l’État guinéen, c’est le secteur privé. C’est son partenaire, d’autant plus que ce secteur privé est guinéen. Enfin, nous avons aujourd’hui une très belle maison, qui est la loi sur le contenu local, avec une belle porte, mais pour l’instant, on n’a pas les clés pour rentrer dans la porte, dans la maison par contre », a-t-il souligné, illustrant ainsi, selon lui, le décalage entre les ambitions affichées et la réalité sur le terrain.
Ce panel intervient dans un contexte où le projet Simandou est présenté comme un levier majeur de transformation économique pour la Guinée, mais où les attentes du secteur privé national restent fortes quant à sa réelle implication dans sa mise en œuvre.
N’Famoussa Siby




