Plus d’un an et demi après sa disparition forcée, le journaliste d’investigation guinéen Habib Marouane Camara reçoit le Prix RSF Mohamed Maïga. Une distinction qui sonne à la fois comme un hommage et un cri d’alarme.
Il a été arraché à la rue en décembre 2024. Depuis, le silence. Mais pour Reporters Sans Frontières, Habib Marouane Camara n’est pas une affaire classée. L’organisation internationale de défense de la liberté de la presse lui a décerné le Prix RSF Mohamed Maïga, qui récompense le journalisme d’investigation africain, une reconnaissance symbolique forte, portée par une exigence de justice.
Pour Jeanne Lagarde, Responsable de plaidoyer Afrique subsaharienne à RSF, cette distinction dépasse la simple célébration d’un parcours.
«L’attribution du Prix RSF Mohamed Maïga, qui récompense le journalisme d’investigation africain, au journaliste guinéen Habib Marouane Camara est un hommage à son courage, à son professionnalisme et à son engagement en faveur du droit du public à être informé», déclare-t-elle.
Mais la cérémonie a aussi un goût amer. «Cette distinction est aussi un rappel douloureux : plus d’un an et demi après sa disparition forcée en pleine rue, sa famille est toujours sans nouvelles et les autorités guinéennes n’ont apporté aucune réponse crédible sur son sort», poursuit-elle. «Nous espérons ainsi que la remise de ce prix permettra de faire vivre son travail, mais aussi d’attirer l’attention de la communauté internationale sur le sort de ce journaliste ».
C’est dans ce contexte lourd que l’épouse d’Habib Marouane Camara a fait le déplacement à Marseille pour recevoir le prix en son nom. Sa présence, à elle seule, en dit long.
Selon Jeanne Lagarde, elle « a témoigné de la difficulté de cette situation, mais aussi de sa détermination à poursuivre le combat pour la vérité», incarnant ainsi, dans la salle, la résistance silencieuse d’une famille brisée mais debout.
Face à l’opacité persistante de Conakry, RSF ne compte pas en rester là. «RSF continuera de se mobiliser pour que toute la lumière soit faite sur la disparition de Habib Marouane Camara», affirme Jeanne Lagarde, avant de lancer un appel direct : «Nous appelons une nouvelle fois les autorités guinéennes à révéler où il se trouve et à garantir que les responsables de cette disparition soient identifiés et traduits en justice ».
N’Famoussa Siby




