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Gabon : derrière la régulation, un tour de vis inquiétant sur les libertés

Adoptée le 26 février 2026 et publiée au Journal Officiel du 8 avril dernier, l’ordonnance sur le numérique marque un tournant au Gabon. Si les autorités invoquent la lutte contre les abus en ligne, de nombreuses voix s’inquiètent d’une dérive vers un contrôle accru de l’expression publique.

Le Gabon franchit un cap décisif et controversé  dans la régulation du numérique. Par une ordonnance adoptée le 26 février 2026, les autorités mettent en place un dispositif strict pour encadrer les réseaux sociaux et les plateformes numériques. Officiellement, il s’agit de responsabiliser les utilisateurs, de protéger les mineurs et de freiner les dérives de l’intelligence artificielle. Mais derrière ces objectifs affichés, certains dénoncent une volonté de contrôler davantage la parole publique.

Désormais, tout utilisateur devra s’identifier à l’aide de données précises, notamment son numéro d’identification personnelle. L’anonymat sur les réseaux sociaux est fortement réduit, voire de facto supprimé. Une mesure qui, selon plusieurs observateurs, pourrait dissuader les citoyens de s’exprimer librement, notamment sur des sujets sensibles.

Chaque internaute devient juridiquement responsable des contenus qu’il publie, partage ou relaie. Les administrateurs de pages, les éditeurs et les hébergeurs sont également mis à contribution, contraints de surveiller, modérer et signaler les contenus jugés illégaux, sous peine de sanctions. Une responsabilisation généralisée qui, pour certains, s’apparente à une mise sous pression de l’ensemble de l’écosystème numérique.

La protection des mineurs constitue un autre pilier du texte. La majorité numérique est fixée à 16 ans, avec obligation de consentement parental en dessous de cet âge. Les plateformes devront filtrer les contenus sensibles et renforcer le contrôle de l’âge. Des dispositions saluées par certains, mais qui ne suffisent pas à dissiper les inquiétudes sur l’ampleur globale du dispositif.

L’ordonnance s’attaque également aux contenus générés par intelligence artificielle. Deepfakes, usurpations d’identité et manipulations numériques sont interdits, avec une obligation de retrait sous 24 heures après signalement. Là encore, si la mesure répond à un enjeu réel, sa mise en œuvre soulève des questions sur d’éventuels abus ou censures arbitraires.

Pour garantir l’application de ces règles, un « référé numérique » permet au juge d’intervenir en urgence, allant jusqu’à suspendre des comptes ou restreindre l’accès à certaines plateformes. Un pouvoir judiciaire renforcé qui inquiète les défenseurs des libertés numériques, craignant des décisions expéditives dans un contexte politique sensible.

Les sanctions prévues sont lourdes : jusqu’à 50 millions de FCFA d’amende et 10 ans de prison. Un arsenal répressif jugé dissuasif par les autorités, mais considéré par d’autres comme disproportionné et potentiellement liberticide.

Sur les réseaux sociaux, les réactions sont vives et divisées. « Vous allez arrêter de relayer les conneries des activistes de la faim pour amuser la galerie et obtenir des vues », soutient un internaute favorable à la mesure.

À l’inverse, un autre s’interroge : « Comment allez-vous nous localiser avec les VPN que nous utilisons ? Même si vous coupez Internet, nous continuerons à les utiliser ».

Au-delà des réactions, une inquiétude persiste : celle d’un recul de la liberté d’expression. En cherchant à encadrer strictement les usages numériques, les autorités gabonaises donnent le sentiment de vouloir surveiller et contrôler un espace devenu, ces dernières années, un véritable lieu de débat public.

Avec cette ordonnance, le Gabon s’engage dans une régulation musclée du numérique. Reste à savoir si cet encadrement permettra réellement de lutter contre les dérives, ou s’il marquera le début d’une restriction durable des libertés numériques.

N’Famoussa Siby

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