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GUINÉE : la descente aux enfers des enseignants des écoles privées

L’instauration de l’état d’urgence en Guinée pour faire face à la pandémie du nouveau coronavirus a entraîné la fermeture des écoles sur l’ensemble du territoire national. Cette décision a eu pour conséquence, la mise au chômage provisoire des enseignants évoluant dans le secteur privé qui sont généralement rémunérés en fonction du nombre de cours dispensés dans les écoles où ils sont employés. Conséquence, plusieurs d’entre eux sont sans revenus depuis près de deux mois. Or, en Guinée, même lorsqu’ils perçoivent leurs salaires, les enseignants ont du mal à joindre les deux bouts.

À Sanoyah-KM36, dans la périphérie de Conakry, un reporter est allé à la rencontre de certains enseignants et a joint au téléphone des responsables d’écoles privées pour en savoir plus sur les conditions dans lesquelles ils vivent en cette période crise sanitaire qui est devenue économique pour eux.

Au fil des entretiens que nous avons réalisés, il ressort que les enseignants évoluant dans les établissements scolaires privés sont l’une des catégories professionnelles les plus touchées par la crise du nouveau coronavirus. Un enseignant d’histoire dans un école de la zone qui a requis l’anonymat nous a confiés s’être transformé en livreur de marchandises pour des entreprises de commerce. « Mais, admet-il, c’est par la grâce de Dieu et celle de la bénédiction de mes parents que je parviens à subvenir aux besoins de ma famille pendant cette période de pandémie de la COVID19 ». Et d’ajouter : « Je me démerde dans des entreprises commerciales pour atténuer la galère. Dans ces entreprises, nous livrons des marchandises aux clients un peu partout dans la ville de Conakry », a-t-il expliqué.

Si certains fondateurs d’écoles privées ont payé à leurs enseignants le salaire du mois de mars, la plupart d’entre eux refusent de s’acquitter de l’argent qui revient de droit à leurs employés. Le professeur qui a accepté de témoigner s’inquiète : « Nous avons reçu notre dernier salaire au mois de mars. Au mois d’avril, nous n’avons rien reçu et aucune réaction de la part du fondateur. Même les 50% de notre salaire,  nous n’avons pas perçu. Le mois de mai, on n’en parle pas », a-t-il regretté, ajoutant que les enseignants ont interpellé à plus reprises la direction de l’école sur leur situation précaire, sans succès. « J’ai échangé avec le directeur des études et le directeur général sur la situation du salaire du mois d’avril. Ils m’ont dit qu’ils n’ont rien à me dire puisque le fondateur ne veut rien entendre à propos des questions financières. Ils m’ont dit qu’ils allaient engager des discussions pour voir ce qu’ils peuvent faire pour le salaire du mois d’avril, mais jusqu’à présent il n’y a pas eu de suite favorable », a souligné le père de famille.

Monsieur Kourouma, professeur de Physique dans trois établissements privés de la zone de Sanoyah-KM36, se plaint aussi de la situation difficile que les enseignants traversent. Pour pouvoir prendre en charge les besoins primaires de sa famille, il a créé un salon de coiffure qu’il a confié à un jeune sans emploi. Chaque jour, l’établissement lui rapporte quelques milliers de francs, juste de quoi se nourrir avec sa famille. « Moi en personne, je donne des cours de révision à domicile qui rapportent 450 000 francs guinéens par mois pour 3 jours de cours dans la semaine. Ensuite, je joue à la loterie qui me permet parfois de gagner près de 850 000 francs guinéens », a expliqué l’adulte.

Pour avoir la version des fondateurs des écoles privées, nous avons essayé de joindre certains d’entre eux. Mais ils ont tous refusé de nous parler clairement de la situation de leurs enseignants, notamment les démarches entreprises pour leur venir en aide. Du Groupe Scolaire Le Savoir en passant par l’École Privée Sy Savané, ils n’ont pas souhaité répondre aux questions du Djely. « Monsieur, je ne peux pas répondre à vos questions », nous a coupé court Moustapha Ly du Groupe Scolaire Le Savoir.

Baba Sy Savané de l’établissement éponyme nous a indiqué qu’il était occupé avant de nous demander de le rappeler ultérieurement. « Monsieur, je ne peux pas vous répondre. Je suis occupé. Veuillez me rappeler plus tard », a-t-il dit au bout du fil avant de raccrocher. Nos tentatives de le joindre à nouveau se sont soldées par des échecs. Joint au téléphone par Ledjely.com, M. Kaba, son directeur général a déclaré : « Je ne veux pas rentrer dans ces genres de détails. Mais les instructions ont été claires, c’est un décret présidentiel qui a fait arrêter [les cours dans les écoles]. Pendant cette période qui paye l’école ? », a-t-il rétorqué.

En conférence de presse le vendredi 22 mai 2020, l’Association des fondateurs des écoles privées de Guinée a répondu aux enseignants du secteur qui n’excluent pas d’organiser des manifestations pour exiger le paiement de leurs salaires. Disant compatir à la situation qu’ils traversent, l’association a assuré qu’aucun « patron ne peut voir son employé souffrir sans lui venir en aide dans la mesure du possible. Mais chaque école privée à ses possibilités et ses sources de financement. Certains fondateurs ont déjà payé leurs enseignants. Mais il faut dire qu’il y a des écoles privées dont les moyens sont limités seulement aux recouvrements » alors que beaucoup de parents n’ont pas encore payé certains mois écoulés, a justifié le président de l’Association des fondateurs des écoles privées de Guinée, Mohamed Lamine Fofana. Selon lui, les fondateurs des écoles privées ont écrit au gouvernement pour demander leur prise en compte dans le Plan de riposte annoncé par le Premier ministre. « Nous avons déjà écrit au Premier ministre et à tous les départements sectoriels de l’éducation pour que les écoles privées soient prises en compte dans le Plan de riposte, pour aider les fondateurs à faire face à cette situation », a ajouté M. Fofana.

Le secrétaire général du Syndicat national de l’Éducation, interrogé par Guinee114.com a balayé d’un revers de la main les arguments avancés par l’Association des fondateurs des écoles privées de Guinée. Selon Michel Balamou, c’est la mauvaise foi qui empêche le paiement des salaires des enseignants. « Ils ont fini de faire le recouvrement à 90 % . Certains parents d’élèves ont payé toute l’année scolaire et d’autres ont payé par trimestre. C’est une question de mauvaise foi. Mais je le dis, je persiste et je signe que ces deux mois (avril et mai) ne resteront pas impayés », a-t-il déclaré, promettant qu’il va y avoir « un printemps des écoles privées cette année ».

En attendant qu’une solution soit trouvée et la reprise des cours dans les écoles guinéennes, les enseignants évoluant dans le secteur privé vont continuer de prendre leur mal en patience. Une cagnotte est ouverte en ligne pour leur venir en aide. Pour faire vos dons, cliquez ici.

Balla Yombouno et Thierno Diallo

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