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GEORGE FLOYD : le débat sur le racisme anti-noir vu d’Afrique

A l’exception des autorités zimbabwéennes qui ont convoqué l’ambassadeur américain à Harare et le président ghanéen qui, via sa page facebook, s’est publiquement indigné des circonstances dans lesquelles, est intervenue la mort, le lundi 25 mai 2020, de George Floyd, l’Afrique officielle reste plutôt en marge du débat sur le racisme qui refait surface aux Etats-Unis. A l’inverse, les opinions publiques du continent, aussi bien dans les rues des principales capitales que via les réseaux sociaux, se passionnent pour ce nouvel accès de fièvre consécutif à ce qui est considéré comme la bavure de trop au détriment des Afro-américains. Toutefois, les réactions restent de deux ordres. Pour une première catégorie, l’indignation et la colère sont telles que la mort tragique de George Floyd rappelle que de l’époque de la traite négrière à ce 21ème siècle, les choses n’ont pas fondamentalement changé pour l’homme noir. En face, une seconde catégorie, quoiqu’indignée elle aussi, trouve néanmoins qu’il n’y a pas lieu de verser des larmes pour un drame qui se passe à milles lieues des terres africaines, alors que le continent africain vit ses propres drames au quotidien.

L’Africain lambda

Conscientes que leur continent et leurs pays respectifs ne pèsent que très peu dans le concert des Nations, les élites africaines dans leur ensemble se gardent bien de commenter la mort de George Floyd et les violentes manifestations auxquelles elle donne lieu depuis une semaine, à travers tous les Etats-Unis. Il est vrai que quand on dépend essentiellement des subsides qui tombent des principaux pays occidentaux, on n’a aucun intérêt à fâcher un dirigeant aussi lunatique que l’est l’actuel président américain. Mais ces précautions, les opinions publiques du continent ne s’en entourent point. Considérant que l’Afrique est le berceau originel de la peau noire, l’Africain lambda s’invite bien malgré lui dans le débat né de la mort de l’Afro-américain de Minneapolis. Et globalement, il partage et épouse le sentiment de révolte qui pousse depuis une semaine de nombreux Américains à la peau ébène à battre le pavé pour dénoncer le racisme qui sous-tend cette autre tragédie. Et bien sûr, il s’en fout si ces manifestations, dans de nombreux cas, ont donné lieu à des violences et à des actes de vandalisme qui risquent de prendre le dessus sur le débat de fond. Ce risque est compréhensible, à ses yeux. Généralement, la révolte rime avec une certaine passion.

Coronavirus, un indicateur

Pourtant, comme l’a ressorti le président Nana Akufo-Addo, il ne faudra pas s’en tenir qu’à la vidéo virale où on voit ce policier blanc étouffer George Floyd jusqu’à ce que mort s’ensuive. L’attitude des policiers est certes abjecte et inhumaine à la fois. Mais le déchainement de colère et de violences auquel on assiste depuis doit être davantage perçu comme l’expression d’un ras-le-bol généralisé. Le reflet d’un trop-plein qui devait se déverser. Les manifestations en série auxquelles on a droit depuis sont symptomatiques d’une Amérique qui n’a finalement pas tout à fait tourné le dos à ses vieux démons. Bien sûr, Barack Obama est le symbole d’une évolution incontestable. Mais il aura surtout été l’arbre qui cache la forêt. Dans son essence, la société américaine reste traversée par des inégalités aussi insidieuses que criardes. La pandémie du coronavirus aura en cela été un implacable indicateur. En effet, bien qu’étant minoritaires au sein de la population américaine dans son ensemble, les Noirs-américains sont néanmoins une des catégories les plus affectées par la pandémie du Covid-19. A titre d’illustration, des données de l’Etat de l’Illinois rendues publiques en avril dernier indiquaient que dans cet Etat situé au centre-Est du pays où ils ne représentent que 15 %, les Noirs-américains totalisaient pourtant jusqu’à 40 % des victimes de la maladie du nouveau coronavirus.

Derrière le rêve américain

D’effroyables statistiques qui jettent une lumière crue sur les conditions de vie peu enviables des Noirs américains. Trainant les pathologies à risque que sont le diabète, les maladies cardiovasculaires ou encore l’obésité, ils sont par ailleurs exposés du fait de leurs emplois précaires et incompatibles avec le télé-travail. Et pour boucler la boucle, ils sont très peu à bénéficier d’une couverture sanitaire, et n’ont par conséquent pas toujours accès aux soins. C’est aussi ce qui se cache derrière le rêve que nous vend l’Oncle Sam via ses films aux gros budgets et ses clips qui ont tendance à nous hypnotiser. Il s’y ajoute que le pays vit depuis quatre ans sous une administration qui n’en a rien à faire des questions d’inégalités raciales. Au contraire, quand ça le chante, le président Trump n’hésite pas à instrumentaliser les différences communautaires. Lui que ses détracteurs accusent d’avoir fricoté avec l’extrême droite. Eh bien, au-delà des manifestations, des déclarations d’indignation et des condamnations de principe, c’est à toutes ces questions qui touchent à l’essence même des Etats-Unis que les Américains devront s’attaquer avec lucidité et rigueur, s’ils tiennent à soigner cette plaie qui leur colle depuis trop long à la peau.

Boubacar Sanso BARRY

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