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REFLEXION : Kémoko Touré se penche sur le climat politique actuel en Guinée

La publication, le mardi 13 août 2020, du décret entérinant la proposition de la CENI quant à la date de la prochaine présidentielle, conforte certainement le point de vue que Kémoko Touré exprime dans cette tribune. En effet, lui ne se fait guère d’illusion. Alpha Condé va briguer un nouveau mandat, cela il en est convaincu. Cette opinion est, à l’en croire, une conséquence logique de tous les actes que le pouvoir aura posés ces derniers mois. En particulier, Kémoko Touré pense qu’après le double scrutin du 22 mars et le contexte délétère dans lequel il s’est déroulé, il n’est pas réaliste de se poser des questions sur les véritables intentions du chef de l’Etat. En conséquence, à l’opposition, il fait une seule suggestion : la candidature unique. Mais là non plus, il ne se fait aucune illusion.

L’observation de la vie politique de mon pays m’a permis de conduire une réflexion sur la Classe Politique Guinéenne qui s’agite malheureusement dans un cadre dont une seule personne détient le calendrier complet et les étapes à franchir, même si, malgré tout, des impondérables peuvent se produire. Cette personne est Son Excellence Monsieur le Président de la République de Guinée. En voici les raisons :

Son Excellence Monsieur le Président de la République est un homme qui est rompu aux jeux du fonctionnement des Institutions par rapport au « Politique ». Son passé de militant et de leader politique atteste de cette conviction . De manière générale et depuis la nuit des temps, le « Politique » n’a jamais renoncé à contrôler ou à orienter les Institutions, surtout si c’est le même Pouvoir qui les met en place. Malheureusement, ce phénomène est valable pratiquement partout en Afrique. Cependant, même dans les vieux pays se revendiquant « Bastions de la Démocratie », le Pouvoir politique n’a, n’a eu et n’aura de cesse de chercher à ouvrir les brèches dans le système pour se procurer de plus grandes marges de manœuvre. La limite de cette charge demeure évidemment la volonté du Dirigeant de partager une Vision durable, l’intention réelle ou cachée de ce même Dirigeant. Observez à certains moments l’irritation ou les frustrations du Président Donald TRUMP, furieux et parfois trépignant de colère de ne pouvoir tout conduire selon sa volonté, convaincu qu’il est d’être l’incarnation patriotique de cette Amérique qui est d’abord la sienne, et qui est le produit de l’intelligence et du travail accompli par ses ancêtres et par ceux qui leur ressemblent ! Heureusement que l’ancienneté, la solidité et la relative indépendance des Institutions limitent sérieusement les tentatives de dérive autoritaire ou dictatoriale. Au nombre des Institutions, il faut bien entendu compter les médias dont le contrôle réduit la pression sur le Pouvoir en place.

Le développement de notre pays lui-même ne résultera que d’une conscience collective permanente de l’élite de sa responsabilité individuelle. Notre élite dirigeante oublie trop rapidement l’obligation qui lui incombe de la création des conditions irréversibles de notre développement culturel et social, base du développement économique durable. Elle feint de respecter des traditions qui sont préjudiciables à ce développement : l’analphabétisme généralisé, le désœuvrement des jeunes, diplômés ou non, la déscolarisation de la jeune fille, les mariages précoces, les mariages forcés, les mutilations génitales féminines, les violences conjugales, l’influence exagérée des religions venues d’ailleurs, le non-respect de la parité hommes-femmes, la polygamie et ses conséquences sociales parfois dévastatrices sur les enfants fragiles. Je suis par exemple toujours confus de lire ou d’entendre de jeunes intellectuels présenter leurs pères polygames avec de multiples enfants comme étant des modèles ou des héros alors que ceux-ci ont surtout, la plupart du temps, mis sur le marché, des bouches supplémentaires à nourrir, sans nécessairement avoir préparé les conditions d’une bonne éducation scolaire et d’une bonne insertion sociale. L’avenir de ces familles repose surtout sur la capacité des « Grands Frères » et des « Grandes Sœurs » ou de la « Grande Famille » à intervenir pour aider les plus jeunes, surtout les plus méritants ou les plus chanceux à se faire une place au sein de la société. Dans ces circonstances, personne ne se demande d’où viennent les subsides et comment on se les procure. La Morale a quand même des limites non ? Sans aucune intention de donner de leçon, je crois cependant qu’il est du devoir de la jeunesse scolarisée ayant accès au monde à travers divers moyens et médias, de contribuer à l’évolution sociale plus responsable des parents afin de donner les mêmes chances d’épanouissement à tous les enfants de tous les milieux sociaux.

Il est inimaginable que Son Excellence Monsieur le Président de la République, quelles que soient par ailleurs les manœuvres qui pourraient lui être imputées, ait pris à plus de 80 ans passés, le risque en pleine pandémie, non seulement de mettre sur la touche pratiquement l’ensemble de son opposition parlementaire représentative mais surtout d’organiser des élections législatives et faire élire une Assemblée Nationale dont l’écrasante majorité des élus lui doit absolument tout, ne puisse pas briguer un nouveau mandat à la tête du pays. Le fait même d’envisager une telle éventualité relève d’une grosse naïveté. Personne n’imagine cette Assemblée Nationale refuser de voter les lois devant permettre à l’Exécutif d’avoir les mains libres pour conduire sans entraves la Politique de la Nation. J’ai néanmoins l’intime conviction que Son Excellence Monsieur le Président de la République doit un peu souffrir de cette situation qui ne me semble pas à la hauteur de ses véritables ambitions d’intellectuel, de patriote et de l’idée qu’il se fait de la véritable démocratie. Les nouveaux députés qui doivent leur élection à la seule stratégie du Chef de l’Etat devront, plus tard beaucoup réfléchir avant d’administrer des leçons à d’autres.

Des mouvements spontanés de soutien à candidature devraient se mettre – voire se mettent déjà – en place. La réélection du Président, pour plus de légitimité populaire, doit en effet être poussée par une vague de fond sans précédent et pour cela, les structures ad-hoc sont certainement déjà actives et d’autres doivent s’y préparer. Des tentatives de débauchage de cadres de partis adverses, déjà engagés, seront amplifiés. Il s’agit à présent d’éviter que le Nouveau Pouvoir ne s’apparente à celui d’une ethnie car certains lendemains pourraient être terribles et chaque Responsable de notre pays se doit d’y réfléchir. Dans cette stratégie, le parti Union des Forces Républicaines (UFR), qui bénéficie d’une image moins partisane que d’autres et souvent transversale, serait une cible privilégiée.

Il n’est pas interdit d’imaginer que l’autre stratégie consiste à séparer les anciens partis politiques d’opposition de cette vague de jeunes citadins sans complexe, regroupés au sein du Front National pour la Défense de la Démocratie (FNDC). Cette stratégie, si elle réussit, pourrait surtout avoir pour effet, d’isoler l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG) pour la réduire à la dimension d’un grand parti par le nombre de militants certes, mais d’essence ethnique. Mais attention cependant à ne pas toujours sous-estimer la capacité de l’opinion, même analphabète, à comprendre les enjeux de politique générale.

Il faut noter au passage que la Classe Politique Guinéenne a évolué et continue d’évoluer dans la Haute Fonction Publique. Elle est financièrement peu autonome et elle se nourrit souvent aux sources des privilèges et de la corruption généralisée. Avec le renvoi des anciens députés, devrait s’installer une période de vaches maigres dont le prix pour certains partis politiques sera très élevé. Nous assisterons sans doute dans les mois qui viennent à des situations de détresse matérielle et psychologique de certains anciens cadres, situations qui accentueront leur vulnérabilité personnelle, accentuant la transhumance politique. Le plus amusant si la situation n’était déjà assez dramatique, c’est l’opinion qu’expriment quelques-uns des nouveaux opposants à l’Assemblée Nationale qui prétendent que le Président de la République ne sera pas candidat à sa propre succession, pour la troisième fois ! Mais d’où peuvent-ils donc tenir leurs précieuses informations ? J’ai parfois le sentiment que ces derniers nourrissent au fond, secrètement l’espoir d’être appelés dans ce que serait la Grande Coalition Nationale Gouvernementale, si coalition il y a ou il devrait y avoir.

À tous ceux qui s’agitent ou qui continuent à espérer en la non candidature à un nouveau mandat de Son Excellence Monsieur le Président, je conseillerais tranquillement ceci : Préparer-vous ! Structurez-vous ! Organisez-vous ! Faites les bons choix stratégiques car vous aurez en face un homme déterminé à « poursuivre sa mission inachevée de redressement du pays » et je ne détecte à cet égard aucun signal de recul. À mon avis, le seul espoir d’une victoire éventuelle des opposants réside dans le choix d’une candidature unique dès le premier tour ! En tout état de cause, la réalisation d’un tel choix des forces de l’opposition viendra inéluctablement se fracasser sur l’autel des ambitions individuelles ou claniques. Le problème n’est pas de savoir si cela est normal ou fondé mais il réside selon moi dans la conviction maintes fois affirmée qu’a le Président sortant qu’aucun de ses grands rivaux actuels ne mérite de lui succéder et en conséquence, il doit lui-même baliser le chemin de cette succession éventuelle. Malheureusement ou heureusement, en cette matière, si la volonté et l’ambition personnelles peuvent paraître légitimes ou à tout le moins compréhensibles, aucun individu ne peut prétendre contrôler tous les paramètres d’une évolution sociale. Alors, il n’est jamais trop tard pour notre pays de sortir de cette logique d’affrontement entre ses propres enfants, logique qui n’a cessé et qui ne cesse de caractériser les différentes gouvernances depuis son indépendance. En tout état de cause, pour l’instauration d’une paix sociale durable et de rapports civilisés entre les acteurs, le détenteur du Pouvoir en Guinée comme en Afrique doit définitivement arrêter de terroriser et d’intimider son opposition.

C’est à dessein que je refuse de m’attarder sur les considérations juridiques et institutionnelles. À mon avis, toutes les gesticulations actuelles et à venir resteront vaines. De nouvelles vies pourraient être inutilement perdues alors que chacun, en son âme et conscience, sait désormais que le processus engagé est irréversible. Par ailleurs, la période est favorable au Pouvoir. Les « Grands Pays » susceptibles d’exercer une quelconque pression sont englués dans la gestion de la pandémie, dans la relance de leurs économies chez eux et dans le renforcement de leur influence dans leurs zones prioritaires. Par ailleurs, nous assistons déjà à une accélération de la gabegie financière avec les millions de dollars d’assistance internationale liée au COVID-19 déversés sur nos pays et qui vont générer de nouveaux riches corrompus et corrupteurs. Pour revenir à la politique, les recours de non constitutionnalité des décisions devraient avoir du mal à être jugés recevables par la Cour Constitutionnelle. La candidature de Son Excellence Monsieur le Président de la République actuel pourrait être « portée » par une vague populaire que rien ni personne ne pourra arrêter. Considérant les tendances générales observées par les cadres institutionnels en place dans le pays, je pense que l’opposition n’aurait plus que ses yeux pour pleurer. Cette opposition peut toujours ici et là tenter d’introduire des instances mais les Organes panafricains comme la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui avaient suscité tant d’espoir, se montrent aujourd’hui incapables de s’opposer à la volonté des Chefs d’États qui ont décidé de faire fi de toute règle préétablie qui s’oppose à la « volonté du peuple souverain » ! Et certains de ces Chefs ont développé une façon très africaine de s’indigner face à toute velléité tendant à les ramener à la raison !

À moins de croire au…miracle ! Je ne crois pas au miracle et je ne pense pas qu’il y en aura….

Kémoko TOURÉ.

Industriel, Consultant, Ecrivain

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