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POLITIQUE DU FAUSSAIRE : Tibou Kamara ou l’imposture assumée

Pour les ministres et proches collaborateurs d’Alpha Condé, il y a deux manières de défendre la candidature décriée à un troisième mandat : se contraindre au silence pour conserver les privilèges liés à la proximité du pouvoir, ce que fait la majorité des ministres et conseillers actuels ; ou encenser publiquement le professeur président, en le présentant comme le défenseur idéal de la cause du peuple et le porteur incontestable d’un renouveau des valeurs démocratiques. C’est le second type de défense que revendique Tibou Kamara dans sa tribune publiée par la majorité de la presse guinéenne.  Le ministre conseiller du président en appelle à la souveraineté du peuple de Guinée et tranche catégoriquement que la justice sociale sera l’enjeu de la prochaine élection.  Mais on peut se demander de quel peuple parle Tibou Kamara, et s’il faut un troisième mandat pour réaliser ce qui n’a pas été possible en dix ans de gouvernance, voir même en soixante d’histoire politique. L’intéressé n’est pas amnésique, loin là. Seulement, il prend les Guinéens pour des idiots et entend les endormir davantage par un discours sur le renouveau politique. L’opium que représente sa tribune témoigne pourtant de sa propre servilité à l’égard d’éphémères privilèges qui empêchent de voir que 1+1 font 2. Donc, qu’en réalité, le peuple n’a jamais existé en Guinée et que les populations guinéennes sont de plus en plus meurtries.

Mais, on peut comprendre Tibou Kamara. La Guinée et le peuple de Guinée dont il parle sont imaginaires. Quant à la souveraineté du peuple, un abus de langage imputable à l’esprit d’un faussaire, dont l’espérance ultime est de voir se perpétuer à n’importe quel prix la position de pouvoir. La Guinée n’a jamais été une société de peuples, du moins si on ne conçoit pas le peuple comme un regroupement d’individus sur un territoire. Là où il n’y a pas de lois communes contraignantes et d’institutions qui organisent raisonnablement la vie commune et arbitrent les conflits qui naissent des interactions sociales, il ne peut y avoir de peuple. Dans l’histoire de la Guinée, la notion de peuple a été dévoyée et mise à contribution dans la fabrique d’un système autoritaire dont Tibou Kamara et bien d’autres sont les produits finis. Le peuple a toujours été convoqué pour justifier l’injustifiable et la bêtise des hommes du pouvoir. De Sékou Touré à Alpha Condé, l’idée du peuple, de la souveraineté populaire, a servi de façade pour renforcer le contrôle arbitraire du pouvoir et le contrôle des réseaux d’accaparement des richesses.  Que donc les populations guinéennes ne se trompent pas : le peuple dont parle Tibou Kamara se limite à Alpha Condé, son gouvernement et le RPG.

Mieux, aucune élection en Guinée n’a été l’expression d’une souveraineté populaire. Depuis l’introduction d’élections multipartites en 1990, l’élection a été le moyen par excellence de reconduire les mécaniques autoritaires du pouvoir. Alpha Condé le sait mieux que quiconque ! Le formalisme démocratique qui organise le système politique guinéen n’a jamais reçu de traduction politique réelle. Autrement dit, la démocratie attend de naître et les démocrates ne sont pas encore nés. Faut-il le rappeler à Tibou Kamara que la gouvernance politique en Guinée tient sa légitimité du pouvoir militaire. Que le régime pour lequel il vend son âme est un régime prétorien et donc que la souveraineté du peuple relève de la fiction légale en Guinée. En tout cas, celle qui existe en vrai et non celle que se représente notre conseiller ministre d’État, qui ferait mieux de s’interroger sur le sens même et la finalité du poste qu’il occupe.

Quant à l’idée qu’Alpha Condé veut incarner une autre manière de gouverner, elle témoigne d’un refus obstiné de voir le réel. De la Haute Guinée, en passant par des communes de Conakry où les jeunes dictent la loi, jusqu’à la précarité des systèmes d’éducation et de santé, on observe une désolation et une déshumanisation progressive du pays. En dix ans de règne du professeur-président, où sont l’électricité, le pain, l’eau, les routes, la dignité… où est l’humain tout court ?  Contrairement à ce prétend Tibou Kamara, Alpha Condé n’a pas entendu les Guinéens. Car, le Guinéen comme citoyen n’existe pas encore. Ce sont les intérêts de Tibou et compagnie qui ont été pris en considération en ces dix années de règne de l’opposant président qui s’est trahi. Est-ce peut-être la raison qui explique que Tibou Kamara défend l’indéfendable et n’hésite pas à évoquer l’idée de souveraineté populaire pour justifier la tenue d’une élection qui ne représente aucun enjeu pour les populations guinéennes.

Amadou Sadjo, Barry
Ph.D philosophie politique
Professeur de philosophie
Cégep de St-Hyacinhte
Québec, Canada

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