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La CEDEAO à l’épreuve des transitions militaires

La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) a de toute évidence perdu de sa superbe d’antan. Elle n’est plus cette instance régulatrice dont les décisions étaient attendues avec une certaine crainte dans les Etats membres en délicatesse avec les principes démocratiques. Son apathie et même sa complicité avec les dirigeants qui n’hésitent pas à martyriser leurs compatriotes et à marcher sur les principes pour satisfaire à leur boulimie du pouvoir sont certainement passées par là. Son inféodation à certaines puissances internationales y est également pour quelque chose. Mais c’est dans la gestion de la crise malienne et au-delà dans celle de la vague de coups d’Etat que la région a enregistrée ces dernières années que le l’on réalise cette baisse d’influence de la CEDEAO. Une dégringolade qui s’est particulièrement manifestée à travers l’incapacité de l’instance sous-régionale à prendre des décisions sur les transitions au Mali, en Guinée et au Burkina Faso, à l’issue de son sommet de vendredi dernier à Accra, au Ghana. Une rencontre qui était pourtant très attendue, mais qui n’aura accouché que d’une toute petite souris.

Réfléchir avant de sanctionner

Aucun dirigeant de la CEDEAO ne l’admettrait en public. Mais il est évident que l’organisation sous-régionale est bien embêtée par les transitions militaires au Mali, en Guinée et au Burkina Faso. En réalité, elle est bien partagée sur l’attitude à tenir. D’une part, elle ne peut se risquer à faire comme si un coup d’Etat était quelque chose de normal. Laisser les colonels Assimi Goïta, Mamadi Doumbouya et Paul-Henri Sandaogo Damiba agir à leur guise, reviendrait à encourager d’autres miliaires dans d’autres pays à perpétrer des coups d’Etat. D’autre part, le cas du Mali aura démontré que les sanctions ne sont pas une panacée. Avec les conséquences que ces sanctions ont sur les économies ivoirienne et sénégalaise en particulier, et la défiance que les Maliens opposent à la CEDEAO, cette dernière est bien obligée de reconnaître qu’il y a quelque chose de contreproductif dans l’embargo imposé au Mali. Il en résulte que vis-à-vis de la Guinée et du Burkina Faso, on prend le temps de réfléchir. Un temps que l’on met à profit pour explorer toutes les voies de résolution de la crise pouvant éviter d’en venir aux sanctions.

Un sommet, un non-sens

C’est en substance ce qui s’est passé au cours du sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO du vendredi 4 juin 2022 à Accra. Le consensus qu’on avait si facilement obtenu en janvier dernier dans le cadre des sanctions contre le Mali ne peut plus prévaloir. Certes, le président nigérien, partisan de la fermeté, a encore des adeptes au sein de l’instance sous-régionale. Mais désormais, Macky Sall et Alassane Ouattara ne sont plus si rigides. Or, à ces deux, on peut ajouter Faure Gnassingbé, devenu médiateur à la demande des autorités maliennes, mais aussi Muhammadu Buhari, dont le pays, principale puissance économique de la sous-région, n’est pas toujours enclin à obéir aux injonctions dictées depuis Paris. Et c’est ainsi que l’on obtient le non-sens qu’est ce sommet qui réunit une douzaine de chefs d’Etat, mais qui se révèle incapable de prendre la moindre décision.

Descendre de leurs grands chevaux

Cependant, les putschistes de la sous-région ne doivent pas non plus exagérer. Par leurs attitudes et les décisions qu’ils sont appelés à prendre, ils doivent faciliter les choses au camp des modérés. La patience de la CEDEAO n’étant pas sans limite. En particulier en Guinée et au Burkina Faso, les autorités doivent sortir de la logique de l’arrogance, du déni et de la fuite en avant qui les caractérise depuis un certain temps. Qu’ils descendent de leurs grands chevaux pour prendre langue avec les acteurs politiques et de la société civile, en vue d’harmoniser les positions sur la gestion de la Transition. Il en va de la quiétude et de la sérénité au niveau local. Ils doivent également, dans le cas de la Guinée surtout, se garder de ces déclarations provocatrices à l’endroit de la CEDEAO. Car à la différence du Mali où l’impact des sanctions de l’organisation semble contenu par la cohésion des Maliens autour de la junte, en Guinée la popularité du colonel Doumbouya n’est plus ce qu’elle était au matin du 5 septembre 2021. En tout cas, il serait naïf de penser que des restrictions imposées par les voisins les plus immédiats s’ajoutant à une crise sociopolitique interne, demeureront sans conséquences.

Boubacar Sanso BARRY    

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