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TERRORISME AU SAHEL : les civils pris entre deux feux

Un certain réalisme incline à envisager la crise sécuritaire à laquelle le Sahel est confronté depuis une dizaine d’années, avec une préoccupation certaine. S’il est vrai que les efforts consentis depuis des années, avec notamment l’appui des partenaires occidentaux, le péril islamiste n’a pas fondamentalement reculé, il importe de reconnaître tout autant que les solutions en expérimentation depuis l’établissement des pouvoirs militaires à la tête notamment du Mali et du Burkina Faso, tardent à induire les effets attendus. Au-delà des discours populistes aux accents triomphalistes, le mal est encore là, aussi tenace que dangereux. Comme l’illustre cette double attaque perpétrée le lundi dernier pas loin de Bamako, la capitale malienne. Et les perspectives sont d’autant plus sombres que pour les populations civiles, la menace ne vient plus que des islamistes. Les armées des pays confrontés au terrorisme et leurs supplétifs tant locaux qu’étrangers, n’inspirent pas non plus confiance. Tant ils ont tendance à se rendre coupables d’exactions ou de représailles qui parfois prennent des allures de règlement de comptes aux relents communautaires. Le massacre de Nouna, au nord-ouest du Burkina Faso, avec 28 personnes tuées visiblement par les VDP, étant en cela le dernier cas en date.

Résistance acharnée

Le terrorisme islamiste qui a fini par rendre infréquentable toute la région sahélienne se décline dorénavant en deux défis majeurs. Le premier se rapporte à la résistance acharnée dont font montre les djihadistes. Ayant survécu à Serval et à Barkhane, ils se ne laissent guère impressionner par le volontarisme et les professions de foi des militaires qui trônent respectivement à la tête du Mali et du Burkina Faso. Certes, dans l’un et l’autre de ces deux pays, dans les environs des palais présidentiels en particulier, il est régulièrement question de ‘’progrès substantiels’’ réalisés dans la guerre qu’on mène contre les fauteurs de trouble. Mais sur le terrain, ces fameux progrès ne se perçoivent pas toujours. D’autant qu’au moins près de la moitié des pays demeure encore sous le contrôle des forces ennemies. Surtout, ces dernières gardent encore une très préoccupante capacité de nuisance. D’ailleurs, en ce qui concerne le Mali, la meilleure illustration du peu de progrès réalisé contre les djihadistes se trouve symbolisé par cette double attaque qui, le lundi dernier, a coûté la vie à six citoyens, quand les terroristes s’en sont pris à la cabine de péage de Kassela et au poste de la protection civile de Markakongo, situés respectivement à 30 et 80 km de Bamako. Perpétrer des attaques aussi près de la capitale malienne, cela sent un pied-de-nez, sinon une manœuvre visant à tester le dispositif de sécurité autour de la capitale. En tout cas, on en tire comme enseignement que loin d’être intimidés, les terroristes sont plutôt en pleine confiance.

Déni et banalisation face aux alertes

L’autre défi que pose le fléau terroriste dans la région sahélienne est en rapport avec toutes les exactions et autres bavures qui sont çà et là rapportées, de la part soit des troupes maliennes ou burkinabè, soit de celle de leurs supplétifs respectifs –Wagner au Mali et VDP au Burkina Faso. Ces exactions généralement orientées contre des communautés distinctes procèdent souvent d’amalgames dangereux, de généralisations hasardeuses ou d’approximations réductrices. Les Etats n’étant pas toujours disposés à faire la lumière sur les massacres et à sanctionner les auteurs, il s’élève de plus en plus des rangs des victimes, des plaintes résultant d’un sentiment d’injustice et de frustrations contenues. De la légitime lutte contre le terrorisme, certains redoutent et mettent déjà en garde contre un risque de génocide. Il se trouve malheureusement que face à ces mises en garde et aux alertes, les Etats répondent très souvent avec le déni et la banalisation. Attitude d’autant plus irresponsable que le sentiment d’injustice voire d’abandon que les victimes peuvent nourrir est de nature à les pousser dans les bras des terroristes recruteurs.

Un cercle vicieux

Comme on le voit, par les temps qui passent, il n’y a donc aucune gloire à récolter de son statut de citoyen ordinaire dans le Sahel. Cela vous prédispose en effet à vous retrouver entre le marteau des djihadistes et l’enclume des troupes loyales ou de leurs supplétifs. Si les premiers gardent toute leur capacité de nuisance, les seconds, quant à eux, peuvent compter sur la complicité passive des Etats dont le rôle premier est pourtant de garantir à leurs citoyens la sécurité. On est donc dans un cercle d’autant plus vicieux que la lutte contre le terrorisme, au lieu d’enrayer le mal, tendrait plutôt à le nourrir et à l’entretenir. Hélas !

Boubacar Sanso Barry

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