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CEDEAO-Niger : et maintenant ?

Qu’est-ce qui va se passer désormais au sujet de la crise nigérienne ? C’est la question à plusieurs millions en ce lundi. Au bout d’une semaine sans précédent en matière de rhétorique guerrière, de surenchère sans doute et d’angoisse sur fond de pressions, l’Afrique de l’ouest commence cette autre semaine avec davantage de questions que de réponses. En effet, l’ultimatum donné à la junte nigérienne qui a renversé le président Mohamed Bazoum a expiré depuis la nuit dernière à minuit. Mais le général Abdourahmane Tiani et ses hommes ne se sont pas exécutés et Mohamed Bazoum demeure toujours en otage. Tout au contraire, ayant consolidé le soutien des Nigériens autour de leur putsch, les militaires font valoir une détermination presque suicidaire. En face, Bola Tinubu, Alassane Ouattara, Macky Sall et Patrice Talon, entre autres, se veulent tout aussi intransigeants et fermes. Mais personne ne sait s’ils choisiront de passer de la menace aux actes. Parce que le choix, quel qu’il soit, se révèle finalement pas si évident que cela.

Reculade impossible

Bien sûr, logiquement, la CEDEAO ne peut pas se contenter de se dégonfler tout bonnement. Cela signerait l’arrêt de mort de l’organisation sous-régionale. Une instance sérieuse ne peut pas, après avoir aussi énergiquement montré ses muscles et menacé de sévir, s’autoriser un simple rétropédalage. Dans le contexte de la forte défiance à laquelle elle fait face aussi bien de la part des opinions publiques des différents pays que des quatre juntes coalisées, la CEDEAO se couvrirait de honte si elle venait à échouer dans sa gestion de la crise au Niger. Encore que les conséquences d’une reculade de sa part ne porteraient pas que sur son image et sa crédibilité. Si c’est Abdourahmane Tiani et ses hommes qui sortent victorieux de ce bras de fer, cela équivaudrait à une caution et à un blanc-seing conféré aux coups d’Etat militaires. On pourrait donc très vite passer de quatre aujourd’hui à un nombre plus important encore de juntes dans la sous-région. Certains n’hésitant même pas à prophétiser une sous-région à l’intérieur de laquelle les dirigeants putschistes seront bientôt plus nombreux que ceux issus du suffrage universel, qu’ils soient bien élus ou mal élus. L’enjeu de la bataille qui se joue à Niamey porte donc sur l’avenir même de toute la région et peut-être même de l’ensemble du continent africain. Le Niger est une forme d’ultime digue qui, si elle saute, précipiterait tout l’espace ouest-africain dans l’abime.

Intervention pas sans risques

Cela étant, l’honnêteté commande d’admettre que la perspective de l’intervention militaire, elle non plus, n’est pas sans risques. Certes, la CEDEAO est déjà intervenue au Libéria, en Sierra Léone, en Guinée Bisssau et en Gambie. Mais l’on ne saurait comparer ces pays à la situation qui prévaut aujourd’hui au Niger. D’abord, en termes de taille, le pays de Mohamed Bazoum n’a rien à voir avec ces différents pays. Ensuite, dans les cas notamment du Libéria, de la Sierra Léone et de la Guinée Bissau, la force sous-régionale devait davantage s’interposer entre des factions opposées. Alors qu’au Niger, pour l’instant, l’armée a fini par faire bloc autour de Tiani et de Salifou Mody notamment. Par ailleurs, même si on peut penser que les menaces proférées par le Mali et le Burkina Faso sont à ranger davantage dans la catégorie du bluff, il serait sans doute trop imprudent de ne pas prendre en compte la ‘’folie révolutionnaire’’ et ‘’l’audace populiste’’ que partagent désormais Assimi Goïta et Ibrahim Traoré. La manipulation des populations nigériennes ayant par ailleurs plutôt bien fonctionné, on ne peut pas non plus négliger les risques de bavures et peut-être de représailles contre des ressortissants d’autres pays qui y vivent. Enfin, une question : à supposer que l’intervention réussisse, comment réinstaller Mohamed Bazoum sur son fauteuil, alors qu’à priori, c’est toute l’armée qui a prêté allégeance à la junte ? Comment dirigera-t-il le pays, en principe contre la volonté de l’ensemble de l’armée et même d’une partie de la population qui lui a tourné le dos. Bref, l’option de l’intervention militaire, elle non plus, n’est pas sans incertitude.

Voies médianes

On imagine donc l’embarras de Bola Tinubu et de ses homologues. D’une part, ils ne peuvent et ne doivent pas laisser passer ce coup d’Etat de trop. Mais l’intervention militaire qui devrait particulièrement écourter le séjour des militaires au sommet de l’Etat n’est pas sans risques. Eh bien, entre les deux, il n’est pas exclu que l’organisation s’en tienne aux seules sanctions. Il est vrai que le Mali, lui aussi soumis à d’autres sanctions plutôt sévères, avait fait montre d’une certaine résilience. Mais il est tout aussi vrai que les sanctions contre le Mali n’avaient pas été aussi rigoureusement observées que ce qui se passe aujourd’hui dans le cas du Niger. La situation est rendue si tendue à Niamey et dans les autres villes du pays, depuis l’adoption des sanctions qu’il n’est pas évident que les putschistes tiennent la pression sur une certaine durée. Au bout du compte, ils finiront sûrement par faire valoir le réalisme. Une autre issue possible, reviendrait à couper la poire en deux. Concrètement, il s’agirait de sacrifier Mohamed Bazoum, pour qu’en contrepartie, Tiani et ses hommes laissent la transition à un pouvoir civil. Il semble que la junte n’est pas totalement opposée à cette option-là. Bien sûr, cette solution n’est guère idéale. Mais peut-on espérer une issue idéale dans une crise aussi explosive ? Certainement pas !

Boubacar Sanso Barry 

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