Dans la région administrative de Boké, les tensions sociales liées à l’exploitation minière continuent d’alimenter le débat public. Au cœur des préoccupations des populations locales : le non-respect du contenu local par certaines sociétés minières, considéré comme l’un des principaux facteurs des manifestations récurrentes dans cette zone stratégique du pays.
Pour Madame Djankemba Condé, présidente du contenu local à Boké, ces tensions ne sont ni spontanées ni isolées. Elles traduisent, selon elle, un sentiment d’exclusion profondément enraciné chez les populations riveraines. « Les jeunes d’ici voient passer les trains, les richesses, mais restent sans emploi. Cette frustration finit par s’exprimer dans la rue », fait-elle comprendre, dénonçant une forme de mise à l’écart des communautés directement impactées.
Le malaise ne se limite pas à l’emploi. Sur le terrain, les conséquences de l’exploitation minière sont de plus en plus visibles : accès difficile à l’eau potable, sols appauvris, activités agricoles fragilisées. Pour de nombreuses familles, ces bouleversements aggravent des conditions de vie déjà précaires, sans que les retombées économiques promises ne soient réellement perceptibles.
Autre point de friction : les critères de recrutement imposés par les compagnies minières. L’exigence de compétences équivalentes pour tous les candidats est, selon Madame Condé, déconnectée des réalités locales. Les jeunes de Boké, souvent issus de zones rurales et confrontés à un système éducatif limité, peinent à rivaliser avec ceux formés dans les grands centres urbains. Une situation qui, selon elle, entretient un déséquilibre structurel.
Dans ce contexte, la question du transfert de compétences apparaît comme un enjeu central. Si la présence de cadres guinéens au sein des entreprises est en progression, la responsable estime que cela ne suffit pas. Elle appelle à des mécanismes concrets permettant aux jeunes locaux d’accéder à des formations qualifiantes et à des emplois durables dans le secteur.
Aujourd’hui, malgré l’importance stratégique de Boké dans l’économie nationale, le fossé entre attentes locales et pratiques industrielles reste profond. Pour Madame Djankemba Condé, seule une application rigoureuse des principes du contenu local, accompagnée d’une volonté politique affirmée, permettra d’éviter que la contestation ne s’enracine davantage.
Dans une région où les ressources abondent, la question n’est plus seulement celle de l’exploitation, mais bien celle du partage.
Mamadou Bah, depuis Boké




