Convoquée devant le Tribunal de première instance (TPI) de Dixinn ce mercredi 20 mai 2026, l’artiste Hadiatou Bah, connue sous le nom de « Hadya » ou « Hadya Mo Nènè », a tenté d’expliquer les propos polémiques qui l’ont conduite en détention. À la barre, la chanteuse a affirmé avoir cherché à gagner en visibilité pour sa carrière musicale.
L’artiste comparaît aux côtés de deux créateurs de contenu bien connus sur les réseaux sociaux guinéens : Ahmed Saadate Diallo, alias « Saad le Provocateur », et Mamadou Alpha Baldé, connu sous le nom de « SoprAlpha ».
Hadya est poursuivie pour diffamation, proxénétisme et complicité, atteinte à l’ordre public ainsi qu’à la dignité des personnes par le biais d’un système informatique. Ces faits sont prévus et réprimés par les articles 19, 20, 347 et 363 du Code pénal guinéen, ainsi que par l’article 32 de la loi relative à la cybersécurité et à la protection des données à caractère personnel.
Interrogée sur les déclarations controversées tenues dans une vidéo devenue virale, Hadya Mo Nènè n’a pas nié ses propos, tout en affirmant qu’ils ne reflétaient pas la réalité. Elle a évoqué une stratégie de communication destinée à faire parler d’elle.
« Je suis artiste, je ne suis pas assez connue et je voulais créer du buzz. Dans la vidéo, j’ai tenu des propos en affirmant : “Toutes les raquettes se font à Bellingham et que je tirais profit sur l’activité des filles”, mais je ne l’ai réellement jamais fait », a-t-elle souligné.
L’artiste a expliqué avoir accepté l’invitation de Saad le Provocateur dans le but de promouvoir son nouveau clip musical. Elle est revenue sur le déroulement de l’émission : « J’ai fait une émission avec Saad. Il m’appelait chaque fois. C’est quand j’ai sorti mon clip que j’ai accepté pour faire la promo. Ils m’ont posé beaucoup de questions, même concernant mon ex-copain Dimoh Hady. J’ai dit des gros mots qui sont allés partout. Je lui ai demandé de supprimer la vidéo et il l’a fait. Mais le lendemain, j’ai vu les militaires devant le studio. Je leur ai demandé de me présenter la plainte et un pick-up pour que mes voisins sachent au moins où me chercher ».
Revenant sur ses propos les plus sensibles, notamment lorsqu’elle affirmait percevoir des commissions en mettant des filles en relation avec des hommes, l’accusée a rejeté toute implication dans des activités de proxénétisme.
« Quand j’ai dit qu’il y a des hommes qui prennent les femmes pour les droguer et faire ce qu’ils veulent puis les abandonner, j’ai aussi dit qu’il y a des hommes qui m’appellent pour les aider à avoir des filles à 500 000 francs et moi je prends les 200 000. En réalité, je ne l’ai jamais fait. C’est la langue qui glisse ».
Hadya a insisté sur le fait que ces déclarations s’inscrivaient dans la promotion de son clip intitulé «Libha si Djhawa », une expression qu’elle traduit par : « Fais tomber l’argent avant de monter sur une fille ».
Le ministère public l’a également interrogée sur ses liens avec l’établissement nocturne « Bellingham », qu’elle avait cité dans ses propos. La chanteuse a nié tout partenariat avec cette boîte de nuit.
« On n’a pas de relation mais j’y fréquente. Déjà, j’ai été blessée là-bas dans la boîte, mais ils m’ont demandé pardon. Une deuxième fois, quelqu’un d’autre a été blessé et j’ai tenté d’intervenir », a-t-elle martelé.
Questionnée sur ce qu’elle entendait par « raquette », Hadya a répondu : « Oui, il y a des petites filles qui m’appellent “la grande”, elles fréquentent Bellingham. »
Relancée par le procureur sur son surnom « Bandirou », signifiant littéralement « bandit », l’artiste a déclaré : « Parce que je fréquente les ghettos. »
Le procès se poursuit devant le tribunal de Dixinn, où les juges devront désormais déterminer si les faits relèvent d’une simple stratégie de communication ou d’infractions caractérisées à la loi guinéenne.
Thierno Amadou Diallo




