À Boké, l’entrée du marché Hangar s’est transformée en véritable dépotoir à ciel ouvert. Dans ce carrefour animé où convergent quotidiennement vendeurs, clients et transporteurs, ce sont désormais des montagnes d’ordures qui dictent la loi. Déchets ménagers entassés, sacs éventrés, sol souillé : le décor est aussi repoussant qu’alarmant. Une odeur suffocante plane en permanence, rendant l’air presque irrespirable et le commerce difficile.
Sous une chaleur écrasante, les effluves nauséabonds agressent les narines. À quelques pas des étals, les passants se couvrent le visage, pressent le pas ou changent d’itinéraire. Mais pour les commerçants et les travailleurs sur place, impossible de fuir.
Assise derrière ses marchandises, Aminata Gnaissa, vendeuse, endure tant bien que mal cette réalité devenue insoutenable. Visiblement éprouvée, elle confie : « L’odeur nous fatigue énormément. Chaque jour, des gens viennent déposer des ordures ici. Quand on essaie de les en empêcher, ils nous insultent. On finit par abandonner, parce qu’on n’a pas d’autre solution. Beaucoup sont partis, mais nous, on reste parce qu’on dépend de cet endroit pour vivre ».
Un peu plus loin, au milieu des motos, Youssouf Barry dresse le même constat amer. Pour ce conducteur de taxi-moto, la situation dépasse largement le simple inconfort : « Ces ordures nous dérangent beaucoup. L’odeur est très forte, ça nous met mal à l’aise. On reste ici parce que c’est un point stratégique pour trouver des clients. Mais parfois, il faut porter des masques pour tenir. Franchement, c’est dangereux pour notre santé ».

Autour d’eux, les déchets continuent de s’accumuler sans aucun contrôle. Les sacs plastiques déchirés déversent leur contenu, attirant des animaux errants qui aggravent encore l’insalubrité, surtout à la tombée de la nuit. Une scène chaotique qui révèle un profond dysfonctionnement dans la gestion des ordures.
Face à cette situation, une question revient avec insistance : que deviennent les taxes de salubrité payées par les commerçants ?
« On nous fait payer, mais les ordures restent là. Ceux qui collectent cet argent doivent aussi assurer le nettoyage. Un marché comme celui-ci ne peut pas fonctionner sans un système efficace de gestion des déchets », dénoncent plusieurs d’entre eux.
Pourtant, une taxe de salubrité de 1 000 francs guinéens par jour, soit 30 000 francs par mois est bel et bien imposée aux étalagistes, boutiques et détenteurs de conteneurs. Une mesure censée améliorer la propreté urbaine, mais dont les résultats peinent à se faire sentir sur le terrain.
Excédés, commerçants et usagers interpellent la mairie de Boké. Ils exigent une intervention urgente pour débarrasser l’entrée du marché de ces immondices et restaurer un cadre de travail sain.
Car au-delà des odeurs pestilentielles, c’est leur santé, leur dignité et leur gagne-pain qui sont aujourd’hui gravement menacés.
Mamadou Bah, depuis Boké




