Au-delà de leur ampleur totalement inédite, ce qui caractérise les attaques simultanées dont plusieurs localités maliennes ont fait les frais le samedi dernier, c’est le fait que le Front de libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM, affilié à Al-Qaïda) se soient alliés pour les perpétrer. Cette collaboration-là, même si on la dit reposant sur un accord dûment signé entre les deux groupes, paraissait improbable. D’une part, parce que les expériences précédentes n’ont pas véritablement fonctionné, et de l’autre, parce que cette union a quelque chose de contre-nature. On ne comprend surtout pas ce que les indépendantistes touaregs peuvent espérer tirer d’une telle association, sur le long terme. Vu qu’au-delà des divergences qui ne vont pas tarder à se manifester, cette entente pourrait bien conduire à la délégitimation et même à la décrédibilisation de la cause pour laquelle ils se sont si bien sacrifiés…
Le FLA, une joie teintée de gêne
La prise de Kidal et les images de combattants d’Africa Corps et de militaires maliens contraints d’abandonner cette ville symbole peuvent avoir certes procuré aux troupes du FLA une joie immense. Eux qui en avaient été délogés depuis novembre 2023 ont dû, avec les failles qu’ils ont creusées dans le dispositif sécuritaire des militaires maliens, éprouver un sentiment de revanche qu’ils doivent encore savourer. Tant il est vrai que pour l’Etat malien, outre la mort du ministre de la Défense, Sadio Camara, c’est la perte de Kidal qui aura incarné la défaite associée à ce sombre week-end. Cependant, pour le FLA, la joie doit être teintée de malaise et même d’une certaine gêne. En effet, l’association avec le JNIM ayant permis cette reconquête et même tous les autres coups durs infligés aux troupes maliennes, a quelque chose d’embarrassant. Comment peut-on admettre un tel rapprochement entre d’une part, un groupe qui se bat pour la reconnaissance de sa cause identitaire, et de l’autre, un ensemble d’individus dont le but est d’instaurer dans les zones de son influence une sorte de califat sur lequel ne s’appliquerait que la Charia, avec tout ce que celle-ci revêt d’obscurantiste, de cruel et d’arriéré ?
Une association assumée
Bien sûr, il se dit çà et là que le principe de cette collaboration a été acté via un accord conclu il y a un an entre les deux groupes. Accord qui prévoirait les modalités d’administration des zones conquises. En gros, en échange de l’appui que lui ont apporté les combattants du JNIM, le FLA consentirait à ce que la Charia prévale dans les localités sous contrôle des deux groupes. Selon les termes de la même entente, le FLA administrerait les centres urbains, alors que le JNIM se cantonnerait dans les zones rurales. Tout cela laisse croire que ce à quoi nous avons assisté le samedi dernier n’est pas un fruit du hasard. Les deux parties semblent assumer parfaitement cette convergence.
Les problèmes vont apparaître
Mais il n’est pas sûr que cela suffise. Car au-delà de tout ce qui se dit là, le seul véritable point commun entre les deux camps, c’est l’Etat malien et ses soutiens russes qu’ils ont tous deux comme adversaires. Pour le reste, tout les oppose, à commencer par les idéologies auxquelles ils obéissent chacun. L’un, essentiellement indépendantiste, n’a rien à voir avec une quelconque doctrine religieuse ; l’autre, est d’essence fondamentaliste islamiste. Un tel attelage n’est pas fait pour durer. Très vite, les problèmes vont apparaître, comme cela l’a été par le passé. Et très malheureusement, c’est le FLA qui en sortira perdant, car appelé à être supplanté, le JNIM ayant plus de ressources et étant mieux outillé sur le plan militaire. Or, dans cette perspective, le FLA risque fort malheureusement d’emporter avec lui la cause touarègue qui ne trouvera plus grâce aux yeux de personne. D’où le cri d’incompréhension que tout le monde pousse aujourd’hui.
Boubacar Sanso Barry




