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Dr Faya Millimono : « Si nous ne sommes plus une République, qu’on le dise et qu’on proclame une monarchie » 

À l’issue d’une conférence de presse organisée ce mercredi par la Coalition politique pour la Rupture (CPR), le président d’honneur du Bloc Libéral (BL), Dr Faya Millimono, a dénoncé de nombreuses irrégularités dans le processus des élections législatives et communales prévues en mai prochain. Face aux médias, l’acteur politique a, tout au long de son intervention, vivement critiqué l’organisation du scrutin, remettant en cause à la fois les règles du jeu et leur application.

« Malgré tous les pouvoirs royaux donnés au président de la République de Guinée, ce n’est pas encore suffisant. Le droit de légiférer lui est aussi donné par une loi qui vient d’être promulguée. On veut donc que, dans les urnes, on prouve encore une fois qu’en Guinée, désormais, il n’y a que le CNRD. Même si ça a changé de nom pour devenir GMD, pour nous, c’est toujours le CNRD, venu avec de belles paroles et des principes auxquels nous nous reconnaissions, mais qui a trahi sur toute la ligne », a-t-il déclaré.

Évoquant ses origines, Dr Millimono a insisté sur la nécessité d’un ancrage local en politique : « Moi, je suis de Guéckédou. En politique, il ne s’agit ni d’ethnocentrisme ni de régionalisme. Chacun doit d’abord être reconnu chez lui pour espérer être choisi à l’échelle nationale ».

Le leader du BL a particulièrement dénoncé ce qu’il considère comme une exclusion ciblée de son parti, notamment en Guinée forestière, pointant des incohérences dans la validation des listes électorales.

« On a fait en sorte de recaler nos candidats à Guéckédou, à Kissidougou et dans toute la région forestière. Pourtant, la liste nationale du Bloc Libéral a été validée. À Kissidougou, notre liste, dirigée par une femme, a été rejetée sans même être acheminée à Conakry. Dans la décision de la DGE, on affirme qu’il n’y avait que deux listes en compétition, toutes validées. Et la nôtre alors ? Elle n’a même pas été prise en compte », a-t-il dénoncé.

Il y voit un problème de fond : « Tout a commencé avec la mise en place d’une commission électorale sans représentants des compétiteurs. Or, les élections sont organisées pour les partis politiques et les indépendants. Le législateur avait pourtant prévu leur implication, notamment pour fixer les cautions et les plafonds de dépenses ».

Dr Millimono a également fustigé le niveau des cautions exigées, qu’il juge excessif et déconnecté des réalités économiques.

« En 2018, la caution pour les communes rurales était de 3 millions GNF. Aujourd’hui, elle est passée à 35 millions, soit une hausse de plus de 1200 %. L’économie guinéenne a-t-elle connu une telle croissance ? C’est ridicule. Pour les communes urbaines, on est passé de 8 millions à 35 millions », a-t-il critiqué.

Au-delà des aspects techniques, il alerte sur les conséquences politiques et sécuritaires d’un processus électoral qu’il estime biaisé.

« Ce n’est pas une compétition de vendeurs de drogue. Nous sommes des leaders politiques, porteurs de valeurs. Si nous nous battons, c’est pour éviter que notre pays sombre. Regardez autour de nous : le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Nigeria… Ce qu’on appelle terrorisme est en réalité l’échec des choix politiques », a-t-il soutenu.

Il n’a pas non plus caché sa déception face à certaines évolutions politiques récentes : « J’ai été déçu quand le général s’est présenté candidat. Jusqu’à la dernière minute, j’espérais qu’il respecterait sa parole. Mais des calculs politiques ont pris le dessus. On veut imposer au peuple guinéen la continuité de pratiques que nous dénonçons depuis des décennies. Nous ne sommes pas d’accord ».

Dr Millimono a en outre dénoncé des pratiques qu’il juge discriminatoires dans l’application des règles électorales.

« Certaines listes du CNRD comportent des candidats présents sur deux listes, et elles ont été validées. Pourtant, chaque candidat avait signé qu’il ne figurerait que sur une seule liste. Les règles sur la parité ne s’appliquent qu’à l’opposition. Dans certaines listes validées, il n’y a que des hommes. C’est inadmissible », a-t-il martelé.

Sur le plan juridique, il évoque plusieurs violations du code électoral, notamment concernant les délais de dépôt des candidatures.

« Le délai légal allait jusqu’au 9 avril, mais on nous a imposé le 3 avril. Nous avons déposé notre liste à Tombolia le 3, puis payé la caution le 6, dans les délais légaux. Mais à la DGE, on nous a refusé, alors même que des quittances étaient délivrées à d’autres. On nous a traités comme des parias », s’est-il indigné.

Il rappelle : « Le législateur n’a pas prévu d’empêcher les candidats de participer, mais de les aider à faire valider leurs candidatures ».

Par ailleurs, Dr Faya Millimono a lancé un avertissement clair quant à la participation de son parti : « Nous voulons participer à ces élections. Mais si les corrections ne sont pas apportées rapidement, si le rejet de nos listes n’est pas justifié, nous pourrions, dans les 24 à 48 heures, annoncer notre retrait ».

Il appelle ensuite au respect strict des règles républicaines. « Si nous ne sommes plus une République, qu’on le dise clairement et qu’on proclame une monarchie. Mais si nous sommes une République, alors les règles doivent être respectées. Ce n’est pas trop demander. Nous sommes des Guinéens, nous avons nos actes de naissance. On ne peut pas nous traiter comme des étrangers dans notre propre pays », a-t-il insisté.

Aminata Camara

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