À seulement deux (2) jours de son grand rendez-vous avec le public, l’artiste humoriste Bappa Oumar a levé le voile sur les coulisses de son nouveau spectacle intitulé « Désintox », qui se tiendra ce vendredi 17 avril au Palais du Peuple. Entouré de ses alliés de la scène culturelle, l’humoriste a délivré un plaidoyer vibrant pour une jeunesse qu’il estime délaissée par manque d’espaces d’expression et de divertissement.
Pour Bappa Oumar, le rire est avant tout un vecteur de message. « Alors, Désintox, c’est un spectacle d’humour. Comme on le dit dans le jargon, il faut toujours un prétexte. Alors moi, mon prétexte pour faire rire dans ce spectacle, ce sont les addictions. C’est principalement les drogues synthétiques », a-t-il affirmé d’entrée de jeu.
Ce choix thématique n’est pas le fruit du hasard, mais d’un constat social amer sur la disparition des lieux de vie culturels. « Aujourd’hui, nous n’avons plus d’espace sain dédié pour les jeunes et pour toute personne qui désire, peu importe le divertissement qui l’intéresse. Nous n’avons plus de salles de cinéma. Nous n’avons pas de salles de spectacle. Il n’y a pas d’espace où les gens se rencontrent pour réfléchir, s’amuser, apprendre. Il n’y en a presque pas », a-t-il poursuivi.
C’est dans ce vide institutionnel que l’artiste voit germer les fléaux qu’il dénonce. Il observe avec inquiétude que, faute d’alternatives, « les jeunes et presque tout le monde ont tendance à aller vers la chicha et tous ces corollaires ». Un phénomène qui le touche personnellement. « Moi, ça me fait peur parce que moi, c’est des conditions dans lesquelles j’ai grandi. Moi, j’ai eu beaucoup de choses qui m’ont inspiré, entre autres le fait de voir des artistes, des gens qui ont la volonté et la passion de créer et de proposer ». À travers ce spectacle, il espère donc inverser la tendance en sensibilisant sur l’absence de perspectives liées aux stupéfiants. « On le sait, il n’y a aucune perspective, ni présente, ni pour le futur, à se droguer ou à se laisser emporter par peu importe l’addiction. Parce qu’on le sait, évidemment, que ça ne fait que grandir crescendo quand on commence un problème addictif », a-t-il martelé.
Cette vision est portée par l’association Koumakan, dont le président Petit Tonton voit en Bappa Oumar un héritier spirituel qu’il est du devoir des aînés de soutenir. « Accompagner un projet ou porter un projet comme celui de Bappa Oumar, c’est un devoir pour nous. Nous avons l’habitude de dire que nous avons été aidés à un moment donné de notre carrière », a rappelé celui qui dirige également la Maison de l’Oralité et du Patrimoine. Pour Koumakan Production, soutenir « Désintox » est un engagement citoyen face au manque d’infrastructures. Une solidarité partagée par Mouslim du groupe Hezbo Rap, venu en tant que « fan » et confrère. « Je suis là pour le soutenir parce que d’abord quand j’ai vu l’affiche, ça m’a beaucoup marqué, Désintox, parce que nous aussi en tant que rappeurs, on dénonce souvent. Aujourd’hui, la majeure partie de la jeunesse est en train de basculer dans la drogue », a-t-il souligné.
Malgré la profondeur du sujet, Bappa Oumar l’assure : le public ne ressortira pas seulement éduqué, mais surtout hilare. Fidèle à son humour décalé, il a promis une ambiance verrouillée au sens propre comme au figuré. « Un spectacle d’humour, vous allez rire, ça c’est sûr et certain. On a des agents de sécurité qui ont été payés pour ça. Ils sont à la porte, vous êtes rentrés, ils vont fermer. Vous riez ou sinon vous ne sortez pas ». Une promesse de rire forcé ou spontané, mais surtout une invitation à se retrouver car, selon l’artiste, ce rendez-vous sera aussi l’occasion de « rencontrer des gens que vous n’avez pas vus depuis longtemps » et de reconstruire, le temps d’une soirée, ce lien social qui fait tant défaut.
Thierno Amadou Diallo




