L’ancien Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a pris fonction à la tête de l’Assemblée nationale du Sénégal ce mardi 26 mai 2026, après avoir été largement élu par les députés avec 132 voix sur 133 votants. À l’issue de son installation, l’ancien chef du gouvernement a livré un discours marqué par un appel à l’éthique politique, à la responsabilité institutionnelle et à la consolidation démocratique.
Dans une allocution prononcée devant les parlementaires, Ousmane Sonko a affirmé vouloir conduire l’institution parlementaire avec honneur et dignité, tout en rappelant sa vision du rôle central que doit jouer l’Assemblée nationale dans la vie démocratique sénégalaise.
« L’Assemblée nationale doit être le cœur battant de cette exigence éthique. Et je mesure parfaitement le symbole de cet instant. Les principes et les préceptes que je viens de citer, je les ai développés bien avant. Bien avant, lors de la campagne législative de 2022, lors de la campagne législative de 2017 et lors de la campagne législative de 2024. Il n’est qu’à remonter à mes différentes déclarations et à mon interview avec Walfadjri pour voir qu’il y a une cohérence dans les propos que je tiens sur le rôle qui doit être celui de l’Assemblée nationale. Et je mesure parfaitement le symbole de cet instant », a-t-il déclaré.
Face aux députés, Ousmane Sonko a également tenu à rassurer l’opinion publique sur ses intentions à la tête du Parlement.
« Je veux rassurer que je n’utiliserai pas cette responsabilité pour organiser le chaos institutionnel. Je n’utiliserai aucun député avec moi pour nourrir des vendettas personnelles. Ce serait trahir notre propre combat », a-t-il déclaré.
Le président de l’Assemblée nationale a par ailleurs annoncé sa volonté de faire du Parlement une institution forte, capable d’exercer pleinement ses missions constitutionnelles de contrôle de l’action gouvernementale, de vote des lois et d’évaluation des politiques publiques.
« Mais je le dis avec la même clarté : l’Assemblée nationale ne sera pas une chambre d’enregistrement. Elle contrôlera l’action gouvernementale. Elle exercera pleinement ses prérogatives constitutionnelles de vote des lois, de contrôle de l’action du gouvernement et d’évaluation des politiques publiques. Elle défendra la transparence des finances publiques, la reddition des comptes et la souveraineté populaire.
Elle usera, de manière responsable mais tout aussi ferme, de tous les leviers de contre-pouvoir constitués, selon la gravité des faits et des circonstances. Cette exigence morale ne relève d’ailleurs pas seulement de la philosophie ou de l’histoire politique. Elle est profondément enracinée dans notre propre civilisation spirituelle », a-t-il fait savoir.
Dans son discours, Ousmane Sonko a aussi donné une dimension morale et spirituelle à son engagement politique. Citant des références religieuses islamiques, il a rappelé que : « Le Coran enseigne qu’Allah vous commande de rendre les dépôts à leurs ayants droit et, lorsque vous jugez entre des gens, de juger avec équité. Le pouvoir est donc un dépôt, une charge, une responsabilité devant les hommes et devant Dieu ».
Il a notamment évoqué Omar Ibn Khattab comme modèle de gouvernance fondée sur la justice et la responsabilité.
Le nouveau président du Parlement a reconnu que le Sénégal entrait dans « une nouvelle phase de son histoire politique », qui pourrait être marquée par des tensions et des tentatives de division. Toutefois, il a appelé les acteurs politiques à faire preuve de maturité démocratique afin d’éviter toute déstabilisation institutionnelle.
« Mes chers collègues, nous sommes entrés dans une nouvelle phase de notre histoire politique. Elle sera difficile. Elle sera traversée par des tensions, des tentatives de division et des pressions multiples. Mais elle peut aussi devenir un moment de maturation démocratique. Le Sénégal doit montrer à l’Afrique qu’une crise politique peut être affrontée sans haine, sans violence et sans effondrement institutionnel. Nous devons prouver qu’un peuple africain peut débattre fermement sans détruire son propre État. Nous devons démontrer que la fidélité aux principes est plus forte que les calculs de circonstances », a-t-il soutenu.
Par ailleurs, Ousmane Sonko a tendu la main à l’ensemble des députés, aussi bien de la majorité que de l’opposition, appelant à placer la préservation de la République au-dessus des intérêts partisans.
« Je tends la main à tous les députés de cette Assemblée, majorité comme opposition. Car au-dessus des appartenances partisanes, il existe une exigence supérieure, celle qui consiste à préserver la République.
L’histoire retiendra moins les postes occupés que les principes défendus dans les moments décisifs. Et dans ces moments-là, la seule véritable question est toujours la même », a-t-il conclu.
Aminata Camara




