Il est vrai que, dans un conflit, il faut s’attendre à tout. En particulier, au-delà de la surenchère verbale et des déclarations tonitruantes, il faut envisager que les protagonistes puissent, à tout moment, adopter des positions diamétralement opposées à celles qu’ils défendaient initialement. Pour autant, c’est avec une certaine surprise que l’on a appris, en fin de semaine dernière, que Bamako et le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (JNIM) étaient parvenus à une trêve, fruit d’un troc pour le moins invraisemblable.
En début de semaine dernière, à la veille de la célébration de l’Eid el-Fitr, les autorités maliennes, confrontées aux conséquences du blocus imposé à Bamako par le groupe terroriste depuis septembre dernier, ont finalement consenti à un accord. Selon les termes de cette entente, plus d’une centaine de djihadistes, jusque-là détenus par la junte malienne, ont été libérés en échange de la levée du blocus et de la reprise de l’acheminement du carburant vers la capitale. Ce compromis, qui devrait durer au moins jusqu’à la prochaine fête de la Tabaski, pourrait, s’il est respecté, restaurer une certaine quiétude à Bamako et dans ses environs. On ne saurait s’en plaindre. Reste toutefois la question du temps perdu pour parvenir à une issue que de nombreux observateurs préconisaient pourtant depuis le début.
Du temps et des vies perdus. Un grand gâchis. Tels sont les sentiments qui s’imposent face à l’entêtement, que l’on peut qualifier d’absurde, des autorités de Bamako toutes ces dernières années. En effet, face à l’enlisement de la crise sécuritaire et à l’incapacité manifeste des militaires à en venir à bout, des propositions de discussions directes avec les djihadistes ont été formulées. Mais Assimi Goïta et ses compagnons s’y sont toujours opposés. Sans doute y voyaient-ils un aveu d’échec et, partant, une perte subséquente de la légitimité de leur pouvoir. D’autant qu’en renversant feu Ibrahim Boubacar Keïta, il y a près de six ans, ils avaient eux-mêmes invoqué l’incapacité de son régime à juguler cette même crise.
Seulement, cet orgueil mal placé et cette tendance à privilégier la posture au détriment de l’intérêt supérieur du pays auront coûté cher au Mali : du temps, des vies, de la crédibilité, et sans doute d’importantes ressources. Une part non négligeable de ces ressources a d’ailleurs été orientée vers le Kremlin, pour des résultats qui, à l’évidence, n’ont pas été au rendez-vous. Après des années de collaboration avec, d’abord, Wagner, puis Africa Corps, le Mali se résout aujourd’hui à négocier avec ceux qu’il combattait jusqu’à tout récemment. La sagesse aurait voulu que cette option soit explorée plus tôt, d’autant que des acteurs comme l’imam Mahmoud Dicko n’ont cessé de la préconiser.
Cela dit, comme le rappelle l’adage, « mieux vaut tard que jamais ». Même tardive, la reconnaissance par Bamako des limites de l’option militaire relève d’un certain réalisme qu’il convient de saluer. Mais encore faut-il aller au bout de cette logique. Une trêve de quelques mois ne saurait constituer une solution durable. Les autorités maliennes doivent tirer toutes les conséquences de l’échec du tout-militaire.
Car la crise que connaît le Mali, et plus largement le Sahel, ne se résume pas à sa dimension sécuritaire. Elle est aussi économique, politique et sociale. Pour espérer la contenir, puis la résoudre, il est indispensable de l’aborder de manière globale, en intégrant l’ensemble de ces facteurs. Plus concrètement, tous les facteurs à la base d’exclusions et de frustrations susceptibles de jeter certains Maliens dans les bras du terrorisme ou de pousser d’autres à recourir à la violence pour espérer se faire entendre, devront être abordés traités comme il se doit.
Les recommandations en ce sens ne manquent pas. Elles ont, pour la plupart, été jugées pertinentes. Mais elles sont restées à l’état de propositions, faute de volonté politique pour les mettre en œuvre. Les autorités maliennes, fortes de l’expérience accumulée face à cette crise complexe, devraient désormais s’atteler à les traduire en actions concrètes. C’est en cela seulement qu’elles pourraient se faire pardonner toutes ces années d’errements avec les conséquences que l’on connait.
Boubacar Sanso Barry




